
À première vue, Battleworld ressemble à ce que Marvel produit régulièrement depuis plusieurs décennies : une grande aventure cosmique, des héros venus de différents horizons, un être doté de pouvoirs quasi infinis avec le destin de l'univers en jeu. Pourtant, derrière cette apparente familiarité, Christos Gage et Marcus To livrent une mini-série globalement réussie, qui parvient à faire du neuf avec des éléments que l'on croyait connaître par cœur. Le concept de Battleworld n'est évidemment pas nouveau. Les lecteurs l'ont découvert dans les premières Secret Wars des années 1980 (salut, Jim Shooter), avant de le retrouver sous d'autres formes au fil des années, notamment dans la dramatique relecture de Jonathan Hickman. Cette fois, le principe évolue légèrement. Au lieu de réunir des réalités parallèles, Battleworld rassemble des personnages provenant d'époques différentes du Multivers Marvel. Le passé, le présent et le futur se retrouvent ainsi mélangés dans un même monde. Cette idée donne lieu à des rencontres aussi improbables que réjouissantes. Un soldat de la Seconde Guerre mondiale (Bucky) peut croiser des héros venus de réalités dystopiques (Le Hulk Maestro), tandis que des personnages ayant des rapports très intimes peuvent cohabiter sous deux avatars d'univers différents (Hank Pym et Janet Van Dyne). Et même… Kenneth Connell, le premier Starbrand, type un peu paumé de Pittsburgh qui eut son heure de gloire chez Marvel. Dès les premières pages, le lecteur comprend que tout peut arriver, qu'on se le dise ! Derrière cette étrange expérience se cache Michael Korvac. Les lecteurs les plus anciens se souviennent sans doute de ce personnage apparu dans la célèbre Saga de Korvac à la fin des années 1970. Devenu une entité cosmique aux pouvoirs immenses, il entend remodeler la réalité selon sa propre vision. Pour y parvenir, il rassemble sur le Battleworld des individus issus de différentes époques et les place au cœur d'un gigantesque conflit dont les survivants seront appelés à bâtir un nouvel avenir.

Ce point de départ permet à Christos Gage de démontrer une nouvelle fois son incroyable maîtrise de l'univers Marvel. L'auteur connaît visiblement chaque recoin de cette continuité vieille de plusieurs décennies. Mais contrairement à certains scénaristes qui utilisent leur érudition comme une fin en soi, Gage ne tombe jamais dans le piège de l'accumulation gratuite de références. Chaque personnage, chaque clin d'œil et chaque apparition ont une finalité. Le choix des héros réunis pour l'occasion est particulièrement inspiré. On retrouve notamment un jeune Peter Parker encore au début de sa carrière, Luke Cage à l'époque des Heroes for Hire, Carol Danvers sous l'identité de Warbird, une Tornade issue du futur de Days of Future Past, le Roi Thor imaginé par Jason Aaron ou encore Bucky Barnes durant la Seconde Guerre mondiale et le Hulk Maestro, dont on a déjà parlé. Sur le papier, cet assemblage semble totalement improbable. Pourtant, l'alchimie fonctionne bien. Au centre du récit se trouve toutefois Hank Pym. Longtemps considéré comme l'un des personnages les plus complexes et les plus malmenés de l'univers Marvel, il bénéficie ici d'un traitement particulièrement intelligent. Là où beaucoup d'auteurs reviennent systématiquement sur ses erreurs passées, Christos Gage choisit d'explorer une autre facette du personnage. Son Hank Pym est un homme marqué par ses échecs, mais qui refuse de s'y réduire. Il cherche à avancer, à comprendre et surtout à se reconstruire. Cette idée de reconstruction traverse d'ailleurs toute la série. Derrière les combats spectaculaires et les enjeux cosmiques on découvre une histoire beaucoup plus intime qu'il n'y paraît. La plupart des protagonistes portent le poids d'un passé difficile. Certains ont perdu des proches, d'autres ont vu leur monde sombrer ou commis des erreurs qu'ils regrettent encore. Tous sont confrontés à la même interrogation : comment continuer à vivre lorsque l'on ne peut pas effacer ce qui a été fait ? C'est cette dimension humaine qui donne toute sa force à Battleworld. Les scènes d'action sont nombreuses et souvent impressionnantes, mais elles ne prennent jamais le pas sur les personnages. Les échanges entre les membres de l'équipe comptent autant que les combats. La relation entre Hank Pym et une version alternative de Janet Van Dyne apporte plusieurs moments particulièrement touchants, tandis que les discussions entre Bucky Barnes et le jeune Spider-Man injectent une dose d'humour et de fraîcheur. Graphiquement, Marcus To relève le défi avec beaucoup d'aisance. La série lui demande de représenter des dizaines de personnages, d'époques et d'environnements différents, sans jamais perdre en lisibilité. Son dessin dynamique accompagne parfaitement le rythme du récit. Du coup, les passionnés de l'histoire de Marvel auront de quoi se régaler. Du fan service bien réalisé et qui apporte un plus aux héros mis en scène , on croit rêver, mais ce Battleword a atteint son objectif !

UniversComics, la communauté comics sur Facebook :


