Au-revoir là-haut. Pierre LEMAITRE – 2013 (Prix Goncourt)

Au-revoir là-haut. Pierre LEMAITRE – 2013 (Prix Goncourt)

Au-revoir là-haut

Pierre LEMAITRE

Editions Albin Michel, août 2013

576 pages

Thèmes : Première Guerre Mondiale, Histoire, Mémoire, Amitié, Arnaque

Lecture Commune avec Cécile, Bidib, et Isabelle.

Vous le savez déjà certainement, lorsqu'un livre sur la Première Guerre Mondiale paraît, je ne résiste pas à l'envie de l'avoir dans ma bibliothèque.

J'ai reçu ce roman en cadeau peu après sa parution, et pourtant, j'ai mis plus de cinq ans à le lire.

Au-revoir là-haut. Pierre LEMAITRE – 2013 (Prix Goncourt)

Dès les premières pages, j'ai été happée. La suite m'a confirmé mon saisissement.

Par la période décrite, par l'écriture de Pierre Lemaître, par ce qu'il raconte, par ce qu'il suppose, par ses personnages, aussi attachants qu'horribles, par leurs actions altruistes, cruelles, ignobles, si humaines finalement, mais d'autant plus fortes, insupportables ou magnifiques de par le contexte de cet après-guerre détruit, exsangue et endeuillé, écartelé entre l'exigence de mémoire, de souvenir et la nécessité, le besoin d'aller de l'avant et de reconstruction.

Je te donne rendez-vous au ciel
où j'espère que Dieu nous réunira.
Au revoir là-haut, ma chère épouse...

Derniers mots écrits par Jean Blanchard, le 4 décembre 1914 - Exergue

Ce roman, qui court sur environ un an et demi, du dernier mois de la guerre à la Fête Nationale 1920, nous rapporte surtout l'histoire, les relations, les désirs, les espoirs et les actions de trois hommes, qu'une ultime bataille a liés, bien malgré eux.

Nous faisons leur connaissance, sur la Côte 113, à quelques jours de l'Armistice, dont la rumeur court sur toutes les lèvres.

Mais cette idée de fin de la guerre déplaît profondément au Lieutenant d'Aulnay-Pradelle, qui rêve de gloire et d'avancement.

Quelque soit le prix en hommes.

Une ultime victoire ferait très bien sur ses états de service et le promouvrait Capitaine.

Il met donc en place une mission de surveillance. Un jeune et un vieux partent sur le no man's land. On entend trois coups de feu et aussitôt, les esprits des deux camps, échauffés et tendus dans l'attente de la paix, explosent.

Un déluge de balles, de cris, de haine et de vengeance, fuse.

Parmi les Français qui courent, il y a Albert Maillard, comptable, un peu lent à la comprenette mais qui découvre quelque chose qu'il comprend très bien. Ce qui lui vaut d'être envoyé au fond du trou d'obus attenant par un coup d'épaule bien placé de son Lieutenant et d'être enseveli vivant par la pluie de terre d'un obus allemand tiré au bon moment.

Non loin de là, Edouard Péricourt, blessé à la jambe et au sol, assiste à la scène.

Lui qui avait toujours réussi à rester en marge, avance maintenant avec douleur et volonté, vers l'endroit où se trouvait son Lieutenant.

In extremis, il sort Albert, qu'il ne connaît qu'à peine, de sa "tombe" qu'il partageait avec une tête de cheval.

Et, alors qu'Edouard peut enfin souffler, un éclat d'obus lui emporte tout le bas du visage.

En le tenant contre lui, Albert se dit que pendant toute la guerre, comme tout le monde, Edouard n'a pensé qu'à survivre, et à présent que la guerre est terminée et qu'il est vivant, voilà qu'il ne pense plus qu'à disparaître. Si même les survivants n'ont plus d'autre ambition que de mourir, quel gâchis...

S'ensuivent des opérations chirurgicales, des refus de prothèses par Edouard, un vol de cadavre pour faire croire à sa mort, des falsifications, des mensonges, une fausse identité, une amitié à la fois sincère et coupable, un mariage ambitieux entre Madeleine la sœur éplorée et d'Aulnay-Pradelle, une paternité trop tardive, de la misère dans laquelle les soldats enfin démobilisés sont rejetés, des dessins, des cas de conscience, des monuments aux morts, une rencontre bienheureuse et fantasque.

Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d'avantage, même après.

Le pays tout entier était saisi d'une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants.

Le personnage de Madeleine, doux, en retrait, au début, prend de la consistance et s'étoffe au fil des pages. Elle est d'ailleurs le personnage central du deuxième volet, Les Couleurs de l'incendie, paru en janvier 2018.

Le récit est remarquablement bien écrit, rythmé, nous transporte auprès de ces personnages, de leurs préoccupations, dans ce contexte si particulier, et nous fait ressentir leurs émotions.

L'auteur nous interpelle parfois ou fait quelques bonds dans le temps pour nous décrire ce qu'il va advenir.

Certains passages sont extrêmement durs, d'une tristesse infinie, d'une cruauté glaçante, mais une fois sa dernière page tournée, ce n'est pas ce qui reste. Un sentiment de gâchis certes mais aussi de beau, d'amitié, et d'une certaine façon, de justice.

Dense et prenant, ce roman est aussi très visuel.

Ce qui explique ses adaptations en film et BD, et qu'il me faut encore découvrir.

Pierre Lemaître nous livre à la toute fin quelques données historiques, ce qui relève de son imagination et de la réalité.

Je ne risque pas d'oublier ce roman, moi qui aime tant aller voir les Monuments aux Morts, admirer leur statuaire et y lire tous les noms inscrits.

Qu'en ont pensé Bidib, Isabelle et Cécile ? Allons lire leurs avis.

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