Cristallisation secrète

Cristallisation secrète a été lu avec le club de lecture pour la rencontre du 18 janvier 2019.

Cristallisation secrète est narré par une jeune femme dont le lecteur n’apprend jamais le nom. Il sait d’elle qu’elle vit seule et qu’elle est romancière (ses écrits servent d’ailleurs de belles mises en abîme). Elle évoque parfois ses parents, aujourd’hui décédés. Sa mère était de ceux qui se souviennent de tout et qui sont traqués par la police secrète Car sur l’île où se déroule cette histoire, les choses disparaissent. Leur souvenir aussi, et il ne fait pas bon s’en rappeler ou se nourrir de la chaleur de la réminiscence. Heureusement, pour ceux qui oublient, la disparition ne fait pas de mal, l’émotion qu’elle génère est éphémère. Mais si les mots viennent à disparaître ? Comment continuer à écrire ? Et l’homme, quand disparaîtra-t-il ?

En attendant l’inéluctable pour une grande partie des choses et des êtres humains, l’héroïne de Yōko Ogawa cache son éditeur, dont la mémoire et le corps sont intouchables, dans une pièce secrète de sa maison. Avec lui, elle est hors la loi, sauvegarde des objets disparus pour tous les autres, réapprend à se souvenir, reprend confiance en son corps, son esprit, en ce qui est inscrit en elle. Il y a une force qui agit sur elle, certes, mais si elle le souhaite, elle peut se remettre sur les traces de ce qui a été. Cela est dit dans la présentation du livre par l’éditeur français, l’intrigue de Cristallisation secrète est « une subtile métaphore des régimes totalitaires ». L’écriture de l’auteur est belle et économe. Elle pose une ambiance terrifiante car terriblement calme et violente à la fois. Le lecteur est emporté par ce texte fantastique dont les images lui donnent des frissons, le dérangent profondément. Elles inscrivent en lui la rébellion dont il pourrait avoir besoin à tout moment.

Cristallisation secrète

Présentation de l’éditeur :
L’île où se déroule cette histoire est depuis toujours soumise à un étrange phénomène : les choses et les êtres semblent promis à une sorte d’effacement diaboliquement orchestré. Quand un matin les oiseaux disparaissent à jamais, la jeune narratrice de ce livre ne s’épanche pas sur cet événement dramatique, le souvenir du chant d’un oiseau s’est évanoui tout comme celui de l’émotion que provoquaient en elle la beauté d’une fleur, la délicatesse d’un parfum, la mort d’un être cher. Après les animaux, les roses, les photographies, les calendriers et les livres, les humains semblent touchés : une partie de leur corps va les abandonner. En ces lieux demeurent pourtant de singuliers personnages. Habités de souvenirs, en proie à la nostalgie, ces êtres sont en danger. Traqués par les chasseurs de mémoires, ils font l’objet de rafles terrifiantes… Un magnifique roman, angoissant, kafkaïen. Une subtile métaphore des régimes totalitaires, à travers laquelle Yoko Ogawa explore les ravages de la peur et ceux de l’insidieux phénomène d’effacement des images, des souvenirs, qui peut conduire à accepter le pire.

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