Le Nouvel Attila – 2026
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Ça commence par le sang. Tout est rouge. Les cuisses. Les draps. Pourpre de la perte. La narratrice fait une fausse couche. Seule, elle se retrouve seule face à ce sang qui coule, s’écoule, ininterrompu. C’est l’expérience du sang, du silence, c’est la pure présence. « Le sang qui a coulé dans mes draps interroge encore mon écriture. La couleur, le flux, la rupture, la chute, le rythme, la texture sont des questions littéraires. C’est le sang qui me pousse encore aujourd’hui, le sang que j’attends, le sang perdu d’alors, il faut écrire sur lui : par lui et son propos, selon ses pulsations. Il ne faut plus le faire sans lui : de sang-froid comme un meurtrier, une morte, un reptile. Écite au contraire en animal à sang chaud. En feu. »
Cette couleur incarnat, c’est la sienne. Elle la porte en elle depuis toujours. Cette histoire est celle de la couleur rouge. Rouge du sang, du désir, du rêve. Rouge des fantômes. Rouge l’avortement sauvage de sa propre mère. Rouge l’absence de cette dernière. Elle écrit rouge pour ne pas oublier qu’elle a un visage – « J’écris où ça coule, où ça me blesse, où ça soulage. »
La fausse couche est le fil rouge des mots ; ce non-sujet de la littérature, ce rien qu’elle veut rendre visible ; elle convoque Sylvia Plath, Marguerite Duras, Martine Dalvaux, Frida Kahlo, Anne Hébert, Audre Lorde – elle cherche un miroir dans leurs maux. Les échos de l’art à sa propre expérience.
Folie douce de l’écriture, c’est poétique, sauvage, rugueux, doux, organique. Les fruits rouges est un texte qui ne paie pas de mine de prime abord mais dont la puissance des mots monte crescendo et qui se déploie dans toute sa fièvre. Un texte bouleversant et nécessaire, à mettre entre toutes les mains.
