Le Consentement - Vanessa Springora ****

Bon, voilà, mon avis va bercer dans les autres avis sur ce livre et pourtant, j'ai résisté, j'ai résisté avant de découvrir cette œuvre. J'avais peur de lire son contenu, je m'en faisais tout un monde. Et puis le verrou est tombé. D'abord avec la chronique d'Athalie puis celle de Sylire (ce qui ne veut pas dire que les avis d'avant -celui d'Alex en particulier, n'ont pas compté : ils ont aussi contribué à la brèche).

 Le Consentement - Vanessa Springora ****

Voilà, après la lecture de Le Consentement, je me suis dit : que de souffrance, que de violence contenue, quel trauma... Et puis, je me suis beaucoup questionnée sur la littérature, sur ce qu'on attend d'elle, en quoi les lecteurs sont aussi responsables. J'ai interrogé mes lectures en me disant que j'avais peut-être concouru à la gloire de criminels qui utilisent la littérature pour justifier et assouvir leurs pulsions malades : j'ai eu un temps au cours de cette lecture réprimé une sueur froide à propos de Lolita de Nabokov (œuvre que j'ai adorée de chez adorée) en m'interrogeant sur mon éventuelle mauvaise compréhension des intentions de son auteur (et heureusement Vanessa Springora a su me rassurer). J'ai repensé à Michel Houellebecq et son Lanzarote. J'ai aussi pensé à Camille Kouchner, à son frère et au beau-père, à leur famille qui a tout couvert, à part la tante maternelle qui a su réagir, s'offusquer, se révolter... tandis que les autres adultes se sont cachés pour mourir de honte, pour fuir leur propre responsabilité, coupables de non-dénonciation de crime, en laissant faire par lâcheté. 

Certes, Vanessa Springora raconte une société parisienne post-soixante-huitarde, arty, jouisseuse dont les codes moraux sont faits pour être affranchis. Mais dans cet univers feutré il s'en trouve quand même quelques-uns un peu choqués de ce couple installé d'un cinquantenaire et d'une juvénile qui commence tout doucement à se déscolariser, à perdre pied, à s'effacer : l'anecdote de la rédaction signe l'amorce de sa disparition. 

Vanessa Springora date sa fragilité émotionnelle à la séparation de ses parents. Je dirais qu'à la lire, tout concourt à ce que ce soit mal parti dès sa naissance : un couple parental qui renvoie un idéal fictif, deux adultes déséquilibrés portant en chacun d'eux une grande violence (verbale, physique dans laquelle chaque contrariété est une source de fureur) pour le père, l'absence pour la mère ; une famille qui n'offre pas un cocon solide, rassurant, un cadre. Et d'une certaine façon la fascination de la toute jeune fille pour un esthète séduisant, charmant qui attire son regard et le recherche, s'explique : à travers ses yeux -là, elle existe.. pour un temps. Parce que l'enfer a toujours un côté plaisant pour être un instant attirant.

Oui, au sortir de ce livre, j'aurais tellement voulu prendre dans mes bras, la petite V. et lui dire que tout peut se reconstruire... Mais ce serait mentir. Parce que ce qui est perdu est définitivement perdu : l'insouciance, la confiance, l'estime de soi, le premier câlin, la première fois. On peut vivre avec la douleur, mais on ne peut pas faire comme si rien ne s'était passé.

Reste un texte remarquable, un don qui a ses imperfections mais aussi son humanité : prolonger et faire bouger les lignes ; questionner notre monde qui a accepté des monstres en son sein et les a absolus sous prétexte de panthéon littéraire ou intellectuel, qui oublie les premiers droits humains à disposer de son intégrité (physique, intellectuelle, morale, numérique etc), qui a exigé le sacrifice de certain.e.s pour l'élévation d'autres, qui a imposé l'esclavage comme principe artistique. Un monde malade qui doit rendre des comptes. 

Alors oui, en lisant Le Consentement, j'ai eu deux moments de nausée : la réflexion de G. après le premier rapport physique (réflexion qui en dit long) et la remarque de Cioran... et un moment de grande solitude, un moment au cours duquel je suis restée complètement interdite : la réflexion de la mère après la rupture. Le Consentement questionne nos fondements, notre intégrité, notre essence, interroge qui on est. Le reste se lit sans pesanteur avec une forme de gravité parce que Vanessa Springora a la grâce des victimes, la classe littéraire, celle de ne pas nous épargner mais celle aussi de ne pas en rajouter. Les anecdotes sont factuelles, édifiantes et se suffisent à elles-mêmes. L'autrice interroge le monde de l'édition, celui des prix littéraires, le microcosme politique. Elle interroge les liens familiaux, les liens sociaux. Elle pose l'époque avec un phrasé limpide en quête de vérité. 

Un premier jet littéraire ô combien recommandable et hautement recommandé, tout simplement fait pour bouger les consciences, et peut-être les politiques.

Éditions Le Livre de Poche.

autres avis :  Athalie, Sylire, Alex, Sharon, Aifelle, Cathulu


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