Dan et Célia : Les jumeaux d'Autremonde, tome 1 : L'impossible mission - Sophie Audouin-Mamikonian

Dan et Célia : Les jumeaux d'Autremonde, tome 1 : L'impossible mission - Sophie Audouin-MamikonianDan et Celia : Les jumeaux d’AutreMonde1, Sophie Audouin-Mamikonian

L’impossible mission

 Editeur : XO

Nombre de pages : 373
Résumé : Celia et Dan, les jumeaux de Tara Duncan et de Caliban Dal Salan, ont grandi sur Terre, loin des turpitudes d’AutreMonde. Pour suivre les traces de ses légendaires parents, Dan n’invente rien de mieux que de se laisser kidnapper. Où se trouve-t-il ? Personne ne le sait. Jusqu’à ce message reçu par Tara et Cal : leur fils sera exécuté s’ils entreprennent la moindre recherche ! Mais Celia, elle, a les mains libres. Accompagnée par Luck et Dred, la discrète jeune fille est bien décidée à sauver son jumeau. - Un petit extrait -

« – Bon sang ! grogna Danviou en frottant ses épais cheveux blonds, nos parents vont nous tuer. Réussir à se faire kidnapper deux fois en quelques jours ! Je crois qu’on a battu leur record !

Selenba ne put s’empêcher de ricaner.

— Je te le confirme. Même Tara n’a pas réussi ce coup-là, et pourtant, crois-moi, Magister et moi, on lui a mené la vie dure. Et je ne te parle même pas de ses autres ennemis ! Ta mère avait une vraie propension à attirer les ennuis. De Gros Ennuis.

Les majuscules étaient bien accentuées dans sa dernière phrase.

— Nous n’avons peut-être pas hérité de la magie de notre mère, soupira Celia, mais, en revanche, il me semble clair que provoquer les ennuis, ça, c’est dans nos gènes. »

- Mon avis sur le livre -

 Ainsi que je l’ai déjà dit auparavant, l’annulation du « cycle » Tara et après un seul et unique opus a été plus que difficile à avaler … tant et si bien qu’à la sortie du « premier tome » de Dan et Celia, je me suis certes précipitée pour l’acheter le jour-même (on ne change pas les bonnes habitudes, d’autant que ma libraire, qui me connaissait bien, m’avait très gentiment mis un exemplaire de côté et m’avait envoyé un petit mot sur facebook pour me prévenir qu’il m’attendait), mais indiscutablement, l’envie de le lire immédiatement n’était pas là. La flamme, si ardente jusqu’à présent, ne parvenait pas à se rallumer après une telle déception, une telle désillusion, une telle douche froide. Il m’aura fallu six longues années pour enfin sortir ce roman de la pile à lire, moi qui répétait ad nauseam que Sophie m’appelait « Aria qui lit plus vite que son ombre » car j’étais chaque année la toute première Taraddicte à écrire un commentaire passionnée du tome fraichement sorti sur le Blog (pas celui-ci, mais celui avec une Majuscule, c’est-à-dire le Blog de l’Autrice) … Six ans, et la suite n’est toujours pas sortie : il semblerait, malheureusement, que j’avais toutes mes raisons de trop m’emballer, de ne pas trop me réjouir. Alors bien sûr, je sais très bien que Sophie n’a pas chômée durant toutes ses années, qu’elle s’est pleinement consacrée à la production de la nouvelle série animée … mais cela ne m’empêche pas d’être à la fois triste et fâchée, parce qu’à vouloir explorer de nouveaux marchés, elle en a délaissé ses fans de la première heure, ses lecteurs, ses Taraddicts. Qui ne peuvent malgré tout pas s’empêcher d’attendre, d’espérer. Encore et toujours.

Connaissant mieux que quiconque les innombrables menaces qui pullulent sur AutreMonde – pour avoir affronté les premières et sauvé la seconde à de nombreuses reprises avec leurs fidèles amis durant toute leur adolescence –, Tara et Cal (qui ont enfin pu se marier, Lisbeth ayant enfin réussi à pondre des tas de petits héritiers à l’Empire d’Omois, libérant par la même occasion Tara de ses obligations diplomatiques) se sont promis de faire tout ce qui était en leur pouvoir pour protéger leurs enfants de tous ces dangers. D’autant plus que, contre toutes attentes, et pour une raison encore inexpliquée, Dan et Celia, les jumeaux Duncan Dal Salan, n’ont nullement hérité des pouvoirs surpuissants de leur mère : leur magie est pour ainsi dire moins forte que la plupart des sortceliers de leur âge. Au plus grand désespoir de Dan, qui semble par contre avoir hérité du gout prononcé pour l’aventure de ses héros de parents, et au plus grand soulagement de Celia qui, quant à elle, ne demande rien de mieux que de mener une petite existence tout ce qu’il y a de plus paisible. Mais lorsque son frère jumeau se fait enlever et que ses parents se voient formellement interdits de se lancer à sa recherche s’ils veulent que leur fils leur soit rendu vivant, Celia n’a d’autre solution que de prendre elle-même les choses en main. Accompagnée par son meilleur ami Luke (fils du célèbre mais toujours inconnu Magister et de la sinistrement célèbre vampyre Selemba) et par le jeune dragon Dred (fils de maitre Chem, ancien mentor de Tara, et de la reine des dragons), la jeune fille ne va laisser rien ni personne l’empêcher de retrouver son double, sa moitié. Rien, pas même la terreur qui l’envahit à la seule idée de se mettre en danger …

En « zappant » la suite et fin du cycle initialement prévu après la saga originale, l’autrice fait un énorme bond dans le temps : l’ellipse temporelle entre Tara et Cal et ce roman est longue de treize ans … Pile assez pour laisser de côté les anciens héros devenus adultes (et carrément parents) et permettre à la nouvelle génération de prendre leur place (pour continuer à cibler le jeune lectorat, qui a besoin de pouvoir s’identifier aux personnages principaux). Et c’est ainsi que Tara, Cal, mais surtout tout le reste du MagicGang (du moins ceux qui sont évoqués, ce qui n’est même pas le cas d’un certain demi-elfe) se retrouvent au deuxième, voire même au troisième plan … Et même si Dan et Celia sont de jeunes héros fort attachants, je dois bien reconnaitre avoir trouvé la séparation assez abrupte, assez brutale : après treize tomes (soit presque 6000 pages) aux côtés de Tara, Cal et leurs amis, les voir ainsi relégué au simple rang de guest-star a quelque chose d’assez déconcertant. Une fois encore, je ne peux que regretter l’annulation inopinée du cycle « Tara et », qui aurait je pense aider les lecteurs de longue date à vivre une transition en douceur … Mais il semblerait que les lecteurs de longue date n’aient clairement pas été au centre des préoccupations de Sophie lorsqu’elle a écrit ce roman : ça crève les yeux qu’elle s’adresse essentiellement à des lecteurs qui ne connaissent pas la saga originale. Ainsi, elle abreuve le début du roman de tas et de tas d’informations et explications pour permettre aux néophytes de ne pas être totalement perdus sans avoir lu les treize tomes précédents : entreprise honorable, certes, mais qui alourdit considérablement le récit …

mais surtout, pire encore, qui prend en quelque sorte sa place : l’intrigue se voit considérablement lésée par cette volonté d’aider les nouveaux lecteurs à prendre le train en route. En effet, impossible de véritablement cerner la personnalité de Dan, Celia et Luke, sans savoir précisément qui sont leurs parents respectifs et ce qu’ils ont accomplis (en bien pour les parents de Dan et Celia, en mal pour ceux de Luke). Et résumer les exploits (ou méfaits) réalisés en treize tomes et quasiment autant d’années, ça prend forcément un peu de temps … autant de pages volées à l’histoire, et autant de redites interminables pour les fidèles lecteurs, qui doivent également supporter une déferlante sans fin de « oh, en fait, Lisbeth a eu cinq enfants, et Moineau et Fabrice ont eu une portée de quatre bébés loup-garous-bêtes, oh, et aussi, untel a vécu ceci et untelle cela » (tout ce qui aurait dû faire l’objet du fameux cycle avorté, en somme, qu’il faut bien caser en quelques lignes pour recoller les morceaux, quitte à faire un aparté narratif fort artificiel pour tout caser). Au bout d’un moment, on se demande presque si c’est un roman que nous tenons entre les mains, ou seulement un volume introductif, une sorte d’apéritif qui s’éternise tellement qu’on finit par en avoir la nausée. J’en suis presque venu à me demander si l’éditeur ne nous avait pas menti, s’il n’avait pas utilisé frauduleusement le nom de l’autrice, car cela ne ressemble vraiment pas à Sophie, ce genre de lourdeur, de longueur … Elle nous avait habitué à de l’action, du rebondissement, du suspense, du mystère, de la tension, de la crispation, de l’urgence, de la palpitation, et pas à une platitude digne d’un très mauvais cours d’histoire ! Mais reprend-toi, Sophie, nom d’un petit bonhomme en mousse !

Heureusement, une fois passée ce long et douloureux moment, les choses deviennent nettement plus intéressantes. Déjà, parce qu’on s’attache très rapidement à nos tous jeunes héros, qui en héritant du nom de leurs parents ont également hérités d’une certaine pression : tout le monde s’attend à ce que les enfants de Tara Duncan et Caliban Dal Salan soient des sortceliers surpuissants, des héros glorieux en devenir, et à ce que le rejeton du cruel Magister et de la sanguinaire Selemba soit un monstre avide de violence et de vengeance. La réalité, c’est que Dan et Celia sont de bien piètres sortceliers, que Celia est même une « poule mouillée », et que Luke est un petit garçon doux comme un agneau qui passe son temps à se goinfrer de viennoiseries car il ne supporte pas le gout du sang … Et alors que Tara et Magister sont des ennemis jurés (même si leurs rapports sont nettement moins sanglants depuis qu’ils sont l’un comme l’autre devenu parents), Celia et Luke sont les meilleurs amis du monde. On retrouve bien là le gout de Sophie pour l’inattendu, pour l’improbable, à la limite de l’anticonformisme : difficile d’imaginer Selemba faire des aller-retours entre la Forteresse Grise de son grand méchant de mari et son rôle de garde du corps pour Tara Duncan et sa famille … et pourtant, ça semble presque naturel, parce que dans l’univers fantasque et déjanté de Sophie, rien n’est impossible. Sauf peut-être, si l’on en croit le titre du moins, la fameuse mission qui attend nos jeunes héros, qui vont découvrir qu’ils ne sont finalement pas si différents de leurs parents que cela : s’il y a une aventure à vivre, un univers à sauver, ça va assurément leur retomber dessus.

Et quelle aventure ! Imaginez donc : vous êtes une jeune fille plutôt prudente (quoi qu’en dise ceux qui utilisent plutôt les termes « froussarde » ou « trouillarde »), avec très peu de pouvoirs magiques, une estime de soi qui frôle les abysses, et l’envie viscérale de ne surtout rien vivre d’extraordinaire … et votre jumeau, qui est supposé être votre double et votre moitié, ne cesse de flirter allégrement avec le danger, et lorsqu’il se fait (enfin, selon lui) kidnapper à l’âge de treize ans, c’est un soupir de joie et de soulagement qu’il pousse, et non pas un cri d’effroi. Vos parents ont l’interdiction absolue de tenter de le retrouver, ils se retrouvent pieds et mains liés, et avec eux tout l’Empire d’Omois et ses fins limiers. Vous vous rendez compte que la seule et unique personne qui peut agir, c’est vous, et comme vous aimez profondément votre idiot de frérot, vous endossez avec lassitude l’armure d’héroïne qui seyait si bien à votre mère mais qui semble parfaitement ridicule sur vous. Et, alors que vous souhaitiez seulement récupérer votre abruti de jumeau, vous venez en réalité de mettre le pied dans le plus grand, le plus ambitieux complot concocté dans la galaxie ces dix dernières années. Terminée, la tranquillité : Dan et Celia vont même réussir à battre les records de leurs parents, qui avaient pourtant fait plutôt fort ! On ne s’ennuie pas une seule seconde, il se passe toujours quelque chose d’imprévisible, et même si ça part parfois un peu dans tous les sens (je dois reconnaitre ne pas avoir tout saisi, parfois), on retrouve vraiment le dynamisme si propre à cet univers ! Et, bien que moins mordant qu’auparavant, cet humour si rafraichissant même dans les moments les plus tendus !

En bref, vous l’aurez bien compris : même si cet opus est très loin d’égaler la série originale, pour la simple et bonne raison qu’à vouloir à tout prix agripper de nouveaux lecteurs, l’autrice en a oublié de soigner aussi proprement que d’ordinaire son intrigue, ça n’en reste pas moins un ouvrage fort sympathique que j’ai dévoré d’une traite. Dan, Celia et Luke, sans oublier leurs nouveaux amis Dred et Saxia, sont particulièrement attachants : plus sensibles, plus fragiles que leurs parents et prédécesseurs, ils sont également débrouillards, déterminés et courageux, et c’est un vrai régal que de vivre une première aventure à leurs côtés (en espérant que cela ne sera pas la dernière, car ce « Magicgang nouvelle génération » est vraiment prometteur). Et quand bien même l’histoire est un tantinet trop confuse et précipitée, à la fois parce que Sophie s’est laissée submergée par les explications à distiller et parce qu’elle a voulu pousser le mystère du nouveau méchant un peu trop loin (vouloir bien faire, ok, mais en faire trop, c’est toujours mauvais), j’ai tout de même passé un excellent moment. Il y a une bonne poignée d’action et de rebondissements, sans oublier une bonne dose de suspense, ainsi qu’une grosse pincée d’émotion, avec en prime ce petit soupçon d’humour qui fait la marque de fabrique de Sophie : les ingrédients sont bels et bien réunis, c’est la présentation qui pèche un peu, on va dire, car le style est loin d’être aussi soigné qu’auparavant. Mais avec un peu de chance, la suite est en train de mijoter quelque part, et Sophie nous servira un second opus plus appétissant encore … j’ai envie et besoin d’y croire, mais je reste prudente (chat échaudé craint l’eau froide, dit-on) !


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