Une couverture veloutée, des couleurs chaleureuses, un bandeau brillant, une fausse impression de girly, les Sixties-Seventies, une photo d'enseigne de motel, comme il y en a tant aux Etats-Unis, et une aube, comme un symbole de renaissance...
Je vous propose d'accompagner cet article des chansons qui parsèment ce roman.
Le Motel Lorraine existe.
Il se situe à Memphis, dans le Tennessee.
Son histoire particulière lui a valu à la fois déchéance et célébrité.
Car c'est sur le balcon de sa chambre n°306 qu'a été assassiné Martin Luther King, le 4 avril 1968.
A partir de ce fait réel, dans une chronologie bouleversée entre 1965 et 2000, Brigitte Pilote entrelace plusieurs destinées, surtout féminines, venues d'horizons divers, toutes placées dans l'héritage du Révérend King, dont la parole et l'action non-violente entourent le récit.
Tous ces personnages ont un rêve ancré dans le cœur, tous espèrent un nouveau départ, qu'il soit pour eux-mêmes, pour leur famille, ou même pour leur ville : Memphis, presque le personnage principal. Memphis, tiraillée par ses luttes raciales intestines, issues de l'esclavagisme, de la culture du coton et du multiculturalisme.
Chaque facette de cette ville, ses quartiers, son âme, ses transformations, nous sont dévoilées par les différents personnages de ce récit, qu'ils y soient nés ou qu'ils l'aient adoptée.
1977, enfuies de Montréal, une mère et ses deux filles s'installent à Memphis dans la chambre 306 du Motel Lorraine. Cette même chambre dans laquelle fut assassiné Martin Luther King neuf ans plus tôt et qui n'a jamais pu être occupée depuis, faisant dépérir les affaires des propriétaires du motel.
Même à l'approche du Festival du Coton, personne n'aurait voulu s'y installer.
Autour d'elles, le récit se tisse.
Sonia est diseuse de bonne aventure et malade.
Louisiane, 16 ans, est une adolescente rebelle qui n'aime pas ses petits yeux et qui, par opposition à sa mère, a décidé de ne plus se nourrir. Tandis que Georgia, 11 ans, aime rire, danser, chanter et manger. Et elle est fascinée par sa sœur.
Au motel, les deux filles font la connaissance de Jacqueline Smith, la femme de chambre.
Elle est la sœur de Lonzie, un ancien taulard reconverti en photographe pour le compte de son ami Aaron Eagle, et qui croise la route de Louisiane.
Elle le suit, découvre la télévision, s'en abreuve, pose pour Lonzie.
Jacqueline, qui a reçu une très stricte éducation faite de labeurs, recommande Georgia à Grace De Priest, directrice de la chorale d'une petite église baptiste dirigée par le Pasteur Whitehead, et amoureuse des fleurs.
La petite se découvre un don et une amie, Alabama Ebony, soliste.
Tour à tour, en quelques lignes ou plusieurs pages, dans des chapitres mutliformes, avec ces personnages, brossés avec leurs qualités comme leurs défauts, qui revisitent leur (et le) passé et dont les prénoms possèdent une symbolique très forte (plusieurs sont des Etats sudistes esclavagistes), Brigitte Pilote explore le thème de la résilience.
Alors que Martin Luther King tombait sous les balles, chacun a vécu son propre 4 avril 1968.
Et à chacun de ressentir combien un deuil national devient quasi insignifiant quand le malheur frappe à sa porte...
Et comme il est difficile de s'extraire de la condition dans laquelle notre naissance nous enferme.
Ce roman, le deuxième de l'auteure ( blog) mais premier traduit en France, ne pouvait que me plaire de par sa construction polyphonique et ses thèmes croisés, qui m'ont permis d'apprendre beaucoup et de me sentir proche de ces personnages malgré quelques longueurs. Ils font écho à mes lectures, films ou séries TV du moment. (Et il y a même une référence à Sainte Blandine.)
Ce roman participe au Challenge de Sophie Hérisson " 1% Rentrée Littéraire 2017 " (6/6)
Belles lectures et découvertes,