Rien nous appartient – Guillaume GUERAUD

Rien nous appartient – Guillaume GUERAUD

Rien nous appartient
Par Guillaume Guéraud
Chez PKJ.

Avertissements de contenu : violence sociale, torture, racisme, amputation, attentat, validisme.

Malik, 19 ans, se prend pour Robin des Bois.
Il aimerait s’évader dans une forêt. Ou marcher sur des pentes enneigées.
Il aimerait rêver avec Fatima. Rire avec ses potes sans se soucier de rien.
Il aimerait que le monde ne tourne plus à l’envers. Et pouvoir se sentir libre, sans être tenu en laisse comme un chien.
Il aimerait juste que les choses soient simples. Mais il va commettre l’irréparable…


Quel plaisir de lire un roman jeunesse qui offre une vision réaliste des quartiers, sans les glamouriser ni emmener le lecteur à s’apitoyer. Je n’aime pas que les romans écrits pour les enfants et les adolescents prennent le lecteur pour un idiot, ces romans à univers édulcorés et cette fin heureuse forcée pour ne pas faire peur à une génération entière (et leurs faire lire Les Malheurs de Sophie à côté).

Rien nous appartient nous ouvre une vision cohérente de ces banlieues qui luttent et naviguent entre la pauvreté, la difficulté d’accéder à l’emploi ou se tenir écarter de la criminalité. Et nous avons Malik au milieu de tout ça. Malik, qui ressemble à un arabe mais qui ne veut pas être pris pour un islamiste, il insiste.
Ce qui fait de Rien nous appartient un roman coup de poing, c’est avant tout sa narration. Nous écoutons Malik, Malik qui se déverse dans un long monologue de plus de 150 pages. Monologue, journal… il se vide la tête avant d’accomplir ce qu’il a faire : un attentat. Pourquoi un attentat ? Pour se sentir vivant ? Pour se sentir regardé ? Nous en savons rien. Et ce n’est pas tant important, pour cette histoire, finalement, de savoir si oui ou non il va enclencher ces bombes.
J’ai ressenti ma lecture comme celle d’une lettre de suicide. Malik va mal, il souffre la stigmatisation des quartiers, il souffre les larcins qu’il a fait, il souffre, il souffre, il souffre. Mais il n’arrive pas à le dire. Sa mère est partie avec ses petites sœurs du jour au lendemain, il dit que c’est pas grave, on entend que non. Guillaume Guéraud a vraiment réussi l’écriture de ce roman.

Malik, c’est une victime de ce système. Même si on ne peut pas cautionner ce qu’il prépare, nous arrivons à comprendre comment il en est arrivé là. Rien nous appartient à les relents sales de la réalité. La crise du COVID-19 est évoqué dans ce court roman, surtout les conséquences qu’ont eu le premier confinement sur les populations les plus fragiles – comme celles des quartiers. Rumination, précarité exacerbée, dépression… Malik l’évoque du bout des lèvres et c’est clairement ça qui a motivé un petit peu plus son geste.
C’est un gamin attachant, Malik. Même si ses larcins sont devenus un crime, on ne peut que ressentir de l’empathie pour lui. C’est terrible à lire car à terme, on comprend bien qu’il va sûrement causer pas mal de dégâts. Mais c’est un gamin attachant, pris dans les tourbes de la société.

Un roman coup de poing, ouais. Un peu triste, malgré qu’il nous fasse rigoler. C’est un roman que je conseille aux plus jeunes mais également aux plus vieux. Guillaume Guéraud voulait faire un roman drôle mais à la place, il en a fait un livre éminemment social, cri d’une population qu’on oublie trop souvent, reléguée dans les bordures des villes, parquéé dans des tours trop hautes.


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