Campagne - Matthieu Falcone

 Campagne  -  Matthieu Falcone


Campagne   -   Matthieu Falcone

















Albin Michel
Parution: 18 août 2021Pages : 304EAN : 9782226457783
Prix : 18.902 €
Présentation de l'éditeur

« Quoi que l’on fasse, de quelque partie que l’on vienne, le village se cache, ne se montre pas de loin. C’est un village tout plié sur lui-même, en boule la tête dans le cul, comme un chat endormi. Au milieu coule une rivière. C’est-à-dire qu’elle était au milieu, avant qu’il soit désaxé, le village, étendu vers le sud pour les nouvelles constructions. Ici, au village, on en trouve comme cela, qui disent à présent qu’il faut sauver la Terre. Sauver la Terre, je veux bien moi, mais qui nous sauvera, nous ? »
De jeunes citadins, pétris de certitudes, se sont installés dans un village de la France profonde afin d’y organiser une « grande fête participative ». Entre eux et les paysans, le choc est inévitable, le drame annoncé.
Roman féroce et plein d’humanité sur le nouveau monde rural que s’approprient les urbains, modifiant ses règles et bouleversant ses coutumes ancestrales, Campagne est une réflexion profonde sur le désarroi des hommes et la puissance de la nature.
On retrouve le style grinçant et la langue de Matthieu Falcone, l’auteur d’Un bon Samaritain.
Un conte moderne, cruel et bouleversant. Page des libraires
Mon avis
Un deuxième roman social rural, lu dans le cadre du Prix Horizon 2022.  Un livre qui ne laisse pas indifférent et qui suscite des avis tranchés.
Robert, le narrateur est un paysan du cru, il a ses racines ici dans ce village de la France profonde.  Il est attaché à sa terre de façon viscérale, elle fait partie de lui et il va grâce à la plume de Matthieu Falcone nous décrire au scalpel l'âme et le ressenti des villageois.
Il y a les anciens comme lui, là depuis toujours, ancrés à cette terre qu'ils connaissent bien.  Ils savent comment la traiter et sont conscients que parfois ils l'ont malmenée, qu'ils ont utilisé des poisons pour produire à tout prix, ce qui était nécessaire et demandé après la guerre... mais ils l'aiment cette terre et la comprennent mieux que quiconque.
Dans le village, on se réunit au bistrot, chez François, qui arrivé de la ville a un peu changé les habitudes du lieu, il veut y apporter de la culture, un autre mobilier et de la modernité.  C'est un peu compliqué à accepter pour le "Fou", un personnage au langage bien trempé, qui a sa vision du village. Avec Robert ils discutent en buvant un coup, une amitié surprenante et improbable. 
Et puis, il y a les néo-ruraux, les jeunes, ces personnes qui ont quitté la ville pour venir au vert, qui viennent confronter leurs idées sur l'écologie, sur le développement durable!  Le problème est que ces gens pensent savoir mais ne connaissent absolument rien à la terre, ils arrivent et "bétonnent", "urbanisent" les lieux.
Un grand rassemblement, une fête participative va être organisée au village, un grand raôut qui va chambouler l'équilibre et la quiétude du village.
Autant vous le dire de suite, il ne se passe rien ou presque durant ce récit !  
En début de lecture, il me semblait lire un playdoyer pour l'écologie, un essai instructif plus qu'un roman.  J'ai persévéré ma lecture car la langue est magnifique, riche et poétique.  Matthieu Falcone y décrit les ressentis et la réalité à merveille.  Il observe la confrontation entre deux mondes; celui qui vit la terre, le cycle lent de la nature et des saisons et celui qui a une idée de ce qu'est le terroir.
Différence importante! Réflexions interessantes sur la réalité paysanne, la politique agricole, la dureté économique, le choc des cultures et la nature profonde de l'homme capable du meilleur comme du pire.
Un roman que je suis contente d'avoir découvert.
Ma note : 8.5/10
Les jolies phrases
Elle dit que la culture, c'est ce qui nous unit et nous fait chasser la haine.
Qui est-on pour juger des choses de l'amour ?
Quand on n'a déjà pas trois sous pour voir venir, qu'on nourrit le pays et lui construit des maisons, qu'on envoie ses gamins à l'école et qu'on attend toujours le ruissellement des richesses promis, on n'a pas très envie de donner l'un des trois sous à l'Etat. 
Ils viennent de prendre conscience que le monde était mû par la haine et que l'homme exploitait la Terre.
Tu vois, je trouve qu'au village, certains éduquent drôlement leurs enfants.  Ils les placent au milieu des adultes et les considèrent comme tels.  Mais ces enfants qui n'auront pas eu d'enfance, sauront-ils être des adultes?  Ou n'auront-ils de cesse de chercher leur enfance ?
L'homme se dit souvent comme cela que l'herbe sera plus verte à côté.  Il y a ceux qui retournent dans leur pays d'enfance, soit qu'ils l'aiment soit que cela les rassure - et ceux qui aiment mieux fuir, se retailler un monde à leur imagination. 
De nos jours, on a une vision fantasmée de la nature, de ce qu'on s'en est trop éloigné.  Quand je dis on, je parle pour la plupart, qui vivent là-haut dans les villes.  On imagine les forêts comme des lieux qu'il faudrait laisser vierges de toute main d'homme.  On prétend que la nature n'a pas besoin de nous.  Mais si nos forêts partent en fumée, c'est parce qu'on les laisse pousser sans les soigner.  On voudrait ne plus tirer bénéfice de la nature, ne plus élever de troupeaux pour ne pas leur faire de mal, mais dans le même temps, on exploite l'homme chaque jour un peu plus, et on veut de la technologie, mais qu'elle pousse seule dans notre main. On voudrait que les arbres croissent, et toutes les petites fleurs, mais on veut aussi interdire la chasse, sans se rendre compte que les chasseurs nous délivrent du gibier qui broute nos arbres, qui se frotte aux jeunes troncs et, finalement, les assassine.  On voudrait les loups et que les bergers s'en aillent, parce qu'ils font du mal aux petits agneaux. On dit que c'est pour la nature, mais on juge tout par rapport à nous.  Comme si les bêtes pensaient de même que nous.
Campagne   -   Matthieu Falcone

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