Quand tu écouteras cette chanson - Lola LAFON

Quand tu écouteras cette chanson

  • Titre : Quand tu écouteras cette chanson
  • Autrice : Lola Lafon
  • Editions : Stock
  • Date de parution : 17 août 2022
  • Nombre de pages : 180
  • ISBN : 978-2-23409247-1

L'autrice

Lola Lafon

Lola Lafon, née le 26/01/1974 à Paris, est une autrice, danseuse et chanteuse de père français et de mère russo-polonaise. Elle a grandi en Roumanie jusqu'à ses 12 ans. De retour en France, elle étudie l'anglais à La Sorbonne. Son premier roman, Une fièvre impossible à négocier, est publié en 2003 aux éditions Flammarion. 

Quatrième de couverture

Le 18 août 2021, j’ai passé la nuit au Musée Anne Frank, dans l’Annexe. Anne Frank, que tout le monde connaît tellement qu’il n’en sait pas grand-chose. Comment l’appeler, son célèbre journal, que tous les écoliers ont lu et dont aucun adulte ne se souvient vraiment.
Est-ce un témoignage, un testament, une œuvre ?
Celle d’une jeune fille, qui n’aura pour tout voyage qu’un escalier à monter et à descendre, moins d’une quarantaine de mètres carrés à arpenter, sept cent soixante jours durant. La nuit, je l’imaginais semblable à un recueillement, à un silence. J’imaginais la nuit propice à accueillir l’absence d’Anne Frank. Mais je me suis trompée. La nuit s’est habitée, éclairée de reflets ; au cœur de l’Annexe, une urgence se tenait tapie encore, à retrouver. 

Mes impressions

Une lecture bouleversante, inattendue. Comme des milliers de personnes dans le monde entier, Le journal d'Anne Frank est une lecture qui m'a marquée. Je garde un souvenir très précis de ma visite de l'Annexe, au 263 Prinsengracht à Amsterdam. La queue depuis le coin de la rue, le monde, le contraste avec le vide du lieu et l'absence des disparus. 

Dans cet essai, Lola Lafon nous renvoie la question "Qu'avons-nous fait d'Anne Frank ?" Une icône ? Elle était avant tout une adolescente, témoin et victime d'un des plus grands crimes contre l'humanité, autrice en devenir. Le monde entier se l'est appropriée, son journal a été censuré, elle a été l'objet de nombreuses polémiques. Lola Lafon remet Anne Frank à la place qu'elle aurait toujours dû garder. 

Cette expérience constitue une vraie rencontre avec l'adolescente et pourtant, cette nuit-là, Lola Lafon ne parvient pas à entrer dans sa chambre. 

Une rencontre avec le vide, l'absence. Un hommage à TOUS les absents, mais aussi aux survivants, celles et ceux qui "héritent de récits silencieux." 

Un très beau livre, tout en pudeur, puissant, marquant, bouleversant. Une fin qui vous coupe le souffle. L'avez-vous lu ? 

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p.27  "Anne n'oeuvrait pas pour la paix. Elle gagnait du temps sur la mort en écrivant sa vie. N'oubliez pas ceci, insiste laureen Nussbaum : Anne Frank désirait être lue, pas vénérée. Hannah Arendt qualifiait l'adoration dont elle est l'objet de "sentimentalisme bon marché aux dépens d'une immense catastrophe"... elle n'est pas une sainte. Pas un symbole. Son Journal est l'oeuvre d'une jeune fille victime d'un génocide, perpétré dans l'indifférence absolue de tous ceux qui savaient. N'utilisez pas le mot espoir, s'il vous plaît." 

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p.121  "La bouteille à la mer qu'Anne Frank a lancée, nous l'avons reçue. Nous l'avons chérie, ébahis qu'elle nous soit parvenue. Elle nous est si précieuse que nous nous soucions moins du contenu de cette bouteille que de la bouteille elle-même. "

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p.128  "Si sa courte vie est documentée jusqu'à l'obsession, sa mort l'a ramenée au destin de toutes les autres victimes de la Shoah : Anne Frank n'a pas de sépulture. Son corps repose quelque part dans une fosse commune, comme celui des cinquante-mille morts de Bergen-Belsen. Jusqu'en 1999, il n'y avait aucune stèle à sa mémoire."

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p.163  "Comme Otto Frank, mon grand-père a été victime de la "foi tragique" qu'il avait placée dans un pays d'accueil, persuadé que, s'il s'en donnait la peine, il y serait respecté, protégé. Un pays que son père lui avait tellement vanté, celui de la Déclaration des droits de l'homme et de Victor Hugo : la France."

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p.167  "Quand l'arbre généalogique a été arraché, la naissance d'un enfant revêt une importance particulière : le nouveau-né devient une preuve de survie. Il ne pourra se contenter d'exister. Il héritera d'un devoir : celui de vivre plus fort, pour et à la place des disparus. Comme il est lourd, ce cadeau..."

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p.208  "Certains objets sans valeur nous sont intimement précieux. Ils témoignent d'un être, d'un amour, d'un lieu qui n'est plus. On ne peut supporter l'idée de les perdre, mais on a du mal à les regarder, tant leur pouvoir d'évocation est puissant. On les conserve au secret, dans une boîte, une enveloppe, en lisière de mémoire."

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p.247  "Ils n'ont pas disparu, ils sont là, les absents. Ils persistent et la trace que laisse leur absence est une question. Que faire d'une seule nuit ? Il faudrait des années pour y répondre..."

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