
Il fut un temps (pas si lointain, je reste assez bon client de l'écossais) où chaque nouveau projet de Mark Millar donnait l’impression qu’un blockbuster potentiel débarquait directement dans les bacs des comic shops. Le genre de séries capables de mélanger idées folles, sens du rythme et efficacité immédiate, avec ce petit côté impossible à lâcher, qui a longtemps fait sa réputation. Avec Vatican City, on retrouve encore cette mécanique. Le problème, c’est qu’on voit désormais beaucoup trop les rouages. Et que ça tourne à vide. Pourtant, l’idée de départ est franchement séduisante. Des vampires reprennent brutalement le contrôle du monde après des siècles passés dans l’ombre. Les États-Unis tombent en quelques heures, l’Europe suit, et le dernier refuge humain devient… le Vatican, grâce aux sols consacrés et aux reliques saintes qui empêchent les créatures d’y pénétrer. Dit comme ça, difficile de ne pas avoir envie d’ouvrir le bouquin publié chez Panini. Il y a quelque chose de très pulp dans le concept, presque une série B gothique à gros budget, entre apocalypse religieuse et film de vampires survitaminé. Sauf que très vite, le comic book donne l’impression d’avoir été conçu pour aller le plus rapidement possible d’une idée cool à une autre idée cool. Et rien d'autre. Millar ne raconte pas vraiment son histoire : il la propulse en avant. Les personnages apparaissent, disparaissent, survivent ou meurent sans qu’on ait réellement le temps de s’attacher à eux. Les révélations s’enchaînent à une telle vitesse qu’elles finissent par perdre leur impact. Et plus les pages tournent, plus on a cette étrange sensation de lire le résumé ultra-condensé d’une série qui aurait eu besoin de dix épisodes supplémentaires pour respirer un peu.

C’est d’autant plus frustrant que certains éléments de l’univers donnent réellement envie d’en voir davantage. Cette antique civilisation vampirique cachée sous le Vatican, cette reine monstrueuse enfermée depuis des millénaires, ces archives secrètes que l’Église aurait dissimulées à l’humanité… Il y avait matière à construire un vrai récit d’horreur paranoïaque, avec du mystère, de la tension et une montée progressive de l’angoisse. Mais Vatican City préfère foncer tête baissée, comme si Millar avait peur qu’on s’ennuie au bout de deux pages. Trois épisodes et au revoir tout le monde. Le résultat se lit vite, parfois même avec un certain plaisir immédiat, mais laisse aussi une impression très curieuse de vide. Tout paraît compressé, accéléré, réduit à l’essentiel le plus spectaculaire. On sent constamment le pitch derrière le récit. Et ça manque d'âme. Le dessin de Per Berg accentue encore cette impression. Son trait cherche clairement l’énergie et le chaos, avec beaucoup d’éclaboussures, de mouvements et d’effets de matière, mais l’ensemble manque souvent d’organicité. Les personnages semblent parfois figés dans une esthétique très numérique, très digital painting, avec des textures froides et des visages qui peinent à dégager une vraie présence humaine. Certaines pages fonctionnent malgré tout très bien, notamment quand Berg joue avec les ambiances rouges et les panoramas du Vatican, mais globalement le comic book garde ce rendu un peu clinique qui empêche vraiment l’horreur de devenir viscérale. C’est probablement ça, le vrai problème de Vatican City. Tout est là, théoriquement : le bon concept, les secrets millénaires, les monstres, l’apocalypse religieuse, les complots enfouis sous les catacombes. Mais rien ne semble totalement habité. Ni l’écriture, ni les personnages, ni même le dessin. On est très loin du Millar qui donnait l’impression de réinventer le genre à chaque nouvelle série. Ici, on a surtout l’impression de voir un auteur recycler ses automatismes avec professionnalisme, mais sans véritable inspiration. Des traites à payer ?

UniversComics, la communauté sur Facebook :


