Face au dragon

Face au dragon
Face au dragon
Polyxène est une jeune fille qui arrive très vite aux bonnes conclusions. Pourtant, confrontée à une île qui défie la science, entourée d'aventuriers qui prétendent appartenir à des époques différentes, il lui faudra toute la capacité d'abstraction dont elle est capable. Surtout quand le seul moyen de quitter sa prison est a priori de tuer un dragon et que sa seule arme est son intelligence...
Face au dragon
Pourquoi ce livre ? A l’époque où je ne connaissais pas encore la structure Sillex, je suis tombée sur une campagne de financement participatif pour Rocaille de Pauline Sidre. Et puis j’ai vu qu’il y avait un lot avec ce roman d’Isabelle Bauthian, autrice que j’ai découvert et énormément apprécié avec Anasterry et Grish-Mère. J’ai donc fait ma curieuse et pris les deux. Je reconnais avoir eu un peu plus peur avec ce roman plus jeunesse, il aura donc fallu que quelqu’un m’impose cette lecture dans un challenge pour la sortir de ma PAL.
Honnêtement, le début est tellement jeunesse, avec les problèmes d’adolescents geeks donc en marge qui subissent les moqueries de leur entourage parce qu’ils ne sont pas comme eux, que j’ai bien failli abandonner. Je n’arrête pas de me répéter mais en ce moment, les romans jeunesses ne sont plus trop ma tasse de thé et j’ai du mal à apprécier personnages et intrigue. Ce fut le cas ici, où tout est un peu trop long. Même lorsque le fantastique apparaît - - assez rapidement je le reconnais - j’ai eu du mal à m’intéresser aux personnages, assez stéréotypés au premier regard. C’est finalement l’entrée en scène du chevalier qui a équilibré la balance et suscité ma curiosité. De là, l’intrigue évolue et se densifie. Et si les jérémiades de Poly sont toujours de rigueur, elles sont plus discrètes.
En fait, cette chronique est en train de partir dans tous les sens. Je vais essayer de reprendre plus clairement. Poly est une héroïne un peu seule et surtout incomprise. Sa mère n’admet pas son attrait pour le monde de la technologie, du jeu vidéo. Elle semble proche de sa sœur, mais Guenièvre n’est présente que dans les pensées, les souvenirs, puisqu’au moment de l’intrigue elle est partie avec leur mère en vacances. Quant au père, il semble exister mais n’est qu’un mot parmi des pensées. Poly est donc une fille solitaire, qui apprécie ça mais qui recherche de la compagnie par le biais d’internet. Elle parle à une personne dans la réalité, et les autres la supportent voire la critiquent. C’est une situation de départ qui ne m’a pas forcément plu car j’ai eu l’impression que c’était un traitement très daté du rapport à la technologie (internet, jeu vidéo, etc). Bref, tout dérape quand le racisme se dévoile. La colère gronde et… on change de décor. Brutalement. J’ai eu du mal à comprendre ce qui c’est passé à ce moment-là, ce qui traduit parfaitement le dépaysement soudain de Poly. De là, on assiste à une sorte de huis-clos sur une île, sur laquelle habitent quatre personnages de toute époque. Trois hommes, une femme, d’un âge à peu près similaire. Et chacun porte le stéréotype de son époque : Olri le preux chevalier est venu là pour défoncer le dragon et épouser sa belle d’une classe sociale plus élevée ; Menine est une femme qui aime le plaisir et ne s’en cache pas, elle est alors considérée comme une sorcière qui ensorcelle les hommes pour les débaucher ; Nigel est un homme qui fuit les valeurs de sa famille mais qui se révèle être exactement comme eux ; Simon est un jeune homme sympathique, le meilleur ami qu’on souhaite tous avoir, avec ces sombres secrets liés à guerre mondiale. Et Poly, dans tout ça, ressasse énormément le négatif, manque de confiance en elle mais saute comme une puce au moindre compliment… Je me suis attachée aux personnages, mais pas totalement en ce qui la concerne.
Les personnages et les mystères posés par l’île sont les atouts de l’intrigue. On ne peut pas dire qu’il se passe énormément de choses. C’est avant tout apprendre à se connaître et à se faire confiance qui est au cœur de la première moitié du roman puis on passe à quelque chose de plus scientifique, avec des recherches, des hypothèses, des essais, autour de cette fameuse vasque, qui leur prête un pouvoir bien étrange et assez unique. A l’instar de Poly et Nigel, je me suis creusée la cervelle pour comprendre comment ça pourrait les aider à sortir de l’île. Le sentiment d’appartenir à une petite famille a fini par me gagner, à tel point que lorsque j’ai senti que les personnages tenaient le bon bout pour se sortir de cette impasse (et ce n’est pas qu’une expression ici), j’ai eu un pincement au coeur, me disant que le groupe allait me manquer. Un à un, chaque personnalité aurait probablement été imbuvable mais réunis, ils nous offrent des moments de complicité et de camaraderie qui dénotent avec des dialogues plus violents, où chacun vide son sac et règle ses comptes.
J’ai beaucoup aimé la forme de la fin. Après s’être attachée à chacun, que l’autrice prenne le temps de reprendre les bases de leur passé pour ensuite aboutir sur une fin et les décisions quant au futur de chacun, c’est respecter ses personnages. Je regrette seulement que la romance développée soit trop évidente, j’aurais voulu plus de déchirement entre les deux. Et la rencontre de Simon avec un personnage tierce, le temps d’un chapitre, m’a mis la larme à l'œil.
Le style d’écriture est un pour lourd par moment, avec des paragraphes assez courts et des phrases parfois hachées. Dans le même esprit, les pensées de Poly nous sont très souvent livrées et se mêlent à la narration sans signe distinctif (comme l’italique), alourdissant le texte et le rendant plus jeunesse, étant donné les formulations et le côté répétitif. Enfin, je regrette la présence de coquilles, de mots absents, de pas mal de fautes d’orthographe, qui sortent un peu de la lecture. Des “sans” à la place des “dans” quatre ou cinq fois dans un roman, ça fait beaucoup et il y en a d’autres. Un peu dommage, même si je n’en ai pas pris compte dans ma note.
Face au dragon
C’est difficile de dire si je m’attendais à mieux, étant donné que j’adore les productions de cette autrice, ou à moins bien, étant donné ma difficulté toute récente à apprécier un roman jeunesse… Ce qui est certain, c'est que je ne m'attendais pas à tant de lenteurs au départ, ni à finalement m'attacher à ce point aux personnages et à leur vie singulière sur cette île mystérieuse, ni à avoir une telle fin pleine d'émotions. J'aurais tout de même préféré quelque chose de plus fort, moins "happy end" pour Poly et son amourette. Moi qui ai failli abandonner, ce sera finalement une très bonne lecture !
Face au dragon
15/20
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