Ces rêves qu'on piétine Sébastien Spitzer ♥♥♥♥♥

Ces rêves qu'on piétine  -    Sébastien Spitzer

Ces rêves qu'on piétine      Sébastien Spitzer  ♥♥♥♥♥
Les éditions de l'Observatoire
Parution le 23 août 2017
Pages : 304
ISBN : 979-10-329-0071-0
Ces rêves qu'on piétine      Sébastien Spitzer  ♥♥♥♥♥
Ces rêves qu'on piétine      Sébastien Spitzer  ♥♥♥♥♥ 
Par Bundesarchiv, Bild 183-V04744 / CC-BY-SA 3.0, CC BY-SA 3.0 de, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5437633
Présentation de l'éditeur
Sous les bombardements, dans Berlin assiégé, la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants dans le dernier refuge des dignitaires de l’Allemagne nazie. L’ambitieuse s’est hissée jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se retourner sur ceux qu’elle a sacrifiés. Aux dernières heures du funeste régime, Magda s’enfonce dans l’abîme, avec ses secrets.
Au même moment, des centaines de femmes et d’hommes avancent sur un chemin poussiéreux, s’accrochant à ce qu’il leur reste de vie. Parmi ces survivants de l’enfer des camps, marche une enfant frêle et silencieuse. Ava est la dépositaire d’une tragique mémoire : dans un rouleau de cuir, elle tient cachées les lettres d’un père. Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs, fut condamné par la folie d’un homme et le silence d’une femme : sa fille.Elle aurait pu le sauver.
Elle s’appelle Magda Goebbels.

Un premier roman
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L'auteur


Source livre Hebdo - Pierre Villard
Sébastien Spitzer est journaliste et écrivain.
Journaliste free-lance pour TF1, M6 ou Rolling Stone, il a réalisé plusieurs enquêtes sur le Moyen-Orient, l'Afrique et les États-Unis.
Il est l'auteur de "Ennemis intimes, les Bush, le Brut et Téhéran" en 2006 aux éditions Privé.
Source : Babelio
Mon avis

Quel premier roman magnifique que celui de Sébastien Spitzer.  C'était un de mes premiers achats de la rentrée littéraire et je l'ai enfin sorti de mon immense Pal à l'occasion d'une rencontre au salon de Lire c'est libre à Paris fin janvier.
Sébastien Spitzer s'est arrêté sur les derniers jours de la seconde guerre mondiale et de la fin de la domination des nazis, en particulier sur une femme et pas la moindre car elle était la première dame de la grande Allemagne, j'ai nommé Magda Goebbels.
L'histoire, nous la connaissons, Magda se terre dans le bunker, dernier refuge d'Hitler et de ses proches, elle choisira pour la grandeur de l'Allemagne de supprimer ses enfants à la gloire du pays pour leur éviter le monde qui survivra après le troisième Reich.
En parallèle, les survivants des camps de l'enfer sont sur la route, ils marchent, s'accrochent à leur vie, résistent.  Parmi eux, une petite-fille - Ava - née dans les camps, sauvée par la bienveillance de sa mère Fela qui l'accompagne et surtout par le fait d'une infirmière Stanislava Leszczynska à qui elle doit son prénom.
Ava est dépositaire de cette tragique mémoire, elle s'accrochera à ce qu'il reste de ses rencontres : un rouleau de cuir contenant des témoignages des survivants des camps mais surtout des lettres d'un certain Richard Friedländer, un père raflé parmi les premiers juifs.  Tout aurait pu être différent pour lui si sa fille avait parlé, plutôt que de garder le silence.  Sa fille : Magda Goebbels !
C'est un premier roman magnifique, une fiction fidèle à l'Histoire qui contribue au devoir de mémoire.  Ce livre m'a touchée au plus profond de moi.  Il dégage une charge émotionnelle énorme et suscite pas mal de réflexion quant à la psychologie de Magda.
Comment peut-on condamner ceux qui vous ont forgé ?  Par ambition, pour le paraître ? Qu'est-ce qui pousse Magda à tant d'horreur, de froideur ?  La fidélité à une idéologie ? 
Je me suis posé beaucoup de questions.
Et puis, simultanément à cette noirceur, il y a l'histoire d'Ava, la lumineuse Ava portée par la vie après tant d'horreurs.
J'ai posé le livre à plusieurs reprises en cours de lecture, l'émotion prenant le dessus.  La plume est magnifique, poétique.  Les personnages sont très bien travaillés.  C'est sans conteste une plume à suivre.  Un récit magnifique que je vous conseille vivement.  Laissez vous emporter par ces rêves qu'on piétine.
C'est un coup de
Les jolies phrases

C'est la peur qui fait mal.  La peur que la mort prenne son temps.
La révolution passe par les murs avant de gagner la rue.
La vie c'est la vitesse, le mouvement.  La mort, c'est l'arrêt.
Plonger dans ce bunker.  Se résoudre à la fin et se défaire de tout, tout ce qui avait fait d'elle une grande dame, respectée,exaltée, prise pour modèle par des millions de femmes.  Magda n'aura plus de printemps, ni de villa, ni de jardin, ni de jasmin.
Dénombrer, c'est attirer le "mauvais oeil".  On ne dénombre pas les Juifs.  On ne les désigne pas.  Ils sont.  Ils existent.  Ils vivent. Les chiffres qu'on leur a tatoués sur la peau sont une désignation mortelle, un doigt comptable qui les livre à la mort.  On ne compte pas les Juifs.
Elle lit des heures pour combler ces néants.  Elle en a fait descendre des livres. Des caisses pleines. Pour se soûler de mots, d'autres mots que tous ceux qui l'entourent, que ceux des tables à cartes et du poste radio.  Assoiffée de mots d'amour, de mots de mer, d'océan, de voyages.  Des mots dans tous les sens et d'ailleurs d'où qu'ils soient.  Elle enchaîne les volumes, comme de bons vieux alcools. Elle s'assomme.
C'est bien tout ce qui nous reste, les convictions, quand on n'a plus rien pour convaincre, pour rameuter les autres à soi.
C'est sans doute le propre des grandes civilisations que d'atteindre des sommets dans l'art de faire le mal.
Pas une fille.  Pas sa fille.  Dans ces camps de prisonniers-là, il n'y avait plus de mère, plus d'enfant, jamais de filiation.  L'hérédité comme l'amour étaient proscrits.  Ils n'avaient plus le droit d'être, ces rescapés.
L e dos tourné des survivants est bien plus douloureux que le mal des bourreaux.  L'injustice altère. L'ignominie réduit.  La soumission gangrène.
Elle va bientôt franchir la frontière qui sépare l'homme de l'animal.  L'animal pris au piège se ronge le membre captif. Pas l'homme.  Il attend qu'on le libère. Il peut se laisser mourir.
Ces deux imbéciles peuvent bien jouer les héros, ils sont solubles comme le sucre sur cette table.  Et quand vient la défaite, les héros disparaissent, au profit des héros ennemis. Magda sait qu'il n'y a pas d'Histoire.  Il n'y a que des victoires et des défaites, les récits des vainqueurs et l'oubli des vaincus.  Memento mori. Tout passe.
Ces rêves qu'on piétine      Sébastien Spitzer  ♥♥♥♥♥

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