Laver les ombres de Jeanne Benameur

Laver les ombres Jeanne Benameur

Lea est chorégraphe. La danse est sa vie, son exutoire. Elle s’y jette à corps perdu, avec urgence, s’y épuise le corps et le coeur, ne laissant place à rien d’autre dans sa vie, même pas l’amour qu’elle semble fuir dès qu’un attachement se profile, sans savoir pourquoi.

Naples, pendant la guerre. Romilda a 16 ans. Elle tombe amoureuse de Jean-Baptiste, un français qui lui promet le mariage et s’enfuit vite de chez elle, fuyant une mère qui ne l’aime pas. Mais Jean-Baptiste lui demande l’impossible : vendre son corps à d’autres hommes, pour lui. Par amour, elle accepte et pendant 3 ans devient Suzanne, toujours en vie mais le coeur et l’âme en miettes, mourant à petit feu.

Après guerre, c’est en Normandie que le couple s’installe. Jean-Baptiste veut un enfant. Lea naîtra finalement, chérie par ses parents mais marquée par le voile de tristesse et de colère qui ne cesse de passer dans les yeux de sa mère.

Un soir de tempête, Romilda appelle sa fille car elle a des choses à lui dire. La vieille dame vit en Normandie. Lea, saisissant l’urgence, et l’enjeu de cette rencontre, combat les éléments pour rejoindre sa mère. Elles se retrouvent dans une maison barricadée contre la tempête extérieure, huis-clos intime et ultime refuge pour qu’enfin les mots soient posés. Romilda raconte alors, dit tout l’amour et la haine, l’ambivalence des sentiments, sa peur de ne pas être aimée.

Dans les bras l’une de l’autre, les mots lavent leur âme comme la pluie balaie la côte, lavent la douleur et la honte de Romilda comme la peur de Lea, deux femmes qui pourront peut-être alors (re)commencer à vivre…

De cette belle écriture pudique et sensible qui m’avait déjà plu dans Otages intimes, Jeanne Benameur dresse deux beaux portraits de femmes et raconte une histoire où la dureté du sens est intimement mêlée à la beauté des mots.

Jeanne Benameur est une écrivaine française née en 1952 en Algérie d’un père tunisien et d’une mère italienne. Elle écrit des livres pour adultes mais également pour la jeunesse, et anime des ateliers d’écriture.

Laver les ombres est paru chez Actes sud en août 2008 (15,30€) et en août 2010 (6,60€)


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