Spider-man brand new day : la critique universcomics

Spider-man brand critique universcomics« Encore un film de Spider-Man ? » Avouez que c'est une réaction parfaitement légitime. Après Tobey Maguire, Andrew Garfield, Tom Holland, les Avengers, les Spider-Verse et les variations multiverselles à n'en plus finir, on pourrait croire que Peter Parker a déjà suffisamment sauvé New York pour avoir droit, sinon à une retraite, au moins à prendre des vacances loin du tumulte de Big Apple. Et pourtant, Spider-Man: Brand New Day a quelque chose à raconter, promis. Rien de révolutionnaire, rassurez-vous : nous sommes toujours chez Marvel, les immeubles sont toujours vertigineux et les méchants ont toujours une fâcheuse tendance à vouloir détruire la ville. Mais le nouveau film de Destin Daniel Cretton (Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux, vite vu vite oublié) possède une qualité devenue presque rare dans le MCU : il sait ce qu'il veut et peut être. Un film de Spider-Man, tout bêtement (et pas un film en compétition pour un Ours d'or à Berlin). Le plus intéressant est d'ailleurs que ce quatrième épisode commence précisément lorsque Peter Parker n'a plus rien. Petit rappel utile, à la fin de No Way Home, le sort de Doctor Strange a fait oublier Peter Parker au monde entier. MJ ne se souvient plus de lui. Ned non plus. Après la mort de tante May, il ne reste pratiquement plus personne. One More Day, de Straczynski, en pire encore. Quelques années ont passé et Peter vit désormais seul. Il patrouille dans New York, arrête les criminels, parle et s'entend très bien avec les policiers et rentre chez lui, dans une sorte de caverne pour geek célibataire. Il est devenu Spider-Man à plein temps et il est profondément malheureux. C'est probablement la meilleure idée du film, je vous assure. Les précédents épisodes avaient progressivement retiré à Peter toutes ses béquilles : Iron Man, tante May, ses amis, puis MJ. Brand New Day pousse enfin cette logique jusqu'au bout et prend le temps de regarder ce que cela signifie et comment le héros peut résister à toute cette pression mentale. Peter est devenu le héros qu'il devait être, mais le problème, c'est qu'il n'existe presque plus en dehors du costume. Tom Holland est particulièrement bon dans cette version du personnage. Son Peter n'est plus le gamin enthousiaste de Homecoming qu'on voulait baffer. Il a grandi, et cela se voit. Il plaisante toujours, mais quelque chose s'est brisé derrière le sourire. Holland joue remarquablement cette fatigue, cette solitude d'un garçon qui est probablement la personne la plus connue de New York sous son masque et un parfait inconnu dès qu'il l'enlève. Comme si cela ne suffisait pas, son corps décide lui aussi de partir en vrille. Les pouvoirs de Spider-Man deviennent instables : les toiles jaillissent directement de ses poignets, parfois pas du tout, parfois en quantité telle qu'il finit prisonnier de son propre cocon. C'est évidemment très drôle (et inquiétant), mais le gag/évolution fonctionne surtout parce qu'il prolonge parfaitement l'état mental de Peter : il ne contrôle plus rien, ni sa vie, ni ses relations, ni son identité, ni même son corps. C'est précisément à ce moment qu'une nouvelle menace débarque à New York. Pas de bol, je vous jure !Spider-man brand critique universcomics

Voilà qu'une mystérieuse force peut prendre le contrôle des êtres humains et passer d'un corps à l'autre. Peter ne sait même plus réellement qui il combat. Pour une fois, le problème n'est donc pas seulement de savoir comment arrêter le méchant, mais comment combattre quelque chose qu'on ne peut pas voir ou comprendre. Je ferai semblant de croire que vous ignorez de qui il s'agit vraiment (impossible à l'ère d'internet) et n'évoquerai donc pas la manière dont ce magnifique personnage est ici totalement réinventé, sans que ça soit si heureux que ça, par ailleurs. Bref. Parlons plutôt du reste du cast, car ce qui est le plus réussi, dans ce BND, ce sont les scènes intimistes, quand l'action se pose, quand le cœur parle plus que les poings. C'est une orgie de guest-stars qui vous attend : Florence Pugh revient en Yelena Belova, toujours aussi excellente dans son mélange de nonchalance et d'ironie. Mark Ruffalo retrouve Bruce Banner avec un plaisir communicatif, tandis que Jon Bernthal revient en Punisher dans une version plus compatible avec le grand barnum Marvel. Contre toute attente, l'association avec Holland fonctionne très bien, même si par moments Castle vire à la clownerie et apparaît beaucoup trop soft par rapport à ce que nous avons vu sur Disney Plus. Sadie Sink, elle, est justement ce personnage que je ne suis pas censé vous dévoiler (rires). Disons simplement qu'elle apporte au film une intensité bienvenue et qu'elle confirme, après Stranger Things, qu'elle possède largement les épaules pour exister au milieu de cette gigantesque machine bien huilée. Et puis il y a Zendaya. MJ a changé, elle aussi. Elle n'est plus la lycéenne insolente des premiers films, mais une jeune femme qui a poursuivi sa vie sans Peter. Zendaya joue cette situation avec une sobriété très agréable, sans jamais forcer l'émotion. Ses scènes avec Holland comptent parmi les meilleures du film, justement parce que leur relation repose désormais sur quelque chose de presque invisible : une familiarité que l'un ressent encore et que l'autre ne peut évidemment pas comprendre. C'est doux, drôle et parfois franchement triste, c'est ce que vous verrez de plus beau et pertinent dans BND. Oui, le film est à sa manière très connecté au reste du MCU. Oui, il faut avoir quelques notions de ce qui s'est passé auparavant pour en jouir véritablement. Oui, certains personnages arrivent avec leur petit bagage de séries et de films. Mais tout cela reste au service de Peter Parker. On retrouve notamment les références aux anciennes aventures de Daredevil, la Main, les souvenirs de tante May et toute une série de petits détails qui donnent parfois l'impression d'avoir ouvert au hasard un vieux numéro de Marvel en librairie. Brand New Day est aussi capable de ne pas confondre maturité et déprime. Le film parle de deuil, de solitude, de culpabilité et d'abandon, mais sans s'enfermer dans une prétendue noirceur de super-héros. Il reste drôle, vif, spectaculaire et profondément populaire. L'humour est d'ailleurs plus discret que dans les précédents épisodes. Même Ned est devenu nettement plus supportable, ce qui constitue peut-être le véritable signe que les personnages ont grandi. On n'évitera pas, toutefois, les scènes avec des gadgets et autres I.A qui parlent et commentent l'action ou les travaux de Peter en temps réel (quelle plaie ! ) et un final qui flirte avec l'idiotie, dans une chambre d'hôpital, et qui n'est absolument pas crédible, même pour le fan le plus conciliant et naïf. Histoire de rappeler que BND fait le job et rassure, mais n'est pas non plus une merveille exempte de travers, loin de là. Il n'empêche, le film cartonne comme au bon vieux temps et relance l'intérêt pour un univers partagé qui commençait à sentir le sapin, et pas seulement à cause de la canicule et des hectares brûlés. 

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