Monstresse(s) (Collectif d'auteurs de Noir d'Absinthe)

Monstresse(s) (Collectif d'auteurs de Noir d'Absinthe)

Auteurs : Collectif d'auteurs

Éditions : Noir d'Absinthe

Paru le : 17 décembre 2021

232 pages

Thème : Recueil de nouvelles

disponible sur le site de l'éditeur

et sur Amazon

J'ai adoré !

 Résumé 

  « Lovée au creux du sein maternel, son cruel poison s’insinue dans le lait intime, corrompt et pervertit jusqu’au socle même de la société. C’est la dévoreuse, la puissance féminine de l’ombre, crainte et pourchassée à égale mesure.
Qui se cache derrière ces traits tantôt hideux, tantôt radieux ?
Descendez aux côtés de nos auteurs dans les catacombes de la civilisation, explorez cette peur du féminin, excavez les tabous qui l’habillent, parure de chair et de sang, ornement de stupre et de vengeance… »
 

Auteurs : Xavier Lhomme, Maxence Madone, Sarah Kügel, Dola Rosselet, Gillian Brousse, Népenth S.,Émilie Chevallier, Charlène Ferlay, Éli Boudeau, Maëlig Duval, Kathrine Hasnaoui, Morgane Stankiewiez

 

 Ma chronique

Je remercie la maison d'éditions pour l'envoi de ce recueil par le biais de la tour Babelio.  Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, j'ai déjà eu l'occasion de ire, de discuter avec certains des auteurs lors d'un salon, je sais déjà que ce n'est pas une mince affaire et que par-dessus tout les auteurs choisis pour cette ME aiment aller au fond des choses. C'est le cas ici, dans ce recueil de 12 nouvelles qui montrent la "monstruosité" que peut voir un être humain. Tout autant d'histoires que d'auteurs, je ne m'amuserais pas à tout décortiquer, par contre je peux vous dire que vous allez retrouver la noirceur la plus violente, la plus profonde, la plus catastrophique qui puisse exister d'une manière ou d'une autre. La femme, comme l'homme n'est pas foncièrement mauvais du départ, il né bébé, elle a des capacités de compréhension, il est au départ près à apprendre et suivre des préceptes, mais si quelqu'un passe par là et vous modifie votre vision ? Vous impose sa loi, vous empêche de vivre tout simplement, jusqu'où seriez-vous capable d'aller ? Resterez-vous sans rien faire à prendre coup sur coup ou au contraire à devenir quelqu'un d'autre, quitte à ne plus se reconnaitre et devenir aussi noir que la nuit sans étoile ni lune ?
    Devenir un monstre, pour toutes ces femmes qui sont évoquées dans chacune de ces histoires n'est pas forcément un choix de premier ordre. Disons que les circonstances ont fait qu'elles sont devenues ce qu'elles sont sous la plume des auteurs. Étant moi-même une femme, je connais la douleur de certains points, du ressenti du regard des autres, je n'ose imaginer plus que ce que je connais déjà et ces auteurs nous laissent avec leur vision. Et ce n'est pas forcément agréable pour quiconque. Cette femme qui a subi un homme et ses assauts, par amour ? Celle-ci qui doit se taire et travailler durant des heures sans rien demander jusqu'à la vue d'un... incident ? Cette autre qui se sent libérée après la mort d'un membre de sa famille ? Et tant d'autres qui ont ressenti un jour ou l'autre ce point de rupture. Ce même point qui indique que trop c'est trop que la seule liberté accordée n'est pas de son fait, que ses pensées ont été meurtries, comme le corps pour la plupart. Et puis, il y a cette unique nouvelle qui est du côté des hommes, ceux-là même qui ont la capacité de surprendre dans tous les sens du terme. Bons, mauvais, nous assistons à la déchéance de certains et la libération de l'esprit pour les autres.     C'est un ensemble qui fait froid dans le dos lorsque l'on comprend où l'auteur (enfin les) veut en venir. Des femmes essentiellement qui vont loin dans la violence physique ou mentale, des hommes qui ne sont pas en reste, mais il n'y a pas que cette noirceur qui compte. Cette petite lumière qui apparait d'une façon soudaine, apportant par moment un peu de sérénité qui ne dure pas certes, mais qu'importe. Être capable du pire, comme du meilleur, c'est ce que nous avons entre ses pages. Certains fait sont horribles dans les deux sens : être capable de prendre une vie alors que tout allait bien avant. Mais cet avant est trop lointain : à force d'encaisser, de ne rien dire, de continuer à garder la tête haute, de faire comme si tout était indifférent... STOP ! Il faut s'arrêter avant de passer de l'autre côté. Il faut que ceux et celles (car il y a autant de femmes que d'hommes qui font subir certains faits) arrêtent également de se penser (voir, imaginer, etc) en tant qu'êtres suprêmes. Avoir un peu de pouvoir laisse des êtres humains devenir des monstres et la torture quelle qu'elle soit touche aussi bien le personnage concerné que le lecteur. Impossible de ne pas se rendre compte de ce qui se produit, impossible de rester en retrait. L'envie de les comprendre tous autant qu'ils sont afin de mieux cerner nous prends aux tripes.     Pas besoin de force surhumaine, l'adrénaline, la volonté, l'envie de faire mal ainsi que la détermination les rends comme nous les connaissons au fil des mots. La plupart sont brisées et non pas d'autres choix que celui de devenir ce "monstre" que les autres ne voient pas venir. Devenir redoutable, ne plus être victime, devenir la bête, la traque est ouverte et le temps fait son œuvre. La grossesse et ses injonctions, La rupture, Les blessures morales, Les instincts noirs, La souffrance, La peur, Le retour à l’humanité, La place de la femme, L’indispensable rôle de la femme dans l’humanité, La folie, Les injonctions de couple, La maltraitance masculine, La misogynie et l’enracinement. Ce ne sont que les titres de chacune de ces nouvelles, mais, mais, mais, ils sont bien là : les mots. Ces mots qui font mal, ces actes qui n'arrangent pas les situations. Avaient-elles le droit de se venger ? Je ne suis pas juge, jury ni bourreau, je ne suis qu'une lectrice qui comprend certaines situations, qui a eu du mal avec d'autres. N'étant pas passée par là, je ne peux pas savoir ce que je ferais. Seul un point où je SAIS ce que j'aurai fait : la protection de mon enfant. Une mère est prête à tout pour le protéger du monde extérieur, pour l'aider à s'épanouir et si quelqu'un tente quoi que ce soit, je SAIS, que je deviendrais ce monstre. Est-ce de la folie ? Je ne pense pas, la folie est un état de maladie, pas un symptôme, un moment d'égarement peut-être ? La société fait en sorte de demander de plus en plus aux femmes sans avoir la possibilité de dire non. Et lorsque l'une d'entre elles ne veut pas d'enfant ? Ne veut pas travailler ? Ne veut pas se conformer à la société ? Hum, je vous laisse réfléchir et comprendre que oui ces fameux "monstres" ont des actes répréhensibles, mais qui est vraiment le criminel ?     12 histoires, 12 récits, 12 nouvelles, 12 auteurs, 12, un chiffre qui est important. Sur ce nombre, je n'ai pas forcément compris où l'auteur voulait en venir ni même apprécié toutes les nouvelles. Sur ces 12, j'en ai adoré 9, ce qui est exceptionnel. Je ne donnerais pas les titres pour ne pas faire de mal à qui que ce soit (et éviter de me faire trucider aussi). 9 nouvelles que j'ai suivi et soit la chute m'a surprise, soit le récit était si entrainant que j'en aurais voulu plus, soit le sujet en lui-même était si intéressant que je ne voulais pas dormir. Car oui, ce recueil m'a empêché de dormir à deux reprises. Fantastique, science-fiction, un chouilla western spaghetti, de l'anticipation... Je ne verrais plus le métro de la même manière ni même les médecins (en même temps, hein...) Bref, des moments de doutes, des moments où le bien fait pour lui ou elle (qui y passe inexorablement). Bien entendu, certaines ont un petit gout de déjà vu, je pense surtout à celle de science-fiction qui ressemble à une nouvelle que j'avais eu l'occasion de lire il y a pas mal de temps. Ce n'est rien en soi, (pour chacune des histoires) car l'écriture est différente, incisive, sombre, piquante, enjôleuse, caressante, assommante (dans le bon sens bien entendu). Les expériences sont traumatisantes et vont loin, mais il est vrai qu'un simple bobo sur un doigt ne mettrais pas une personne dans ces états, il faut plus, beaucoup plus même pour dépasser la fameuse ligne. Le Bien, le Mal, tout cela ne devient plus que des mots. Seule la vengeance, l'envie de protéger, l'envie de créer, d'aller au bout des choses reste.     Le livre en lui-même est beau, autant par la couverture qui reste mystérieuse que par la mise en page. D'ailleurs, les histoires sont assez inégales en longueur, ce qui est particulier, mais pas un mal. Surtout la seconde de ce recueil qui est plus que pertinente avec vraiment peu de mots. Ces mots qui déstabilisent parfois, qui dérangent souvent, mais qui restent proche d'une cruelle réalité. Cruelle vérité d'un monde dans lequel nous vivons et où il faut faire bonne figure. Les thèmes sont nombreux, variés avec cette similitude de la souffrance. Qui, au final est vraiment le monstre ? Celui qui subit et change de comportement jusqu'à traverser le voile ou celui qui s'applique à faire souffrir d'une quelconque manière ? J'ai ma propre réponse, à vous de faire la votre.     En conclusion, un recueil qui donne des frissons de froid, de peur, d'horreur par moment et de légères étincelles d'espoir. Tous en sont pas des monstres, hommes ou femmes. La monstruosité montrée, la noirceur qui s'accumule, c'est un ensemble de récits qui nous laisse de quoi réfléchir sur notre vie, sur ce que nous vivons ou pouvons entendre à côté. Nul ne sait réellement ce qui se passe derrière une porte fermée. Un visage amical n'est pas forcément un ange, cela peut cacher des démons. Ces femmes et hommes assument leur choix, jusqu'à un point faramineux. Qui pourrait imaginer que ces femmes aillent jusque là ? Qui aurait pu croire que le mal-être ressenti depuis autant de temps pouvait emporter l'être humain jusqu'à ce point ? L'âme humaine est complexe, et l'animal en lui s'exprime parfois, avec violence. Il suffit de ne pas se faire prendre pour enfin souffler et recommencer à vivre, sereinement.  

 Extrait choisi :  

« — Franchement, je ne te pensais pas comme ça, lâche-t-elle.
— Comment ?
— Ça fait des années que Georges essaie d'avoir cette augmentation, et toi, pouf, tu l'obtiens juste après une entrevue ? J'y crois pas.
Je me crispe. Je sens qu'elle n'a pas tout dit, qu'il y a encore un peu de rancœur cachée dans l'ombre de ses yeux.
— Qu'est-ce que tu ne crois pas, exactement ?
— Moi, je dis qu'il y a de la lèche, derrière ça.
Voilà, les mots ont été prononcés. Une colère sourde monte en moi, avant de se changer en panique.
— Je n'ai rien fait pour avoir une augmentation, me défendé-je. Il me l'a donnée. Je n'en voulais même pas forcément.
— Donc en plus tu craches dessus ? De mieux en mieux. Tu vois, je te trouvais sympa parce que tu causais pas beaucoup, tu la ramenais pas, comme les autres cons du service, mais en fait, t'étais aussi fausse qu'eux !
Comme d'habitude, je ne trouve rien à répondre et fixe le bout de mes chaussures : elles sont encore tachées de rouge. Vanille murmure un dernier "je vois" avant de me laisser avec ma honte. »

Monstresse(s) (Collectif d'auteurs de Noir d'Absinthe)


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