
Il suffit parfois de deux personnages iconiques dans une même histoire pour rappeler pourquoi on aime tant les comics. Spider-Man et Superman ont beau appartenir à deux univers qui se croisent rarement, chaque rencontre conserve quelque chose d’assez magique. Peut-être parce que Peter Parker et Clark Kent n’ont pas grand-chose en commun en apparence, mais qu’ils partagent cette même manie assez désuète de vouloir aider les autres, même (et surtout) quand personne ne leur a rien demandé. Après le premier volet récemment publié chez Urban, Marvel reprend donc le flambeau avec un nouveau one-shot, cette fois confié notamment à Brad Meltzer et Pepe Larraz (mais toujours chez Urban, pour compléter votre beau coffret). Meltzer enferme d’abord les deux héros sous des tonnes de gravats. Superman, affaibli par la kryptonite, ne peut plus faire grand-chose tandis que Peter doit retenir les tonnes de matière au-dessus de leurs têtes. Une situation assez savoureuse : le type capable de déplacer une planète est coincé sous terre et c’est Spider-Man qui lui sauve la mise. Cette situation permet surtout à Meltzer de faire parler ses personnages. Puis Venom entre dans la danse, prend le contrôle de Superman et transforme le tout en affrontement complètement dément : Spider-Man face à un Superman symbiotique qui traverse New York en semant joyeusement la pagaille. Pepe Larraz s’en donne alors à cœur joie. Son découpage est spectaculaire, ses personnages particulièrement expressifs et la transition entre les scènes souterraines et l’affrontement dans les rues est superbe. Matthew Wilson accompagne parfaitement le changement de registre, des ambiances sombres du début aux couleurs beaucoup plus éclatantes de la bataille. Chouette job qui mérite qu'on s'y attarde ! Mais c’est la dernière partie qui donne vraiment du poids au récit. Clark et Peter se retrouvent autour de leurs familles et de ceux qui les ont élevés. Tous deux ont grandi sans leurs parents biologiques, mais ont été aimés et guidés par des personnes qui leur ont appris à devenir les hommes qu’ils sont. La scène à la ferme des Kent est simple, presque tranquille, et fonctionne justement parce qu’elle ne cherche pas à faire de l'esbrouffe. C’est dans cette banalité que l'association entre Superman et Spider-Man prend tout son sens. Ils ne sont pas seulement deux héros capables de cogner très fort. Ils ont surtout en commun cette volonté de rester du bon côté, même lorsque la vie leur complique sérieusement la tâche. C'est clair, net, on aime, ça fait du bien.

Le reste du numéro joue la carte de l’anthologie, avec des fortunes diverses mais une jolie variété. Dan Slott et Marcos Martín nous emmènent en 1938 avec le Spider-Man Noir, qui entend régler définitivement le problème Lex Luthor. Superman n’apprécie évidemment pas la méthode. Le Clark Kent de l’époque ne vole pas encore, mais bondit toujours au-dessus des immeubles. Martín livre des planches magnifiques, notamment grâce à un découpage très libre et à une scène d’arrêt de balle particulièrement réussie. Un des meilleurs récits courts du lot. Joe Kelly et Humberto Ramos réunissent Gwen Stacy et Lana Lang. Les deux femmes discutent de Peter et Clark et réalisent à quel point leurs deux héros se ressemblent finalement. L’idée est bonne, Ramos s’amuse beaucoup avec les grandes pages d’action, mais au final, c'est peu palpitant. Geoff Johns et Gary Frank frappent plus fort avec un récit où Ben Grimm raconte une histoire dans laquelle une mystérieuse énergie de rage transforme la planète en champ de bataille. Quelques héros y échappent et tentent de ramener Hulk à la raison. Superman choisit alors une arme assez inattendue : la parole, la compassion. Le moment où Bruce Banner retrouve son calme dans les bras de Superman est probablement l’un des plus beaux de l’album. Johns rappelle ici que la véritable force de Clark n’est pas seulement physique : c’est sa capacité à chercher encore l’humain chez ceux qu’il affronte. Louise Simonson et Todd Nauck proposent ensuite un sympathique Super Bouffon contre Steel, avec Thor en renfort. C’est court, léger, très orienté action. Stephanie Phillips et Phil Noto opposent ensuite Supergirl et Ghost-Spider. Quatre pages seulement, et c’est bien le problème : aucun espace pour offrir quelque chose d'intéressant. Brian Michael Bendis retrouve Sara Pichelli pour un récit consacré à Miles Morales et Superman. Brainiac et Dormammu préparent une catastrophe dimensionnelle, mais Bendis préfère laisser les deux héros discuter plutôt que de les faire se mettre sur la figure. Et c’est précisément ce qui rend l’histoire intéressante. Jason Aaron et Russell Dauterman réunissent Jane Foster et Wonder Woman ; des Paradémons symbiotiques, Darkseid, les dieux d’Asgard : on ne va pas prétendre que le scénario joue la carte de la sobriété. Mais derrière le grand spectacle, le récit trouve une vraie émotion lorsque Jane doute de sa valeur et que Wonder Woman lui rappelle ce qu’elle voit réellement en elle. Enfin, Jeph Loeb et Jim Cheung terminent sur deux petites pages seulement. Spider-Man est seul, déprimé, et Superman vient lui rappeler qu’il y aura des bons jours et des mauvais. Assez convenu, ça ne mange pas de pain. En gros, à boire et à manger, dans ce qui reste un vrai événement éditorial.

UniversComics, la communauté sur Facebook :