Rencontre avec Quibe, artiste trop souvent plagié

Rencontre avec Quibe, artiste trop souvent plagié
L’avantage d’Internet, c’est que l’on trouve très facilement ce que l’on veut.
L’inconvénient d’Internet, c’est que des personnes peu scrupuleuses trouvent aussi très facilement ce qu’elles veulent, quitte à piquer le travail d’autrui.
Connu pour ses illustrations en one line (dessin composée d’une seule et unique ligne continue), Quibe voit ses œuvres faire le tour du monde… sans son autorisation, sans toucher le moindre droit et parfois en voyant sa signature supprimée ou son dessin d’origine modifié.
Pour vous donner une idée de l’ampleur du phénomène, nous avons regroupé en fin d’article quelques contrefaçons autour du même visuel.

Bulle d’Encre : Bonjour Quibe. Avant d’entrer dans le vif du sujet, peux-tu déjà te présenter à notre lectorat ainsi que le concept sur lequel tu travailles depuis quelques années ?
Quibe : Bonjour, je suis donc Quibe, illustrateur minimaliste, j’ai entrepris il y 7 ans un travail sur la ligne et m’efforce dessin après dessin à signifier le maximum avec le minimum. Des dessins en une ligne ininterrompue donc.

BDE : Tes dessins ont été récupérés par des sites comme AliExpress ou Wish ainsi que par des pseudos-designers utilisant tes images en les faisant passer pour leurs propres créations. As-tu déjà estimé le nombre de visuels ainsi pillés ?
Q : C’est excessivement difficile de répondre précisément à cette question, mais on sait avec certitude que plus de 85O rapports de contrefaçons ont été enregistrés auprès de AliExpress seul.
Dont plus de 600 depuis janvier.
Nos moyens étant ce qu’ils sont, c’est à dire limités en temps et en ressource, c’est juste une idée de l’ampleur des dégâts. Surtout que pour un lien qui disparaît, car AliExpress finit tout de même par mollement réagir, 2 voire 3 apparaissent.
Et comme ces plateformes (AliBaba et AliExpress) alimentent nombres de sites de drop shipping… l’épidémie se répand partout dans le monde.

BDE : Pourtant tes œuvres sont protégées. Tu n’as aucun recours contre ces sociétés ou personnes malhonnêtes ?
Q : Les recours légaux ne fonctionnent pas: si le contrefacteur est basé à l’étranger et qu’il refuse d’arrêter la vente illégale après injonction de l’avocat, il faudrait porter plainte sur place… en Chine, en Corée, au Chili ou en Ukraine
Il faut d’abord compter sur la bonne foi du contrefacteur et sa conscience… cette blague !

BDE : Que donnent d’ailleurs ces démarches car s’attaquer à des sociétés étrangères ne doit pas être facile ?
Q : C’est difficile, y compris au sein de l’Europe. J’ai eu plusieurs fois à me frotter à la justice espagnole par exemple… j’y ai perdu un an et des milliers d’euros … alors imaginez si je m’attaque à une société chinoise, deuxième plateforme mondiale de vente en ligne après Wallmart, je crois, et pire cauchemar d’Amazon !

BDE : La France met régulièrement en avant son exception culturelle. Ne devrait-elle pas aussi prendre des mesures contre ce pillage qui touche de nombreux artistes ?
Q : Je ne suis pas persuadé que la protection des artistes indépendants soit un problème majeur ou central de la politique française.
Déjà qu’en France il est déconseillé d’aller devant les tribunaux pour ce genre d’affaire, car ils sont débordés et peu enclins à passer du temps à régler des litiges de ce type.
En général, ils s’arrêtent au fait que la contrefaçon ait cessé ou non. Si oui, on a une chance d’obtenir les remboursements de frais d’avocats… voilà.
Un des premiers conseils qu’on m’ait donné fut de protéger certains designs au titre de la propriété commerciale, d’en faire des marques… parce que ce serait plus efficace en cas de procès, parce que cela aurait plus de poids dans une négociation.
On protège plus et mieux les marques que les artistes.

BDE : Parmi notre lectorat, peut-être que certaines personnes aimeraient justement pouvoir utiliser tes créations pour des tatouages ou des objets. Quelles sont les démarches qu’elles auraient à effectuer pour pouvoir travailler avec toi, en respectant ton travail et tes droits ?
Q : Pour les tatouages c’est extrêmement simple, tout ce que je demande en retour c’est l’achat d’un art print du visuel, ou de n’importe quel autre de mes visuels d’ailleurs, sur ma boutique Society6 en ligne/.

Interview réalisée par Anthony Roux le 06 avril 2019
© Toutes les images sont la propriété de leurs auteurs et ne peuvent être utilisées sans leurs accords.

Pour acquérir légalement les œuvres de Quibe : Boutique en ligne/

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