Le premier mardi c'est permis (45) : Contes libertins du Maghreb - Nora Aceval

Le premier mardi c'est permis (45) : Contes libertins du Maghreb - Nora Aceval

" Je les entends, les femmes de Nora Aceval, ses sœurs et ses cousines, ses tantes et ses amies des Hauts-Plateaux. Elles racontent dans leur langue, libre, libertine, défiant les interdits entre rires et exclamations heureuses, les audaces des femmes qu'elles seraient dans la clandestinité, qu'elles sont ? [...] Séquestrées, sous haute surveillance nuit et jour, leur virginité jalousement gardée par la tribu intraitable, mariées à des vieillards ou à des avares, convoitées par des Tolbas (religieux) concupiscents et fourbes, leur imagination ne connait pas de limites. Elles inventent les fictions les plus folles, les plus extravagantes, efficaces toujours. Pour elles, l'amour de l'amour triomphe, pour les amants, ils répondent dans un bel élan viril au désir des femmes, pour les maris, ils sont convaincus de l'innocence de l'épouse... " (Leila Sebbar)

Le premier mardi c'est permis (45) : Contes libertins du Maghreb - Nora Aceval

Une belle rencontre au salon du livre de Creil en novembre dernier. Nora Aceval et Leïla Sebbar derrière la même table, devant elles quelques ouvrages dont celui-ci. L'une y a retranscrit des contes licencieux collectés auprès de femmes nomades et paysannes des Hauts-Plateaux maghrébins, l'autre en signe la préface. La discussion s'engage, Nora m'explique comment elle a recueilli ces contes transmis par les femmes entre elles de génération en génération. Une forme d'oralité pleine de grivoiserie mais pas uniquement, où affleure souvent une critique sociale, politique et religieuse. Chaque année elle arrive dans les villages avec son petit magnéto pour les enregistrer " à la source ". Et chaque année les femmes accourent pour lui en raconter de nouveaux, tout en s'étonnant qu'elle fasse le voyage de France pour " des histoires si désuètes ". Nora tient à cette collecte, la sauvegarde de ce répertoire s'apparentant pour elle à un devoir de mémoire.

Le premier mardi c'est permis (45) : Contes libertins du Maghreb - Nora Aceval

Le livre est superbe, magnifié par les dessins à l'encre de Chine de Sébastien Pignon. Chaque conte fait deux ou trois pages. Dans ces contes, les femmes sont volages, elles usent et abusent de stratagèmes pour tromper leur époux, pour attirer à elles celui qu'elles désirent, pour cacher la perte de leur virginité avant le mariage. On y croise des femmes à " la vulve heureuse ", des femmes faussement naïves menant les hommes par le bout du nez, des femmes délurées, des femmes rancunières. Certains textes sont très drôles (" La bougie "), d'autres donnent dans la fable à la morale savoureuse. C'est léger et joyeux, étonnant et audacieux. Un régal.


Contes libertins du Maghreb de Nora Aceval. Éditions Al Manar, 2008. 110 pages. 18,00 euros.

Le premier mardi c'est permis (45) : Contes libertins du Maghreb - Nora Aceval


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Tous 2, le roman de Testu est philosophique et spirituel à la fois