Petit retour sur spider-man un jour de plus/one more day (edition grimoire chez panini)

Petit retour spider-man jour plus/one more (edition grimoire chez panini)

 Avec l’opération One more day (un jour de plus), Spider-Man a subi fin 2007 l’un des tournants les plus controversés de son histoire. Depuis les événements de Civil War, alors que Peter Parker avait révélé sa double identité au grand public lors d’une conférence de presse mémorable, les choses sont allées de mal en pis. Peter a fini par douter des méthodes de son nouveau mentor, Tony Stark, et a rejoint le maquis avec les autres super-héros dissidents. Puis le Caïd, grand patron du crime, n’a eu aucun mal à faire assassiner la légendaire Tante May, même s’il a dû, en retour, subir une humiliation particulièrement douloureuse sous les poings vengeurs du neveu déchaîné. C’est là que Marvel se retrouve face à un drôle de problème : comment aller encore plus loin dans le « noir » (l’Araignée endosse d’ailleurs à nouveau son costume sombre, histoire de faire comprendre que, par les temps qui courent, mieux vaut ne pas lui chercher des noises) sans renier les fondements mêmes du personnage ? Car Spider-Man, depuis toujours insouciant, bavard et ironique, avait fini par devenir un énième redresseur de torts torturé, aux méthodes de plus en plus violentes. Comment sortir d’un statu quo qui a tenu les lecteurs en haleine pendant des mois (Tante May entre la vie et la mort à l’hôpital, Spidey fugitif recherché par ses pairs, identité secrète définitivement éventée…) mais qui menace désormais de tourner en rond ? Peter Parker ne peut pas suivre une trajectoire à la Matt Murdock, et encore moins finir comme Frank Castle. Et il reste un détail non négligeable : Marvel, comme DC, est une major du comic-book. Ses séries doivent donc rester rentables et éviter les prises de risque trop alambiquées, surtout lorsqu’elles concernent la métamorphose radicale de l’un de ses personnages phares. Abracadabra ! Deus ex machina des plus classiques, un bon gros tour de magie et l’affaire est dans le sac. C’est Mephisto, autrement dit le Diable version Marvel, qui sort Peter du pétrin. Il sauve son identité (plus personne ne se souvient de la fameuse conférence de presse) et sa tante, qui gambade bientôt à nouveau comme une jouvencelle. Tante May finira même par épouser Jay Jameson, le père de J. Jonah Jameson, et ne fera plus que quelques apparitions dans la série, durant un certain temps. Cela valait-il vraiment le coup de jeter un mariage par la fenêtre, Peter ?

Petit retour spider-man jour plus/one more (edition grimoire chez panini)

Car le prix à payer est tout de même conséquent : le couple Parker disparaît de l’histoire. Exit Mary Jane Watson, épouse Parker. Parker sacrifie son mariage, en échange la vie sauve de la tante. Un pacte faustien et diabolique, à n'en pas douter. Notre bon vieil homme-araignée est à nouveau célibataire, fauché comme les blés, journaliste freelance pour le Bugle (qui changera d’ailleurs bientôt de nom et de propriétaire) et capable de blaguer et de sortir les pires calembours dans les situations les plus extrêmes. Il suffirait presque de ressusciter Steve Ditko, de lui confier la partie graphique, et on se croirait revenus dans les sixties, les amis ! Alors, quid du pour et du contre, des années après ce grand chambardement ? Difficile à dire, même si le public hardcore a encore du mal à digérer l’événement. D’un côté, la série fleure bon la nostalgie, avec le retour de nombreux personnages et éléments qui avaient fini par disparaître au fil des années (la période Brand New Day). Les scénaristes, Straczynski en tête, avaient préféré aller de l’avant, quitte à intervenir directement sur certains des fondements mêmes du personnage. L’arachnide démasqué est mort et revenu d’entre les morts, s’est retrouvé doté d’une véritable toile organique, comme dans les films, à la place de ses traditionnels lance-toiles mécaniques, et s’est retrouvé avec une double identité définitivement exposée. Tout cela était ingérable, et fort naturellement gommé, effacé, oublié. Harry Osborn n’est même plus mort, figurez-vous ! Il était simplement en Europe, expédient déjà utilisé pour Norman Osborn, et revient à New York avec de bonnes intentions, prêt à reprendre sa place dans le casting en tant que meilleur ami fortuné de notre cher Peter Parker. Betty Brant réapparaît elle aussi davantage, tandis que J. Jonah Jameson, après avoir subi un infarctus, devient finalement maire de New York. Quant à Spidey, il est encore et toujours considéré comme une menace et semble ne plus trop savoir comment s’y prendre avec le sexe faible. Plus de mariage, plus de fille dans le lit : Peter redevient le roi de la lose en matière de drague. Mais toute cette opération « nostalgie canaille » se heurte à un problème de fond : la série, qui avait atteint un paroxysme assez inattendu en matière de tension narrative (quarante ans d’aventures soudain remis en question en l’espace de quelques mois) repart sur des bases beaucoup plus sereines. Peut-être trop sereines, d’ailleurs, car il lui arrive de ronronner. Reste le grand suspense qui tient les lecteurs américains en haleine pendant de longs mois : qu’a bien pu murmurer Mary Jane à l’oreille de Mephisto au moment d’accepter le pacte fatidique ? Quelle condition a-t-elle pu poser ? Le mystère était suffisamment savoureux pour que Joe Quesada, alors rédacteur en chef de Marvel et dessinateur de l’événement, reconnaisse lui-même qu’au moment de publier les planches concernées, il n’avait qu’une vague idée de la réponse et comptait résoudre le problème par la suite. La suite de l’histoire révélera d’ailleurs que Mary Jane a bien exigé quelque chose de Mephisto : elle lui demande de rendre à Peter sa vie telle qu’elle était et de lui donner une chance de connaître à nouveau le bonheur. Le démon accepte, mais leur pacte efface tout de même leur mariage de l’histoire. Reste que c’est du Spidey, donc c’est vendeur ; que c’est Quesada qui dessine, donc c’est plutôt joli ; qu’il y a quand même de l’émotion (une petite larme pour le couple qui se sépare, ne soyez pas insensibles) et que l’événement a marqué son époque, en bien ou en mal. IPour 36 euros, Panini vous offre une très belle séance de rattrapage dans l'écrin de la collection "Grimoire". Contient One more day et One moment in time (avec Paolo Rivera au dessin). C'est vous qui voyez ! 


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