La petite bonne • Bérénice Pichat

Éditions Le livre de poche, 2026 (258 pages)

Ma note : 13/20

Quatrième de couverture …

Domestique au service des bourgeois, elle est travailleuse, courageuse, dévouée. Mais, ce week-end-là, elle redoute de se rendre chez les Daniel. Exceptionnellement, Madame a accepté d’aller prendre l’air à la campagne. Alors la petite bonne devra rester seule avec Monsieur, un ancien pianiste accablé d’amertume, gueule cassée de la bataille de la Somme. Il faudra cohabiter, le laver, le nourrir. Mais Monsieur a un autre projet en tête. Un plan irrévocable, sidérant. Et si elle acceptait ? Et si elle le défiait ? Et s’ils se surprenaient ?

La première phrase

« Les cent pas
J’aimerais pouvoir les faire
Réellement. »

Mon avis …

Ancien pianiste et passionné de musique, Blaise revient de l’enfer atrocement mutilé. Il a survécu à la Grande Guerre oui, mais à quel prix ! Gueule cassée, il doit sa survie aux bons soins d’Alexandrine, son épouse, qui le maintient dans une dépendance extrême. Si l’idée est de le protéger des regards extérieurs, de lui offrir un cocon le plus réconfortant possible, ce huis clos est insupportable et en vient à nourrir les idées noires de l’ancien soldat. Mais, pour la première fois, Madame accepte de se mettre au vert. Elle est invitée chez une amie pour une partie de chasse, en Normandie. La petite bonne sera là pour la suppléer, heureusement. Madame lui fait confiance.

La petite bonne est le premier roman de Bérénice Pichat et, dés sa sortie, a semble-t-il rencontré un franc succès. Est-ce que je l’ai aimé ? Je dois lui reconnaître une forme d’écriture originale et bien amenée. Tout est fait pour nous faire ressentir la solitude profonde de nos personnages, et le travail de mise en page est excellent. Ils sont trois. Tous sont plongés dans une forme de détresse qui semble les engloutir. Monsieur avec ses traumatismes de guerre et ses blessures atroces. Madame dans son dévouement extrême et sa solitude. La petite bonne avec ses seaux, ses serpillères, un mari violent et cette accumulation de contrats qui lui permettent tout juste de ne pas mourir de faim.

Peu à peu, un lien semble tout de même se nouer entre Monsieur et son employée. Tous deux vont d’abord se jauger, se juger, avant de pleinement se dévoiler. Pour se libérer d’un poids et parce que malgré l’appartenance à des classes sociales différentes, ils se trouveront des points communs.

Je dois vous avouer que je ressors de ma lecture un brin déçue. Je m’attendais à autre chose. Si le découpage et la mise en page au niveau des vers et des proses ont du sens et servent tout à fait le récit, j’ai fini par me lasser de ce style narratif. J’aurais également souhaité rencontrer des personnages un peu plus lumineux, apportant au moins une once d’espoir face à toute cette noirceur. J’ai aussi trouvé que le tout allait trop vite, avançait à vitesse grand V. Avec un peu plus de pages, j’aurais peut-être su apprécier davantage les personnages.

Certains passages sont cependant très beaux. J’ai notamment aimé cette rencontre entre Monsieur et la petite bonne autour de la musique classique. Tout comme j’ai apprécié avoir accès aux pensées et ressentis de chacun des protagonistes, pour découvrir ce qui allait pouvoir ou non les rapprocher, et quelque part peut-être les sauver. J’ai surtout aimé suivre le personnage de la petite bonne tant elle lutte et se questionne sur sa place auprès de Monsieur. Doit-elle faire comme toutes les autres et rester à distance ? Ou au contraire, sortir quelque peu de la posture qui est censée être la sienne pour essayer d’apporter un peu de vie au domicile des Daniel ?

Bérénice Pichat nous propose ici un huis clos sombre qui laisse à penser que nul n’échappe à son destin, dans la pauvreté comme dans la richesse. Sont explorées de nombreuses thématiques telles que les conséquences de la guerre et le sort des gueules cassées au lendemain du conflit 14-18, la condition des femmes de l’époque ou encore la lutte des classes. Le final proposé par l’autrice laisse le choix à plusieurs interprétations. Si je reconnais à ce récit de nombreuses qualités, je n’ai pas été totalement embarquée. J’ai trouvé l’ensemble trop distancé pour réellement me plaire.

Extraits …

« Les premières semaines, Alexandrine avait organisé des dîners, des visites. Blaise se faisait l’effet d’être en performance : il exécutait les tours qu’on lui avait appris. Il maniait ses pinces, s’essayait à parler, à sourire, en une grotesque pantomime. Complices ou désemparés, les visiteurs applaudissaient, s’extasiaient sur les progrès, posaient des questions. Eux aussi faisaient semblant. »

« En silence
ils s’observent
Ils découvrent
Ils lisent leurs histoires
dans les plis. »