Madrapour, de Robert Merle

madrapour merleDans Madrapour, on est dans la tête de Sergius, un homme plutôt laid, qui ressemble, selon les autres personnages du roman, à un gorille. Sergius est linguiste et désire se rendre à Madrapour. Le héros arrive à l'aéroport de Roissy, désert et rencontre une hôtesse de l'air qui l'attend et embarque avec elle dans un avion plutôt étrange. Sergius fait la connaissance des passagers, tous plus différents les uns que les autres, qui se rendent dans cette ville pour différentes raisons: travail, légal ou non, vacances, etc. Ensembles, ils s'envolent donc. Or, aucune preuve n'a jamais apporté l'existence ou non de la ville...

Durant ce huit-clos, les langues se délient, parfois à contre-coeur, parfois par provocation, parfois le silence l'emporte. Le vol est ponctué de mystères, dont j'en tairai la teneur, qui feront douter toujours plus les personnages et nous, "pauvres" lecteurs laissés au bon vouloir d'un écrivain qui s'amuse à retourner les situations, sans apporter forcément de réponses.

Les personnages ont tous une épaisseur psychologique. Merle les décrit avec minutie, avec humour, avec acidité. Que ce soit le couple d'hindous qui amène une part de métaphysique dans notre soupe déjà bien corsée, le jeune italien arrogant, les vieilles bobos avec un égo surdimensionné, ou la vieille aigrie qui sert de bouc-émissaire. La dynamique de groupe est décrite avec réalisme. N'oublions pas que notre écrivain a été licencié de philosophie, et ça se ressent dans son écriture (attention, c'est un compliment).

Je ne pourrai pas dire que ce n'est pas un bouquin fantastique. Je ne pourrai pas dire qu'il ne l'est pas. De même, qu'il n'est pas de la science-fiction alors qu'il pourrait en être. Bref, pour moi c'est un livre impossible à réduire à un seul genre. Comme la ville, on ne sait qu'en penser et comme les personnages, on voyage tout de même avec délectation et advienne que pourra.

Un livre qui dépayse.

Poppy