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SPOILER POSSIBLE, cet article aborde tout le crossover publié chez Panini, en deux volumes, pas seulement le premier.
Il existe une règle assez simple, dans le petit monde des symbiotes : quand Spider-Man, Venom et Carnage se retrouvent dans la même histoire, quelqu’un finit généralement avec les tripes à l’air. Death Spiral ne cherche clairement pas à réinventer la roue. Le crossover se contente donc d'appliquer l'adage et de faire couler l'hémoglobine. Et, contre toute attente, ça fonctionne plutôt bien, à condition de savoir ce qu'on y trouvera. Derrière son titre de série B assumé et son casting qui semble avoir été choisi après une soirée à thème années 1990, Death Spiral a une idée autrement plus intéressante que les atrocités en continu. Son véritable sujet, c’est la famille. Et surtout la manière dont on peut utiliser ceux qu’un héros aime pour le faire souffrir. Tourment l’a parfaitement compris. Ce nouveau venu n’a pas besoin de menacer, de faire exploser la planète ou de conquérir une dimension parallèle. Il tue les proches de ses victimes, méthodiquement, en remontant leur entourage jusqu’à parvenir à celui qu’il veut réellement atteindre. Une mécanique finalement assez simple, mais redoutablement efficace dès lors qu’elle s’applique à Peter Parker, l’homme qui a passé sa vie à voir les gens qu’il aime finir en otages, en cadavres ou en dommages collatéraux de ses acrobaties nocturnes. Le résultat donne à Death Spiral une tension que les grands crossovers Marvel ont parfois tendance à perdre en route. Ici, pas besoin d’une menace cosmique capable de manger trois univers au petit déjeuner : un personnage familier peut mourir, et cette possibilité suffit à rendre les choses un peu moins confortables. La mort du Shocker, notamment, confirme que Tourment n’est pas là pour faire de la figuration. Et lorsqu’un personnage qui traîne dans les pages de Spider-Man depuis des décennies peut passer à la trappe, on commence forcément à regarder les autres avec un peu plus d’inquiétude. Le meilleur du crossover se trouve pourtant du côté des relations entre les personnages. À commencer par Mary Jane, qui porte le symbiote de Venom. La rouquine n’est pas une potiche avec des dents acérées : elle agit, se bat et assume son nouveau rôle. Et surtout, elle n’est pas toujours d’accord avec Peter. C’est là que le personnage devient intéressant. Peter et MJ se connaissent par cœur, mais leur histoire commune ne signifie pas qu’ils fonctionnent encore comme avant. Le symbiote ne fait qu’accentuer cette différence. Mary Jane peut se montrer plus brutale, plus directe, là où Peter reste prisonnier de sa vieille obsession pour les limites à ne pas franchir. Deux façons d’être un héros, deux visions de la violence, avec un final (on ne vous dira rien, bien entendu) qui a de quoi choquer et interroger sur l'évolution de MJ.

Eddie Brock bénéficie lui aussi d’un traitement plus consistant que le traditionnel « le méchant Venom arrive, grogne et bouffe des tripes ». Son passé, sa colère et surtout sa relation avec Dylan sont au cœur de son parcours. Tourment comprend très vite qu’il n’existe pas de meilleure manière de faire vaciller Eddie que de s’en prendre à ceux qu’il aime. Bon, une bonne partie du temps, Eddie le passera à l'hôpital, il faut l'admettre. Et puis Death Spiral, c'est aussi le destin de Paul. Le personnage a suscité suffisamment de débats chez les lecteurs de Spider-Man pour que certains souhaitent sa disparition avec un enthousiasme difficile à dissimuler, pendant que d'autres (une minorité) sont parvenus à s'y faire. Que va devenir Paul ? Lisez Death Spiral ! Et on arrive enfin à Carnage. Parce qu'évidemment, il fallait bien que quelqu’un se dise un jour qu’un Spider-Man lié à Carnage serait une excellente idée, ce qui n'est pas complétement faux ! Spider-Carnage constitue l’un des gros morceaux du crossover. Visuellement, c’est évidemment une tuerie mais l’idée possède surtout une vraie logique dramatique. Peter obtient précisément au moment où il est le plus en colère et le plus désespéré une puissance capable de régler le problème à coups de violence absolue. Tout le paradoxe de Spider-Man est là. Peter peut gagner. Il pourrait même probablement gagner plus facilement qu’à l’habitude. Mais il risque de devenir exactement ce qu’il combat. Son pouvoir le pousse vers la solution la plus simple : frapper plus fort, tuer si nécessaire, ne plus réfléchir. Et c’est précisément ce que Peter refuse d’être. Cette dualité fonctionne donc parce qu’elle ne repose pas uniquement sur le plaisir un peu régressif de voir Spider-Man avec le costume de Carnage, elle insiste sur sa véritable sa véritable force, sa capacité à ne pas franchir certaines lignes, même lorsqu’il aurait toutes les raisons de le faire. Du côté des dessins, Jesus Saíz installe une ambiance particulièrement sombre et inquiétante. Son trait réaliste, précis et chargé de détails donne au récit une vraie tonalité horrifique. Carlos Gomez assure avec une approche plus nerveuse et dynamique. Et lorsque Spider-Man, Venom et Carnage commencent à se mettre sérieusement sur la figure, son style fait merveille. Ed McGuinness, Francesco Manna et les autres dessinateurs impliqués ne sont pas là pour faire baisser la température. L’ensemble reste franchement spectaculaire, même si la succession des artistes finit forcément par produire quelques ruptures de style. Alors, ce Death Spiral est une lecture recommandée, ou pas? Cela dépend : si vous êtes fans de Maximum Carnage et de la période Lethal Protector, vous allez sûrement jubiler. Autrement, vous allez être un peu déconcertés, même si, on le répète, le bodycount fait qu'il y a forcément des moments de bravoure à saisir au vol !

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