Images pour les petits pour les grands

Images pour les petits pour les grands

En 1963, révolution typographique et graphique. (c) MeMo.


Quel âge faut-il avoir pour connaître l'histoire graphique de la littérature de jeunesse? Pour savoir d'où viennent, consciemment ou non, ces albums pour enfants devenus aujourd'hui des classiques, ceux de Grégoire Solotareff, Nadja, Claude Ponti, Anthony Browne, David McKee, Wolf Elbruch, etc.? Personne n'est obligé de savoir, bien entendu. Il est toutefois passionnant de voir les créations, les inventions, les réactions qui ont donné lieu à la littérature de jeunesse actuelle. Rien ne vient de rien et il est non seulement passionnant mais aussi utile de suivre les enchaînements.
Quel âge faut-il avoir pour connaître l'histoire graphique de la littérature de jeunesse? Sans doute, celui de ne pas avoir connu internet. D'avoir pris son vélo, sa mobylette, le bus, le métro ou le train pour aller visiter l'exposition d'un maître du genre ici ou là - le bonheur de plonger le regard dans les originaux. De s'être rendu en bibliothèque ou en librairie pour découvrir le catalogue de ces expositions - la compensation d'expos trop lointaines ou trop courtes ou... D'avoir tourné avec fébrilité les pages illustrées - avec les piètres moyens techniques d'impression de l'époque - des livres traitant de littérature de jeunesse ou présentant ceux qui la font.

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Un précurseur, Edy-Legrand. (c) MeMo.


Aujourd'hui, la curiosité existe encore quand elle est assouvie par quelques tapotements sur un clavier. Peut-on apprécier une œuvre par écran interposé? A réfléchir. Mais les artistes qui ont précédé la révolution numérique? Ceux dont personne n'a pensé scanner les œuvres pour les partager? Ceux dont les livres se trouvent de plus en plus rarement? 
Images pour les petits pour les grandsCeux-là, on les retrouve en majesté dans la monographie "Les images libres" que Loïc Boyer consacre à ceux et celles qui ont "dessiné pour l'enfant entre 1966 et 1986" (MeMo, 224 pages). Un ouvrage de bon format fourmillant d'images remarquablement mises en pages, sur un épais et doux papier crème les mettant mieux en valeur que le blanc habituel. Designer et illustrateur, éditeur à ses heures, l'auteur fait des recherches sur la littérature de jeunesse depuis près de dix ans. Il explique ici, arguments graphiques à l'appui, combien tout a changé au début des années 60. Oui, avant mai 68.
On a l'habitude de dire que l'édition jeunesse tournait alors en rond. Oui, sauf quand se glissaient dans la boucle des grains de sable comme le précurseur André Hellé bien plus tôt, Alain Le Foll ou André François et bien entendu Maurice Sendak. Loïc Boyer définit six moments durant les vingt-deux années qu'il étudie dans cette monographie qui peut aussi se parcourir comme un imagier des images pour enfants tant les illustrations sont nombreuses, variées et de qualité.

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Etienne Delessert, un pionnier. (c) MeMo.


"Les images libres" suit le parcours des auteurs et des illustrateurs comme celui de leurs éditeurs, ententes, disputes, brouilles, dont on se moquerait aujourd'hui si ces rapports humains n'avaient été le déclenchement de tant d'actes créatifs, en accord ou en opposition. Les styles se cherchent, se trouvent, explosent dans un nombre fabuleux de pages illustrées.

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Les choix de l'éditeur Robert Delpire. (c) MeMo.


Entrée en scène de quelques-uns des artistes évoqués.
  • "Première époque", soit l'arrivée en France de l'éditeur américain Harlin Quist qui va rapidement rencontrer l'éditeur français François Ruy-Vidal. Apparaissent alors, plus ou moins "pop" comme l'était l'époque,  Etienne Delessert, Eleonore Schmid, Patrick Couratin, Nicole Claveloux, Claude Lapointe, Bernard Bonhomme, Heinz Edelman.
  • "Paris-New York" ou la découverte enchantée par l'éditeur Robert Delpire de Maurice Sendak, l'apparition de Tomi Ungerer et Georges Lemoine, l'installation aux USA du Suisse Etienne Delessert, les premiers Seymour Chwast et Milton Glaser, tellement influents ensuite sur l'équipe établie autour de Harlin Quist.
  • "Deuxième époque" parce que Quist-Ruy-Vidal, c'est fini. Les deux éditeurs se séparent. Henri Galeron ou Nicole Claveloux se partagent entre les deux. Quist publie aussi Guy Billout, Tina Mercié ou Philippe Corentin. Danièle Bour suit Ruy-Vidal chez Grasset.
  • "Directions artistiques" vu qu'au début des années 70, la forme et la fabrication comptent autant que le fond, période rêvée pour Patrick Couratin ou le magazine "Okapi".
  • "La société et les images libres" car cette littérature pour enfants qui sort des cases se retrouve à plusieurs reprises dans la très estimée revue "Graphis", fait l'objet d'expositions prestigieuses et de reportages de presse; nos héros déjà mentionnés ne sont jamais fatigués.
  • "Le long voyage" des albums pour enfants peut commencer, le chemin a été tracé, non sans peine comme toujours en cas d'innovation, par les pionniers Harlin Quist et François Ruy-Vidal. Dans cette voie ouverte s'engouffrent les éditions de l'école des loisirs, surtout pour leurs achats à l'étranger en ce temps-là, assez étonnamment les magazines Bayard et ensuite Gallimard en la personne de Pierre Marchand, le Sourire qui mord de Christian Bruel et bien sûr, encore et toujours Patrick Couratin. "Un paysage exceptionnel en ce qui concerne l'illustration éditoriale, qui a vu et verra fleurir des œuvres majeures à l'adresse de la jeunesse", observe l'auteur qui termine son ouvrage par une impressionnante série d'illustrations en guise d'exemples.

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Que serions-nous sans Nicole Claveloux? (c) MeMo.


Très richement illustrée, la monographie "Les images libres" offre un magnifique outil pour aborder cette époque cruciale. Une foule d'informations enrichissantes sont rassemblées dans un texte documenté tout en étant agréable à lire qui s'appuie sur un formidable choix d'images. Voilà une monographie bien utile qui fera date. Quelques regrets tout de même.
  • Il n'est pas clairement mentionné que les images publiées proviennent en toute grande majorité du don de l'éditeur François Ruy-Vidal au fonds patrimonial de l'Heure Joyeuse, orientant ainsi la recherche de Loïc Boyer, ce que ne comprend pas nécessairement l'amateur profane désireux de s'instruire qui ne se réfère qu'au titre et au sous-titre.
  • Il n'y a pas de sommaire mais une abondante bibliographie par années de parution et une ligne du temps des maisons d'édition et des principales publications des auteurs durant ces deux décennies.
  • Surtout, il n'y a pas d'index permettant une recherche rapide et efficace.
 

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