Comme un coquelicot - Marie-Florence Ehret


Comme un coquelicot - Marie-Florence EhretComme un coquelicot, Marie-Florence Ehret
Editeur : Bayard jeunesseNombre de pages : 177Résumé : Dans la brume du petit matin, une silhouette au bord d'une route de campagne. Mathilde a douze ans et attend le bus pour aller à l'école. Elle habite un hôtel presque vide, avec celle qu'elle appelle Tante Jeanne ; parce que sa mère, malade et fatiguée, ne peut plus s'occuper d'elle. Mathilde ne se sent pas heureuse. Pourtant, elle découvre la nature, le soleil sur les arbres nus, la terre brune labourée, alors qu'elle ne connait que les trottoirs de Paris. Et puis, il y a la douceur de Jeanne, et Kim, avec qui elle prend le car et qui devient sa seule amie. Mathilde la secrète, Mathilde la discrète, va peut-être, finalement, se laisser apprivoiser et aimer.
- Un petit extrait -
« En attendant, j'aimais bien me mettre à mon bureau et écrire des histoires que j'inventais. Des histoires d'Indiens, ou bien d'animaux abandonnés. J'aimais bien lire aussi, dessiner ou peindre en écoutant de la musique sur ma radio. C'était si bon d'avoir une chambre à soi ! Quand Thérèse était partie, je me glissais en cachette dans les chambres vides. A chaque fois, je m'imaginais un destin différent. Un jour, j'étais une Américaine richissime qui fuyait ses admirateurs. Un autre jour, dans une autre chambre, j'étais une danseuse-étoile qui venait passer quelque temps loin du monde après un succès fantastique. Je faisais alors des pointes et des lancers de jambes devant le miroir de l'armoire. Parfois, je me dissimulais sous un foulard, car j'avais commis un crime atroce, et ma photo était dans tous les journaux. Je passais ainsi des heures à guetter les moindres bruits, prête à disparaitre sous le lit ou dans l'armoire si des pas semblaient s'approcher de la chambre où je me tenais cachée. Quand je me couchais, mon cœur battait encore des peurs fictives que je m'étais faites.  »

- Mon avis sur le livre -
Petite, il m’arrivait parfois de faire une fixation sur un livre ou un film en particulier : j’étais capable de le lire ou le regarder cinq, dix, quinze fois d’affilée, si ce n’est plus. Et cela sans pouvoir expliquer pourquoi ce livre ou ce film me captivait tant. Et puis un jour, soudainement, brusquement, l’intérêt s’envolait et je passais à autre chose. Les obsessions se succédaient inlassablement, par vagues de quelques semaines ou de quelques mois. La plupart du temps, une fois que j’avais abandonné un livre ou un film, je n’y revenais plus jamais. Mais parfois, je ressentais à nouveau l’envie de me plonger dans un ancien petit bonheur. C’est le cas de Comme un coquelicot : il a bercé mon année de CM2 entière, il m’accompagnait jour après jour dans la galère quotidienne du harcèlement scolaire, et puis, l’été arrivé, je l’ai délaissé au profit d’un autre qui m’a occupée quelques semaines. Et puis, au bout de quelques mois, je l’ai relu, pour faire le plein de réconfort. Et puis, inévitablement, je suis passée à autre chose, et ce n’est que très récemment que l’envie de me replonger dans ce livre d’enfance est revenue.
Mathilde a onze ans, presque douze, un frère ainé qu’elle ne voit que les week-ends et une mère incapable de s’occuper de ses enfants. Trimballée de foyers en familles d’accueil depuis sa plus tendre enfance, Mathilde a atterri un peu par hasard chez celle qu’elle appelle Tatie Jeanne : il s’agit en réalité d’une amie de la directrice du foyer, qui a accepté de la prendre chez elle pour dépanner. Si Mathilde se sent bien dans ce grand hôtel déserté au cœur de la nature, loin de la grisaille de Paris et des souvenirs de sa vie passée, elle n’est pas heureuse pour autant. Le quotidien est morne et terne, et l’avenir semble morose. Jusqu’au jour où, à l’arrêt de bus, elle rencontre Kim, qui devient rapidement sa première et seule véritable amie. Pour Mathilde qui n’a jamais connu que la solitude, Kim est un véritable rayon de soleil. Et c’est main dans la main que les deux fillettes rêvent d’un avenir plus radieux, d’un avenir plus heureux …
Je gardais de ce petit roman un souvenir très flou, comme la mélodie d’une ritournelle à moitié oubliée. Je me souviens que du haut de mes neuf ou dix ans, j’avais le sentiment d’être très proche de Mathilde. Je me retrouvais en elle, en sa solitude, en sa souffrance indicible. Mathilde vit dans l’attente quotidienne de voir sa mère revenir la chercher, de quitter cette boucle infernale de placements en foyers ou en familles d’accueil, d’être enfin une petite fille normale et non une « enfant de l’assistance publique » dont les parents se méfient. Elle essaye de peupler ses journées en s’inventant milles et une vies toutes aussi passionnantes les unes que les autres, arpentant ce grand hôtel vide de touristes de long en large, jouant avec le chien Arthur et la chatte Pucette, grignotant les allumettes au fromage que lui prépare Tatie Jeanne, qui s’occupe d’elle depuis quelques mois, qu’elle aime beaucoup sans jamais oser lui dire. Au collège, elle a quelques copines, mais aucune amie, aucune confidente à qui confier ses soucis : Claudie et Minouche ne savent pas que sa mère est malade, hospitalisée en centre de repos, et qu’elle vit chez une tante qui n’est pas sa tante …. 
Et puis arrive Kim. Kim, qui arrive du Vietnam, qui vient d’être adoptée. Kim qui a des rêves plein la tête, des étoiles plein les yeux, et qui prend Mathilde par la main pour lui faire gouter au bonheur. Face à cette main tendue, face à cette première amitié, Mathilde est perdue, désemparée : elle aimerait y croire, mais n’ose pas s’y investir totalement. Difficile de se laisser aller à l’amitié quand on a passé sa vie en solitaire, à tenter de ne s’attacher à personne, pour ne pas souffrir le moment venue, lorsque la séparation surviendra, au retour tant attendu de sa mère … Mais Kim vient briser toutes ses murailles, d’un seul sourire, et l’entraine avec elle dans ce tourbillon inconnu de l’amitié, de l’échange, de la confiance, de l’amour. Et Mathilde, progressivement, s’ouvre à ce bonheur partagé. Avoir quelqu’un à côté de qui s’assoir dans le bus, quelqu’un que l’on retrouve chaque matin avec joie, après une nuit entière à attendre avec impatience ces retrouvailles. Quelqu’un à qui confier ses peines et ses doutes, ses rêves et ses peurs. 
Mathilde s’ouvre à la vie, comme un coquelicot qui déploie progressivement ses pétales pour saluer le soleil. Elle grandit, elle murit, elle commence à prendre gout à la vie qui lui tend les bras. Mais le bonheur est fragile, il ne tient qu’à un fil, et il suffit de bien peu pour ramener Mathilde à sa solitude et à sa douleur passées. Mais cette parenthèse enchantée lui aura appris à voir l’étincelle de lumière briller dans l’obscurité, au lieu de se laisser simplement engloutir par la nuit, par l’attrait des ténèbres, d’un long sommeil sans fin et sans souffrance. Mathilde n’est plus la même qu’elle ne l’était quelques mois auparavant, elle est désormais prête à aller de l’avant, prête à tourner le dos à ses rêves naïfs d’enfant pour prendre la main qu’on lui tend. Car finalement, ce roman, ce n’est que cela : une tranche de vie. Nous suivons Mathilde dans ce douloureux passage entre l’enfance et l’adolescence, cette période où les doutes et les angoisses nous envahissent si fortement qu’on voudrait que tout s’arrête. Car grandir, ce n’est pas toujours tout rose, bien au contraire. Grandir, c’est douloureux. Mais surtout, grandir, c’est accepter de souffrir. Car on se rend compte que rien n’est jamais acquis définitivement, que tout est toujours à reconstruire. Mais grandir, c’est accepter le cadeau de la vie, envers et contre tout. 
En bref, vous l’aurez bien compris, difficile de rester insensible face à ce petit roman, qui semble si banal au premier abord. Une fois encore, comme lorsque j’étais enfant, Marie-Florence Erhet a su me toucher avec cette histoire, pleine de douceur et de douleur, pleine de tendresse et de délicatesse. Ce n’est pas une histoire heureuse, mais ce n’est pas une histoire triste non plus. C’est une histoire douce-amère comme peut l’être la vie. Mais c’est surtout une belle, une magnifique histoire, que j’ai pris grand plaisir à redécouvrir après toutes ces années. Et vous vous en doutez, c’est un roman que je conseille sans hésitation. Aux jeunes lecteurs qui traversent eux aussi les tracas de l’adolescence et qui trouveront ainsi une amie pour les guider, aux parents qui pourront ainsi mieux comprendre les peurs qui assaillent le cœur de leurs enfants qui grandissent … et plus généralement à tous les lecteurs désireux de revivre, aux côtés de Mathilde, cette belle et grande aventure que nous avons tous traversé un jour ou l’autre. A ceux qui sont prêts à se laisser émouvoir par cette histoire où simplicité rime avec beauté !

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