« L’ours et le rossignol » de Katherine Arden

(Image à la une de Callie Lawson )

« L’ours et le rossignol » de Katherine ArdenAUTEUR: Katherine Arden (traduit par Jacques Collin )
TITRE: L’ Ours et le Rossignol
ÉDITEUR, ANNÉE:  Denoël, 2019
NOMBRE DE PAGES: 362 pages

Petite, j’aimais les contes de fées pour leur part de magie, de mystère, de créatures et leur côté rassurant que tout se finisse toujours bien. Plus grande, j’ai pu voir leur part plus sombre, leur moralité et qu’ils prenaient racine dans nos croyances, notre histoire. Je garde une grande affection pour ce genre à plusieurs facettes. D’ailleurs, ce sentiment s’est de nouveau présenté à moi, avec la découverte d’un nouveau roman de la collection « Lunes d’encres » de Denoël, « L’ours et le rossignol » de Katherine Arden 

Résumé:
« Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa soeur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales. »

Assise près d’un poêle, source de chaleur au sein du foyer et oubliant, un instant, le froid hivernal soufflant à l’extérieur, une vieille servante narre une nouvelle fois un conte slave à 4 enfants, à leur mère et… A moi, lectrice, curieuse de découvrir un folklore qui m’était jusqu’à là inconnu. Puis les années passent, au fil des mots… Ce foyer connut le deuil tout en accueillant une nouvelle petite sœur,  Vassia… Pendant qu’une menace grandit au sein de la forêt qui les entoure.

Alors que je pose mes mots pour écrire cette chronique, je me remémore  cette agréable sensation lorsqu’un roman réussit à vous emporter au long de ses pages, donnant l’illusion de vous détacher de tout ce qui vous entoure afin de pénétrer  un lieu inconnu, troublant, mais riche en aventure. Et ce fut le cas avec « L’ours et le rossignol ».

L’histoire se déroule en Russie, durant la période médiévale et débutant avec quelques éléments récurrents des contes de fées: la mère aimante qui meurt en couches, le père accablé par le chagrin mais qui doit se trouver une nouvelle épouse, une belle-mère arrivant au sein du foyer et qui se prend très vite d’animosité envers la jeune héroïne etc…
A première vue, c’est une ligne de récit classique et prévisible. Pourtant, au fil des pages, on se détache très vite de ce sentiment:
L’autrice, telle une tisseuse, y entrelace de nombreuses thématiques telles que le folklore russe, le paganisme, le christianisme, les conditions de la femme etc… Tout cela pour nous offrir une tapisserie dont je ne pouvais pas me lasser de découvrir les différentes teintes qui la composait…

De belles teintes, d’ailleurs, dont l’éclat ou la froideur seraient liés à la galerie de personnages et à leurs différentes interactions, plus particulièrement, à celles de notre héroïne Vassia. Jeune fille intrépide, d’une vive intelligence, bercée par les contes narrés par sa nourrice et ne désirant pas être « enfermée » dans un rôle en raison de son sexe, elle a la particularité de voir les esprits protecteurs de son foyer, mais aussi ceux présents au sein de la forêt. Placés sous leur protection et gardant de bonnes relations grâce aux dons de chacun, tout allait pour le mieux dans le village jusqu’à l’arrivée de sa belle-mère et d’un prêtre. Et la douce luminosité sereine qui les éclairait, laisse place à l’ombre de la peur.

Peur d’un père pour sa fougueuse fille et prêt à la marier à un des nobles voisins ou l’enfermer entre les murs d’un couvent pour sa sûreté; Peur d’une belle-mère qui partage le même don que sa belle-fille et qui considère cela comme une malédiction du diable; Peur d’un prêtre qui désireux imposer la religion orthodoxe tout en bannissant les rituels païens,  s’éprend de la jeune fille qui lui tient  tête et le met face à ses contradictions ( un peu comme Frollo  de « Notre-Dame de Paris, mais bien moins impressionnant) ; Et enfin la peur de Vassia qui prend source dans le désir de sauver ses proches et de celle à ne pas perdre sa « liberté » .
Toutes ces différentes facettes de la peur vont se cristalliser dans chacun des protagonistes, rendant la menace plus terrifiante…

Comme vous pouvez le deviner j’ai beaucoup aimé ce roman. Pourtant, à la fin de ma lecture, je n’avais pas cet engouement que j’ai à présent. Bien qu’avoir apprécié suivre les péripéties de Vassia, je trouvais dommage que les antagonistes du récit soient trop vite mise en déroute. Avec le poids de la menace qui était, telle une épée de Damoclès sur le village, je m’attendais à un combat plus rude. De plus, quelques personnages auraient méritaient plus d’attention et ne sont que brièvement vus. Et puis, il y’a ces complots dans les hautes sphères du pouvoir en place qui pourraient avoir des répercussions sur tous… Mais, en allant voir des avis, j’ai appris que c’était le premier tome d’une trilogie (oui, avant de lire cette histoire, je ne le savais pas). Et là, mes sentiments envers ce roman ont chaviré. Ce n’était que les prémices d’une aventure pleine de promesses…

Conclusion:

Il y’ a bien longtemps que je n’ai pas eu un tel engouement pour le premier volet d’une trilogie… Lorsque je ferme les yeux, je peux facilement visualiser cette jeune fille à la longue natte rousse, chevauchant à travers une forêt habillée de son manteau blanc…

Dans un style fluide et offrant un récit aux multiples facettes, l’autrice a su parfaitement prendre en compte l’essentiel de ce qui compose un conte:
– sous ses aspects magiques et plein de bons sentiments, il y’a une part tranchante d’une réalité que l’on devine sous les mots et qui fait écho à notre histoire.  Et il est finement exploité ici, accompagné par le sentiment omniprésent du changement: celle d’une jeune femme qui ne veut pas être « enchaîner » au destin que lui confère son sexe,  ceux des rîtes païens qui doivent s’effacer face à une religion monothéiste après une courte coexistante,  celui d’un esprit menaçant de la forêt qui veut en reprendre les rênes…

Bref ! Il était une fois une lectrice qui se prit d’engouement pour le premier tome d’une trilogie et qui décida de le partager avec d’autres lecteurs…


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