

Éditions Archipoche, 2024 (341 pages)
Ma note : 17/20
Quatrième de couverture …
Scandale à Baker Street ! Arthur Conan Doyle a décidé de mettre fin aux jours du détective dont les enquêtes passionnaient des millions de lecteurs… C’est chose faite en 1893, dans l’aventure intitulée Le problème final : poussé dans le vide par le maléfique professeur Moriarty, l’homme à la pipe de bruyère est victime d’un assassinat littéraire prémédité… C’est mal connaître Sherlock Holmes, qui n’entend pas disparaître de cette manière !
La première phrase
« Un matin, au moment où nous allions commencer à déjeuner :
– Mon cher Watson, me dit Sherlock Holmes, j’ai peur d’être obligé de m’absenter. »
Mon avis …
Quel bonheur de retrouver le fog londonien en compagnie de Sherlock Holmes et du Dr Watson ! Il m’aura tout de même fallu attendre la fin de la trentaine pour faire connaissance avec notre détective pour le moins atypique. C’est là mon seul regret : pourquoi n’ai-je pas sauté le pas avant ? Une étude en rouge, Le signe des quatre, Les aventures de Sherlock Holmes ainsi que Le chien des Baskerville furent quatre coups de cœur dans ma vie de lectrice. Rien que ça ! Il me fallait donc continuer sur ma lancée. Je n’ai de nouveau pas boudé mon plaisir en ouvrant Les mémoires de Sherlock Holmes. Ce recueil regroupe les nouvelles suivantes : Flamme d’argent ; Le visage jaune ; Le commis d’agent de change ; Le Gloria Scott ; Le rituel des Musgrave ; Les propriétaires de Reigate ; L’homme estropié ; Le malade pensionnaire ; L’interprète grec ; Le traité naval ainsi que Le problème final.
Il faut dire que même sur un format court, le talent et l’esprit d’analyse de Sherlock Holmes font mouche. Publiés entre 1892 et 1893, ces récits sont incontournables pour tout lecteur qui s’intéresse à l’univers holmésien. Ce recueil nous permet en effet de rencontrer le frère aîné de notre détective : Mycroft Holmes. Et la nouvelle intitulée Le problème final confronte Holmes à un génie du crime, le professeur Moriarty. Doyle y fait ici périr notre détective dans les chutes du Reichenbach avant de lui redonner vie, quelques années plus tard… ouf !
La disparition d’un cheval de course. Une chasse au trésor dans un manoir anglais. Un cambriolage qui tourne mal. On ne s’ennuie pas une seule seconde dans ce deuxième recueil de nouvelles du canon holmésien. Notre héros se montre toujours aussi atypique et imprévisible. Le lecteur se plaira ainsi à découvrir Holmes tantôt imbu de lui-même tantôt triste et apathique, et d’autres fois encore à la limite du surmenage. Petite surprise : il fera preuve d’un véritable talent pour le déguisement (afin d’échapper à la traque orchestrée par Moriarty) ou encore d’un don pour jouer la comédie. Cela ne vous ferait-il pas penser à un certain Arsène Lupin ? Pour autant, la comparaison s’arrête là. Sherlock Holmes se montre moins gouailleur, esprit anglais oblige.
L’amitié qui unit Holmes à Watson demeure bien sûr toujours en toile de fond, et Arthur Conan Doyle fait évoluer le lien tissé entre nos deux protagonistes. On ressent ainsi qu’ils se côtoient moins depuis le mariage du docteur Watson. Ce qui n’empêche pas Holmes de se présenter à l’improviste, et à des heures improbables, chez son ami afin de lui demander de l’accompagner dans certaines de ses plus folles enquêtes ! Mes nouvelles préférées de ce recueil sont Le Gloria Scott, L’homme estropié ainsi que L’interprète grec.
Le Gloria Scott
Par un soir d’hiver au 221B Baker Street, Sherlock Holmes entreprend de conter à Watson sa toute première enquête. En visite chez Victor Trevor dans le Norfolk et encore étudiant, il avait alors été frappé par l’étrangeté des réactions du juge de paix, père de son ami. Une initiale tatouée au creux du coude (J.A.) ainsi qu’une bien curieuse lettre rédigée en message codé constitueront les bases de ce premier mystère à résoudre. J’ai aimé cette nouvelle pour les questionnements multiples qui ne peuvent que traverser le lecteur. Arthur Conan Doyle excelle dans ses intrigues où la clef de l’énigme est à rechercher dans le passé. C’est précisément le cas ici, et j’ai adoré !
L’homme estropié
Lorsque le colonel James Barclay trouve la mort, tous les soupçons se portent sur son épouse. Une violente dispute venait d’éclater. Mais surtout, le corps du colonel est retrouvé dans une pièce verrouillée de l’intérieur, Nancy Barclay évanouie à ses côtés ! Miss Morrisson, une amie, livre alors un détail troublant : au retour d’une réunion d’église, un homme difforme et affublé de guenilles avait apostrophé Nancy ce qui avait profondément perturbé la jeune femme. Un lien est-il à établir avec le décès subi du colonel ? Holmes s’empresse de se rendre en pleine nuit chez Watson afin de solliciter son aide. J’ai beaucoup aimé cette nouvelle tant mille idées me sont venues en tête pour résoudre l’affaire. J’ai fait chou blanc (forcément !) et j’ai donc été totalement menée en bateau (pour mon plus grand plaisir).
L’interprète grec
Il s’agit de ma nouvelle préférée de ce recueil. Pour la première fois, Sherlock Holmes y évoque sa famille puisque le lecteur est amené à faire connaissance avec Mycroft, de sept ans son aîné. Affublé lui aussi d’un incroyable talent de déduction, mais doté d’une énergie moindre, le voici qui soumet à notre détective une affaire ô combien étrange. Engagé par un certain Latimer, Melas est un interprète plutôt renommé qui se voit embarqué de force en fiacre, les yeux bandés, vers un lieu inconnu. Il découvre alors avec horreur qu’on lui demande de servir d’interprète entre deux bandits anglais et un homme grec détenu contre son gré. Je pense avoir tout aimé dans ce récit : son atmosphère victorienne (j’imaginais le passage des fiacres ou encore les scènes de rue), la tension qui monte crescendo lorsque Melas finit par courir un grave danger, de même que le dénouement. On se plaît également à découvrir le lien qui relie Holmes à son frère. C’est en effet une première dans le canon holmésien.
En bref, mon engouement pour les récits mettant en scène Sherlock Holmes n’est plus à prouver. J’apprécie également la plume d’Arthur Conan Doyle, et il m’est impossible de trancher entre les romans et les nouvelles. Puisque j’ai déjà lu Le chien des Baskerville, et parce que je souhaite continuer à découvrir les enquêtes en suivant leur ordre de publication, mon prochain Sherlock Holmes sera La vallée de la peur (1915).
Extraits …
« Une anomalie qui m’a souvent frappé dans le caractère de mon ami Sherlock Holmes, c’était que, bien que dans ses façons de penser il fût le plus clair et le plus méthodique des hommes, et bien qu’il affectât dans sa mise une certaine recherche d’élégance discrète, il n’en était pas moins, dans ses habitudes personnelles, un des hommes les plus désordonnés qui aient jamais poussé à l’exaspération le camarade qui partageait sa demeure. »
« Au pied du lit il y avait une petite table carrée, qui supportait une carafe d’eau et un panier d’oranges. En passant à côté d’elle, Holmes, à ma grande stupéfaction, se pencha et la renversa. La carafe se brisa en mille morceaux, et les fruits roulèrent dans toutes les directions.
– C’est malin, Watson ! s’exclama-t-il froidement. Vous avez bien arrangé le tapis !
Tout confus, je me baissai et commençai à ramasser les fruits. Certes, j’avais deviné que pour un motif quelconque mon compagnon désirait que j’assumasse la responsabilité de cette maladresse. Les autres firent avec moi la chasse aux oranges et nous remîmes la table d’aplomb. »

