
Pas besoin de grand chose pour mettre au point une BD super attachante à destination d'un jeune public. Prenez un écureuil angoissé, un oiseau optimiste et vraiment insouciant, et un chat obstinément rancunier, pour ensuite fabriquer une production jeunesse de qualité qui ne prend pas les lecteurs pour des débiles profonds. Avec L’équipée du bosquet, James Burks signe un récit d’aventure qui avance à toute allure, porté par un humour permanent et une énergie communicative, sans jamais vous prendre de haut. Le principe est élémentaire et éprouvé : L'Oiseau adore parler, chanter, improviser et partir à l’aventure sans réfléchir. L'Ecureuil, lui, passe son temps à anticiper les catastrophes et à remplir sa dispense pour avoir de quoi manger les mois d'hiver. Les chats sont dangereux, la mauvaise saison approche, voyager est une mauvaise idée, les rebondissements s'accumulent de page en page… Bref, Burks est le roi du scénario catastrophe mais qui fait sourire. Et évidemment, c’est ce contraste qui fait tout le sel de l’album. L'auteur complet comprend très bien ce qui amuse les enfants : les disputes absurdes, les réactions excessives, les poursuites interminables et les personnages qui s’opposent sans jamais vraiment pouvoir se passer les uns des autres. Le chat qui traque nos deux héros avec une détermination presque ridicule apporte d’ailleurs une bonne partie du comique du récit. Il tombe, se cogne, rate absolument tout, mais revient toujours à la charge avec l’énergie d’un méchant de dessin animé du samedi matin. Ce qui rend l’ensemble particulièrement agréable, c’est que derrière les gags et le rythme très vif se cache une vraie tendresse. La relation l'oiseau et l'écureuil évolue naturellement au fil des pages. L’un pousse l’autre à sortir de sa zone de confort, tandis que le second rappelle parfois que foncer tête baissée vers le danger n’est pas forcément une stratégie très élaborée. Une amitié improbable, mais sincère, qui parlera immédiatement aux jeunes lecteurs.

Graphiquement, James Burks opte pour un style extrêmement lisible, très expressif, avec des personnages aux mimiques irrésistibles. Les planches débordent de mouvement et les scènes d’action restent toujours parfaitement claires, même pour les plus jeunes lecteurs qui découvrent encore les codes du comic book ou du roman graphique. On sent d’ailleurs que l’album fonctionne aussi très bien en lecture accompagnée : les dialogues appellent naturellement l’interprétation, les situations donnent envie d’être rejouées, et certains passages possèdent ce petit supplément d'âme qui invite à la leçon ou en tous les cas à réfléchir à ce qui vient de se jouer et pourquoi. La petite visite à la famille Taupe est par exemple une vraie réussite, mais aussi la façon dont notre écureuil va découvrir les délices du vol, enfin gagné par un lâcher prise qui est loin d'être évident dans toute la première partie. Sans révolutionner le genre, L’équipée du bosquet réussit donc exactement ce qu’il entreprend : divertir, faire rire et créer un vrai lien avec ses personnages. Une porte d’entrée idéale vers la bande dessinée jeunesse, portée par un humour doux, une aventure accessible et un duo auquel on s’attache beaucoup plus vite qu’on ne l’aurait imaginé. Tout ça a l'air facile, mais Burks a fait le plus dur, croyez-moi.
Le tome 1, Sale bête de chat, vient de sortir (chez Aventuriers d'Ailleurs, label de Bamboo).

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