Howard Fast : La Dernière frontière

howard fast, Howard Fast (1914-2003) est un romancier et scénariste américain. Il a également signé des romans policiers sous le pseudonyme de E.V. Cunningham. Howard Fast s'intéresse très tôt à la pensée de Karl Marx et devient membre d'une association d'écrivains proche du Parti communiste américain. Un voyage dans le Sud des Etats-Unis lui permet de constater la grande pauvreté résultant de la Grande Dépression et lui confirme le bien-fondé de son engagement politique. En 1974, Howard Fast s'installe en Californie où il collabore avec le milieu de la télévision par l'écriture de scénarios et vivra de sa plume jusqu'à sa mort en 2003. Passionné par l'histoire américaine, il utilisera ce matériau dans de nombreux romans dont La Dernière Frontière qui sera publié en 1941.

1878. Les Cheyennes sont chassés des Grandes Plaines et parqués en Territoire indien, aujourd’hui l'Oklahoma. Sur ces terres hostiles où règnent poussière et chaleur torride, les Cheyennes assistent à l'extinction programmée de leur peuple. Jusqu'à ce que trois cents d'entre eux, hommes, femmes, enfants, menés par leur vieux chef Little Wolf, décident de s'enfuir pour retrouver leur terre sacrée des Black Hills dans le Wyoming. Un périple fou, de près de mille-six-cents kilomètres durant plusieurs mois, de l’Oklahoma en passant par le Kansas et le Nebraska, du soleil de plomb aux températures polaires, avec à leurs trousses douze-milles hommes de l’armée et de la milice civile…

Roman, mais récit tiré d’une histoire bien réelle, issue de sources avérées, ce bouquin - ce très grand livre - est depuis bien longtemps devenu un classique de la « question Indienne » : L'arrivée des Européens en Amérique du Nord à partir du XVIème siècle provoqua d'importantes conséquences sur les Amérindiens. Leur nombre s'effondra à cause des maladies, des guerres et des mauvais traitements, leur mode de vie et leur culture subirent des mutations. Avec l'avancée de la Frontière (la ligne marquant la zone limite de l'implantation des populations d'origine européenne dans le contexte de la conquête de l'Ouest, c’est l'un des concepts historiques majeurs des Etats-Unis) et la colonisation des Blancs américains, ils perdirent la majorité de leur territoire, furent contraints d'intégrer des réserves. J’ai lu beaucoup de livres, romans ou non, sur le sort dramatique des peuples Amérindiens, celui-ci est l’un des meilleurs d’autant qu’il bénéficie, par rapport à d’autres, de son antériorité, un temps où il n’était pas de bon ton de la ramener sur ce sujet.

Que dire à ceux qui ne l’ont pas encore lu pour qu’ils s’y précipitent ? Sur la forme, on peut parler de western : une poignée d’Indiens quitte sa réserve sans autorisation, déclarant clairement qu’ils préfèrent retourner sur la terre de leurs ancêtres à leurs risques et périls, plutôt que crever en silence, de chaleur et de faim, ici en Oklahoma. L’armée envoie quelques hommes pour les rattraper, n’y arrive pas, gonfle ses effectifs, toujours en vain. Escarmouches, morts, climat épouvantable, squelettes ambulants, la tribu persévère dans sa remontée vers le Nord et la troupe des armées n’y peut rien. La force ridiculisée par la ruse opiniâtre de ceux qui n’ont rien à perdre, ceux qui sont déjà quasi morts.

Howard Fast ne laisse guère de place à la sentimentalité, l’extraordinaire puissance de sa prose simple suffit pour terrasser le lecteur. On sent que l’écrivain s’attache à raconter les faits, la vérité crue et insoutenable. Les dialogues sont la seule part romancée de l’affaire. Mêmes les tourments psychologiques des hommes en bleu semblent justes et réels. Tous les officiers ne réagissent pas de la même façon face à la situation, pour certains « un bon Indien est un Indien mort », pour d’autres la cruauté de la poursuite les trouble : d’un côté leur uniforme leur dicte de faire respecter la loi et les règlements mais de l’autre, ils ont bien conscience que les Indiens agissent pour une juste cause…

On a parlé de la forme, quant au fond, il y est question de liberté ou d’esclavage, de mourir libre ou de vivre sous le joug et dans quelles conditions atroces. Et plus largement, d’aborder ce débat intemporel, le sort réservé aux minorités, « pourquoi un groupe minoritaire dans notre République ne peut-il légalement occuper le pays qu’il a habité pendant des siècles ? »

Un roman qui prend aux tripes et laisse le lecteur k.o. les larmes aux yeux, je n’ai pas honte de l’avouer.  

« Le vieux chef laissa lentement retomber ses mains. Son visage couleur de terre se creusa d’un sourire mi de pitié, mi de regret. Nu jusqu’à la ceinture, sans armes, il se présentait à cheval devant l’impartial jugement de l’Histoire. Il appartenait au passé, à un passé mort qui ne revivrait jamais plus, et il le savait. Deux siècles de guerres cruelles et sanguinaires entre Peaux-Rouges et Blancs atteignaient, semblait-il, leur point culminant dans ce face-à-face des deux antagonistes : le capitaine Murray, vêtu de la poussiéreuse tenue bleue, et le vieux chef cheyenne, à demi nu. Pourtant Murray n’éprouvait rien d’autre qu’une sombre colère – colère qui englobait sa propre personne, Little Wolf, ses hommes et toutes les forces qui l’avaient conduit pendant ces deux jours de poursuite folle. »

howard fast, Howard Fast  La Dernière frontière   Gallmeister Totem – 269 pages-

Traduit de l’américain par Catherine de Palaminy


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