Slots

Chronique « SLOTS »

Scénario et dessin de DAN PANOSIAN

Public conseillé : Ado / Adultes

Style : Polar
Paru le 29 mai 2019 aux éditions Delcourt collection Skybound,
160 pages couleur
Prix : 15,95 euros

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Ça commence comme ça…

Stanley Dance est un ancien boxeur de 53 ans qui vit de petites arnaques. Sa philosophie est simple. Tant que la chance lui sourira, il n’aura aucune raison d’arrêter ses magouilles… De plus, pour lui les promesses sont faites pour ne pas être tenues. Pourtant, un jour, une vieille connaissance du nom de Betsy, lui demande de rappliquer à Las Vegas pour lui rendre un service. Dan va alors devoir tordre le cou à ses habitudes et, pour une fois, aller jusqu’au bout de ses engagements.  

Ce que j’en pense

Dan Panosian nous offre ici une vision fantasmée de Las Vegas. Une ville où les femmes sont aussi belles que dangereuses et où l’argent et le sexe nous emportent dans leur danse macabre. Une face sombre qui comme dans le « Casino » de Martin Scorsese est cachée derrière une façade tape à l’œil pour ne pas dire franchement bling bling.
Nous retrouvons d’ailleurs cette dualité dans le personnage de Dan. En effet, si à plusieurs reprises celui-ci dit vouloir se repentir, son retour sur le ring ne va pas se faire sans quelques arrangements peu scrupuleux.

C’est en ça que « Slots » est intéressant.
Ici, il n’y a ni méchant ni gentil, car chacun a sa part d’ombre et de lumière. Les, par exemple, en début d’album nous est clairement présenté comme l’antagoniste de l’histoire avant qu’un twist, raconté de la propre bouche de Dan, ne vienne complètement changer notre vision de leur rivalité.

Un passage qui montre, encore une fois la complexité du boxeur. Il n’est pas un anti-héros, ni même un loser. Il s’agit juste d’un gagne-petit sans réelle ambition et paradoxalement, c’est exactement ça qui va finir par le rendre grand. En effet, tout au long de l’album, il s’en prend plein la tête, se couche même parfois, mais se relève toujours et avec en prime un plan de secours pour aider son amie Betsy. De plus, son humour pince-sans-rire est irrésistible. Lorsque Mercy lui demande pourquoi avoir appelé son fils Lucy, notre héros répond avec un large sourire “Sue, c’était déjà pris…” (cf. “A boy named Sue” de Johnny Cash)  

À cette richesse de scénario, vient s’ajouter un style graphique qui montre une maîtrise du crayon et de l’espace exceptionnelle. Dan Panosian apporte à ses personnages une physionomie très réaliste alliée à un découpage des planches assez original. Parfois, les dessins débordent d’une case à l’autre ou bien l’action se lit sur l’ensemble d’une double page. Cela permet un rendu très dynamique et qui évite les temps morts même lors de scènes de dialogues. Un procédé utilisé parfois au cinéma notamment par Quentin Tarantino dans “Reservoir dogs” ou “Pulp Fiction” où les personnages se parlent hors cadre.


De plus, Dan Panosian parvient à rendre son récit sexy tout en évitant la vulgarité. Las Vegas oblige il dessine de belles “pépés” en petite tenue, mais préfère suggérer les scènes de sexe plutôt que de tomber dans la nudité gratuite.

“Slots” est donc un polar prenant, extrêmement bien écrit et superbement mis en image. Dan Ponosian nous y transporte dans un Las Vegas intemporel où les superstitions, l’argent et le sexe font régner leur loi. Un one-shot efficace dont la fin semi-ouverte peut laisser entrevoir une éventuelle suite… Wait and see !