
Résumé :Entre Jamaillia et les Marchands, la tension monte d'un cran. Le Gouverneur décide d'entreprendre le voyage jusqu'à Terrilville avec sa cour pour mater les rebelles. Alors que Brashen, enfin rentré au pays, fait part aux femmes de la famille Vestrit des nouvelles consternantes de la capture de la Vivacia, la révolte gronde dans le port. Ne trouvant aucun appui auprès de ses pairs, Althéa accepte, pour sauver son navire bien-aimé, d'adopter le plan audacieux proposé par Brashen et Ambre, la mystérieuse fabricante de perles, impliquant le Parangon, le navire fou.
Mon avis : [C'est un tome 5, il y a potentiellement des spoilers] Robin Hobb, wow. Je suis toujours aussi fan.
J’ai lu dans un avis Goodreads que c’était le moment où la saga abandonnait enfin le manichéisme. Hmm je ne sais pas trop, certains personnages que l’on considérait comme les gentils montrent des facettes plus sombres, mais les antagonistes ne deviennent pas pour autant plus sympathiques (pour certains, on en apprend sur leur passé, on tend vers la compréhension, pour d'autres, il leur arrive de telles galères qu'on tend vers l'empathie). En gros certains personnages détestables gagnent peu à peu en profondeur. Sans les rendre plus appréciables, Robin Hobb nous montre leur passé, leurs blessures et les horreurs qui les ont façonnés. C’est ce que j’apprécie le plus dans ce tome : cette capacité à entrer dans l’intimité des personnages et à comprendre les raisons qui les poussent parfois à faire les mauvais choix.
Ce tome continue surtout à tisser ses intrigues et à rapprocher progressivement ses nombreux points de vue. Il y a quelque chose de très mystérieux dans tout ce qui se met en place, avec des enjeux que l’on ne maîtrise pas encore complètement. D’un côté, Althéa est de retour à Terrilville et tente de soutenir les marchands dans leur opposition au pouvoir en place (avec une ligne directrice claire : récupérer son bateau !). De l’autre, le Gouverneur entreprend le voyage jusqu'à Terrilville avec sa cour et ses compagnes de cœur, alors que la révolte prend de l’ampleur… J’ai aussi beaucoup aimé tout ce qui entoure Parangon, bientôt remis à l’eau, et les révélations qui continuent de tomber à son sujet. Ambre, elle, me fait de plus en plus penser à un personnage de L’Assassin royal et je me demande si elle ne constitue pas un lien entre les deux séries (en plus de la géographie… surtout qu'on commence, avec l'arrivée d'un personnage de ouf, à comprendre la temporalité entre les deux séries).
Tome 5 et j'ai encore l’impression d’être dans un tome de transition (ce n'est pas une critique), pourtant, chaque révélation, chaque rapprochement entre les intrigues me donne encore plus envie de découvrir la suite.
Au plaisir.

Note de la boussole d’humanité de l’auteurice :L'œuvre de Robin Hobb, brille par sa dissection magistrale des structures systémiques : l'autrice y dénonce avec acuité les rouages de l'esclavage, du patriarcat et de l'impérialisme. Pourtant, confrontée au monde réel, sa boussole d’humanité révèle une déconnexion paradoxale. Robin Hobb s'abrite derrière le privilège de l’intellectuelle occidentale avec un mutisme absolu face aux tragédies géopolitiques contemporaines, notamment celle de Gaza. Ce silence trace une frontière hermétique entre une subversion littéraire confortable et un engagement politique concret... En limitant sa posture décoloniale à la fiction, elle illustre le glissement d'une partie de la fantasy moderne : prompte à démontrer les dynamiques de pouvoir sur le papier, mais prompte aussi à s'accommoder, par omission, des structures de domination et des urgences de la justice internationale.

