J'entends des regards que vous croyez muets · Arnaud Cathrine

J'entends des regards que vous croyez muets · Arnaud Cathrine
En lisant tes billets, je me dis souvent: «Mmmmm, ça a l’airpas mal, ça. Il me tente bien, ce roman.» Je note son titre pour un autre tantôt. Et il y a ces billets tentateurs, de ceux qui poussent directement à l’achat. Ma première incursion dans l’univers d’Arnaud Cathrine, je la dois à Autist Reading. À la lecture de son billet, je me suis dit: «Celui-là, je dois le lire drette-là.» J’ai bien fait! Imaginer la vie des inconnus qui m’entourent est l’un de mes sports préférés. Imaginer ce qui fourmille sous la carapace, ce qui se dérobe aux premiers abords...J'entends des regards que vous croyez muets · Arnaud CathrineJe passe mon temps à voler des gens. Dans le métro, dans la rue, au café, sur la plage: une obscure raison (que je traque avec succès, tantôt vainement), mon regard s'arrime à une femme, un homme, un adolescent, une enfant, un groupe, un couple… J'ai toujours un carnet et un stylo sur moi. Je tente de les deviner, aucun ne doit me rester étranger, je veux les garder, je finis par les inventer, ce que je nomme voler.
En 65 microfictions, Arnaud Cathrineobserve, vole, décortique au gré de ses pensées nomades, créant un saisissant tableau. Il ny a pas dhistoire ici, plutôt un collage d’histoires où il entremêle des vies inventées et des lambeaux de sa propre vie. J’ai aimé le suivre dans ses déambulations, découvrir ces vies qu’il prête aux inconnus qu’il frôle, des vies passées au tamis de son humeur. Parmi les auteures qui l’ont poussé au vol figurent Annie Ernaux, Véronique Ovaldé, Chantal Thomas.

Sur le trottoir, à la plage, dans le métro, à la terrasse d’un café ou dans un restaurant bio, dans le couloir d’un immeuble, au supermarché, Arnaud Cathrine capture des bribes de vie, arrache des instants au temps. C’est la femme dans le métro, lisant Le mythe de la virilité. C’est le voisin qui va prendre son café au McDo du bout de la ville. C’est lacaissière moustachue du supermarché. Le portrait d’ensemble est plutôt désespérant, comme peut l’être la vie. La solitude est partout.Ma voisine de train: qu’a-t-elle perdu d’aussi déchirant? À quoi s’accroche-t-elle pour être capable d’affronter pareille humiliation en public? Ses manches défraîchies ont forcément une histoire, elles portent l’empreinte d’une obscure dégringolade qu’elle souhaiterait tenir à l’abri des regards, expliquant peut-être la présomption dans les yeux; elle ne se défend probablement que d’une chose: le risque de ne pas faire illusion. Même pas de quoi se payer un Paris-Deauville. Inutile d’insister : elle ne vous laissera pas entrer, son histoire vous sera à jamais refusée. Elle n’a plus que sa fierté, incessamment mise à l’épreuve. Il ne reste plus rien de sa splendeur d’antan, elle survit dans le déni de sa disparition, dans un mime pathétique, au moyen de quelques bijoux en toc, un parfum bon marché et entêtant, un chemisier élimé à la manche.Je n’accorde jamais d’importance aux titres. Mais celui-là, je le trouve particulièrement beau. P. S. (Coudonc, la littérature française me sied plutôt bien, ces temps-ci!)

J’entends des regards que vous croyez muets, Arnaud Cathrine, Verticales, 192 pages, 2019.

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