Leonardo Padura : Passé parfait

Leonardo Padura Leonardo Padura Fuentes, né en 1955 à La Havane (Cuba), et licencié en philologie, est auteur de romans policiers, scénariste, journaliste et critique littéraire, auteur d’essais et de livres de contes. Il amorce sa carrière de romancier en 1991 et devient l'auteur d'une série de romans policiers ayant pour héros le lieutenant-enquêteur Mario Conde avec ce Passé parfait qui est aussi le premier volet de la tétralogie Les Quatre saisons.

La Havane, hiver 1989. Le lieutenant Mario Conde est chargé d’enquêter sur la disparition mystérieuse de Rafael Morin, directeur d’une grande entreprise et vice-ministre, qu’on n’a plus revu depuis la soirée du réveillon du Nouvel An. Une enquête lourde de ramifications psychologiques : pression du ministère pour élucider au plus vite cette affaire, mais aussi difficultés personnelles pour le lieutenant : Rafael Morin était étudiant avec lui et il a épousé Tamara, la beauté de leur classe dont Conde était secrètement fou amoureux…

Je ne suis pas très au fait du monde littéraire aussi ai-je toujours l’impression quand je referme un roman de cet auteur qu’il n’a pas la renommée qu’il mériterait. Peut-être ai-je tort et je l’espère, en tout cas je vous le dit haut et fort, il faut lire Leonardo Padura ! Si l’écrivain nous donne des polars, ses romans sortent largement de ce genre, il s’agit en fait de pure littérature.

Examinons d’abord l’angle policier de l’affaire. C’est avec ce bouquin que nous découvrons la « tribu » : Mario Conde, flic célibataire et désabusé, amateur d’alcools (rhum) et de bouffe ; son patron, Le Vieux, lui c’est le fumeur de cigares, Cuba oblige, et l’on en apprend beaucoup sur ce vice/plaisir ; et puis il y le cercle des intimes du lieutenant, citons El Flaco (« le maigre ») son ami d’enfance qui aujourd’hui pèse cent kilos et est en fauteuil roulant, depuis qu’il s’est pris une balle durant la guerre en Angola ; sans oublier la divine fée des cuisines, Josefina qui leur prépare des gueuletons on ne sait comment dans ce pays de restrictions. Pour ce qui en est de l’enquête policière proprement dite, je mentirais si je disais qu’elle est exceptionnelle et en vérité on s’en moque un peu, le plaisir est ailleurs.

Il est dans la littérature et l’écriture de Padura. Les tourments psychologiques, les souvenirs qui reviennent en flash-back des années de jeunesse de Mario quand il louchait comme un malade sur Tamara. Mais aussi de ce rêve qui certainement jamais ne se réalisera, être écrivain plutôt que policier, comme Hemingway son héros. Le roman baigne dans une ambiance de sensualités multiples, simples autant qu’essentielles, les fameux 3B (bouffe, baise, boisson), nous sommes en hiver mais la température monte. Mélancolie, nostalgie, saudade.

Il reste pourtant un angle plus discret, le social, habilement glissé dans le texte pour esquisser la vie à Cuba, particulièrement dans les quartiers populaires, que ce soit par une petite remarque anodine (« Sur le trottoir d’en face, la queue pour l’incontournable pain dominical atteignait presque la longueur d’un pâté de maison »), à moins que ce ne soit par l’ironie (« Il est parti hier midi en Union Soviétique pour un voyage de remotivation. »)

Que ce soit ce roman ou un autre qu’importe, mais lisez Leonardo Padura, vous allez adorer.


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