Laurence Sterne : Voyage sentimental

laurence sterneLaurence Sterne qui nait en 1713 en Irlande et meurt à Londres en 1768 est un écrivain et membre du clergé britannique. Ses œuvres les plus célèbres sont Vie et Opinions de Tristram Shandy gentilhomme (1760) et Voyage sentimental en France et en Italie (1768) qui vient d’être réédité en poche. Sterne a également publié des sermons, écrit des mémoires et pris part à la vie politique de son pays. Il meurt à Londres après avoir lutté contre la tuberculose qui mina les dernières années de sa vie.

Il est rare que je remonte aussi loin dans le temps pour alimenter mes lectures pour plusieurs raisons : les tournures de phrases désuètes obligent à en accentuer la concentration, le sens des mots diffère parfois entre ce siècle et le nôtre et les textes sont souvent matières à allusions, parodies, critiques sous-jacentes des mœurs de ce temps. Il y a certes toujours une préface ou diverses notes pour éclairer notre lecture, m’enfin ! ça complique le machin. J’avais lu Tristram Shandy, jadis, alors comment résister quand l’éditeur vous propose de compléter vos connaissances de l’écrivain ?

Sans vouloir réduire la portée du roman, sachez néanmoins qu’il est moins long que prévu puisque d’Italie il n’y a pas ! Le voyage ne courra que de Calais à Moulins dans le Bourbonnais en passant par Amiens, Versailles et Paris. Yorick, pasteur de son état et héros de ce périple, est un alter-ego de l’écrivain ayant pris pour alias un personnage de Shakespeare (Yorick est bouffon à la cour royale du Danemark dans Hamlet). Et que le terme « voyage » ne vous fasse pas imaginer un de ces récits de voyageurs admirant les paysages et les monuments rencontrés en chemin. Ici que nenni, par contre on y croise beaucoup de monde !

Alors que se passe-t-il dans ce bouquin ? Beaucoup de choses et pas grand-chose oserais-je écrire. Les épisodes s’enchainent sur un bon rythme et après avoir embauché La Fleur, un valet à Boulogne, les rencontres se succèdent : un moine franciscain à Calais, un comte à Versailles qui lui procurera un passeport car Yorick voyage sans papiers alors que  la France et l’Angleterre sont en guerre (celle dite de 7 ans), tandis qu’à Paris ce seront une mercière dont il tâtera le pouls, un nain, un marchand de gâteaux ambulant près de l’Opéra, ou une jeune domestique dans une librairie du quai Conti, etc.

C’est toujours très amusant (quand après Lyon, dans une auberge comme il ne reste qu'une seule chambre, il est obligé de la partager avec une femme et sa servante !), le britannique se moque (?) gentiment des Français ou s’étonne de leurs mœurs, la sensualité se faufile entre les lignes dans des termes qui aujourd’hui nous semblent un peu niais (on se tripote beaucoup les mains dans ce livre…), des digressions pas toujours compréhensibles pour la narration globale s’infiltrent de temps à autre.

Ce Yorick m’a semblé un bon gars, compassionnel, à l’écoute des autres et ce livre avait pour but « de nous enseigner à aimer le monde et nos semblables mieux que nous le faisons » disait Laurence Sterne. Louable, donc.


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