Oui, il existe aussi des comics dont la simple existence suffit déjà à faire sourire, qui sont là juste pour nous divertir. Superman/Spider-Man (première partie aujourd'hui), publié chez Urban Comics, appartient clairement à cette catégorie. Parce que, soyons honnêtes, voir Superman et Spider-Man réunis dans un même album reste quelque chose d’assez réjouissant. On a beau être habitué aux crossovers DC/Marvel, qui sont désormais de retour, il y a toujours un petit côté « mais ils ont vraiment osé ? » qui nous file la banane. Et pour booster cette nouvelle vague de rencontres entre les deux éditeurs, Mark Waid et Jorge Jiménez ont surtout eu la bonne idée de ne pas chercher midi à quatorze heures. Ils prennent les personnages tels qu’ils sont, les mettent ensemble, ajoutent deux méchants qui n’ont rien à faire là mais qui sont justement parfaits pour l’occasion… et regardent ce qui se passe. La grande histoire entre l'Homme d'acier et le Tisseur est évidemment celle qui porte tout le numéro. C’est aussi, de loin, la plus importante. Pas seulement parce qu’elle est plus longue, mais parce qu’elle comprend parfaitement ce qu’on attend d’un Superman/Spider-Man. Au départ, le Docteur Octopus (et son complexe d'infériorité) et Brainiac décident de travailler ensemble, rien que ça. Deux cerveaux malades, deux egos surdimensionnés, deux individus qui pourraient probablement transformer une simple conversation en concours de supériorité intellectuelle en vue de détruire le monde, puis l'univers. En réalité, Ock s’est doté d’un nouvel assistant en intelligence artificielle, qui n’est évidemment pas ce qu’il semble être : Brainiac s’y cache et cherche à éliminer un code toxique de son système. Pour y parvenir, les deux génies mettent au point une nouvelle fréquence radio alimentée par de la kryptonite. Et comme les super-vilains ont rarement le bon goût de tester leurs inventions dans un laboratoire désert au fin fond du Sahara (genre les bombes atomiques du gouvernement français, allons détruire ce qui ne nous appartient pas), l’expérience menace rapidement de contaminer Metropolis tout entière. De leur côté, Clark Kent et Peter Parker enquêtent sur le vol d’un laboratoire. Les deux journalistes travaillent donc ensemble avant que l’affaire ne tourne évidemment au combat de super-héros. Et c’est précisément à ce moment-là que l’histoire devient vraiment amusante. Peter reste Peter : il plaisante, provoque, improvise et semble incapable de rester silencieux plus de trente secondes. Clark, lui, est beaucoup plus posé. Il écoute, observe et intervient avec cette autorité tranquille qui fait partie intégrante du personnage. Superman n’est pas totalement convaincu par la façon de faire de Spider-Man. Peter prend davantage de risques, évolue dans un environnement beaucoup plus chaotique et utilise l’humour comme une véritable armure. Clark comprend évidemment ses motivations, mais il n’approuve pas forcément toutes ses méthodes. Et voilà exactement le genre de petite césure qu’on veut voir dans un crossover comme celui-ci. Cerise sur le gâteau, Jorge Jimenez au dessin. Ses planches donnent au récit toute l’ampleur nécessaire sans jamais perdre les personnages de vue. Les combats sont spectaculaires, les expressions très vivantes et Superman comme Spider-Man ont immédiatement leur propre énergie. Le type est dans le top ten absolu depuis des années, ce n'est pas pour rien.
Les histoires complémentaires sont plus courtes et donc forcément plus inégales, mais elles jouent toutes avec le plaisir évident de mélanger les univers. Tom King et Jim Lee déplacent ainsi l’attention vers Lois Lane et Mary Jane Watson : les deux femmes se retrouvent coincées dans un bus tandis que Superman et Spider-Man s’occupent d’une Sentinelle. King s’amuse avec son goût habituel pour le méta, parfois un peu lourdement, mais le duo Lois/Mary Jane fonctionne bien. Et voir Jim Lee dessiner tout ce petit monde, avec notamment un Gambit surprise, fait partie des petits cadeaux qu'on ne dédaignera pas. Christopher Priest et Daniel Sampere envoient eux Superboy-Prime et Spider-Man (dans son costume noir) dans une histoire complètement déjantée autour du multivers et des comic books. Le concept est ambitieux pour quelques pages, parfois un peu trop, mais Sampere livre des images suffisamment folles pour que l’ensemble reste plaisant. Sean Murphy, lui, réunit Spider-Man 2099 et un jeune Clark Kent pour cinq pages seulement, mais une bonne dose de chaos et un passage dans l’univers de Batman Beyond : c’est intrigant, mais beaucoup trop court pour signifier quelque chose. Plus loin, Jimmy Con Carnage de Matt Fraction et Steve Lieber décide tout simplement de ne plus respecter aucune règle. Jimmy Olsen arrive au Daily Bugle, J. Jonah Jameson lui demande des photos de Spider-Man et Jimmy part donc chercher… un type en rouge (la description de Spidey qu'on lui a faite). Il tombe évidemment sur Carnage. C’est idiot, sombre, très drôle et ça se termine par une chute particulièrement savoureuse. Jeff Lemire adopte une approche totalement différente avec un bref récit qui réunit Jonathan Kent et Ben Parker. C’est sans doute l’histoire la plus douce du lot, because Lemire. À travers une rencontre dans une tempête, Lemire rappelle pourquoi les deux héros sont devenus ce/ceux qu’ils sont : derrière Superman et Spider-Man, il y a deux hommes qui leur ont transmis l’essentiel. Le duo Greg Rucka et Nicola Scott, oppose ensuite Lois Lane et J. Jonah Jameson dans un débat autour des médias et de la manière dont ils présentent les super-héros. L’idée est bonne, notamment parce que Jameson n’est pas caricaturé : il reste agaçant, évidemment, mais Rucka lui donne suffisamment d’arguments pour que la discussion ne soit pas jouée d’avance. Cnews en prendra de la graine ? Et puis Gail Simone et Belen Ortega terminent avec des pages tordues qui associent Power Girl et le Punisher. Sur le papier, ça semble tellement improbable qu’on pourrait presque croire à une blague. Pourtant, ça marche (plus ou moins). Simone sait parfaitement comment exploiter le potentiel comique de la situation, tout en laissant suffisamment de place aux personnages. C’est léger, drôle et on en termine avec l'impression que Castle va pouvoir se … (censuré). Un bon crossover n’a pas forcément besoin de révolutionner l’histoire des comics. Il doit d’abord nous donner envie de tourner les pages avec le sourire. Alors, tentez l'aventure, chez Urban Comics, avec un coffret boitier qui vous permettra aussi de ranger la seconde partie à venir, et un joli poster.

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