Zoomancie – Adrien TOMAS

Zoomancie – Adrien TOMAS

Zoomancie
Par Adrien Tomas
Chez les éditions Lynks

Avertissements de contenu : violence généralisée, lesbophobie, génocide.

Dans un monde dévasté par les guerres et les catastrophes, les hommes sont coupés les uns des autres par une colère incessante.
À Kuala Lumpur, Spider, un hacker, échappe à de mystérieux ennemis, aidé par des araignées. Seuls survivants de la réserve de Mwanga, Kamili et Ushingi, l’un des derniers okapis, découvrent que l’ultime chance de l’espèce se trouve au cœur de l’Europe en ruines. À Paris, Faustine, trouve l’apaisement auprès des animaux du sanctuaire de Montvermeil. Quand une baleine échoue dans les Eaux, elle comprend que leurs âmes sont liées et que leur chant guérit les hommes de leur rage.
Mais pour combien de temps ? Car les forces lancées sur la piste de Spider s’intéressent de très près à la jeune fille et au cétacé. Et les responsables du carnage de Mwanga n’étaient peut-être pas de simples braconniers.


J’ai trouvé l’univers décrit par Adrien Tomas vraiment sombre, on plonge dedans dès les premiers mots, c’est brusque, c’est brut, c’est sale. Il s’est passé un truc dans le monde et toute l’humanité a pété une pile. L’humanité est régie par la colère. Y’a eu des guerres, y’a eu des catastrophes naturelles… Les pouvoirs se sont également inversés. L’Europe est considérée comme une tiers-monde, les nouvelles puissances sont africaines.

Il y a une certaine virtuosité dans l’écriture d’Adrien Tomas, dans sa manière à nous plonger dans cet univers dystopique qu’il a crée. J’ai vraiment ressenti la lourdeur de cette existence dans ce tiers-monde crasse. Et puis il y a cette colère, ce monstre rouge qui ronge les Hommes, les dévore de l’intérieur et qui cherche à exploser sur chaque personne. Le personnage de Faustine cristallise avec brio cet état constant où tout est tension.
Nos trois personnages principaux viennent des trois continents encore debout : Faustine est parisienne, dans ce tiers-monde qu’est devenue l’Europe, noyée par la montée des eaux ; Spider est malaisien, hacker qui traque les mauvaises âmes de son monde ; Kamili est garde-soigneur dans une réserve protégée dans les états d’une Afrique unie et contrôlant le marché mondial. De part leur histoire, chacun ressent ce monde violent d’une manière différente. J’ai trouvé cela vraiment très intéressant comment ces différences sont amenées.
Ce que j’ai également bien aimé, c’est que cette construction des personnages est rapide, simple. On les comprend en quelques lignes, on aperçoit leur complexité en un paragraphe. Le point fort d’Adrien Tomas est vraiment dans ses descriptions.

Les relations inter-personnelles, c’est une toute autre histoire. La relation Léa – Faustine est notamment la fois réussite et bâclée. Je la trouve très réussite dans les deux premiers tiers du roman, on comprend les enjeux de cette relation dans ce monde où l’amour n’est plus qu’un vague concept. Mais par la suite, un certain polyamour est évoqué. Cela m’a fait l’effet d’un rajout sorti de nul part, sans réel aboutissement, comme si l’auteur voulait juste placer ce concept pour un soucis de représentation. C’est dommage car Zoomancie est clairement un livre politique.
Adrien Tomas nous livre une critique assez virulente des méga-puissances, des grosses corporations et le capitalisme. Sa vision est vraiment passionnante, il maitrise extrêmement bien la technique d’écriture dite « show, don’t tell » qui consiste à remplacer les informations plates par des descriptions plus vivantes.

Même si certains défauts dans les relations m’ont fait tiquer, Zoomancie est une réussite. Adrien Tomas a rendu sa dystopie quasiment réelle et réussit à nous faire réfléchir. C’est un roman que je conseille, qui se lit vite et qui fait grandir.