La Parabole des talents – Octavia E. Butler

Par Lamouche

Attention aux spoilers ! Il s’agit du second tome de La Parabole du semeur dont ma critique a été faite ici.

La Paraboles des talents
Par Octavia E. BUTLER
Chez Au diable vauvert (collection : les poches du Diable)

Avertissements de contenu : Violence généralisée (physique, psychologique & sexuelle) y compris sur des mineur-es, esclavage dont sexuel dont de mineur-es, racisme, validisme, torture, prostitution dont de mineur-es, guerre de religion, secte & culte.

Célèbre créatrice de jeux virtuels, Asha découvre le journal dans lequel sa mère Lauren a posé les bases de sa philosophie humaniste et pacifiste. Dans une Amérique au comble du chaos qui renoue avec l’esclavagisme, Asha entre en résistance à son tour…


Comme vous vous en doutez en vu des avertissements de contenu, La Parabole des talents – comme son premier tome, la Parabole du semeur – n’est pas une lecture facile.

Déjà, il faut se mettre en tête avant sa lecture : la quatrième de couverture ne rend pas justice à l’ouvrage, elle est même un peu mensongère. Je résumerai plutôt La Parabole des talents comme Asha, fille volée de Bankole et Lauren – héroïne de la Parabole du semeur – découvre le destin de sa mère, de ses idées, de la Semence de la Terre, une fois cette dernière et son groupe se soient installés à La Chênaie, et ce à travers les écrits de Lauren Olamina, de Bankole ou encore ceux de l’Oncle Marc. Entre ces écrits, nous y trouvons les pensées d’Asha, son point-de-vue et ses critiques. Progressivement, son histoire de vie apparait.
Nous avons donc des points de vue alternés, des mots tournés différemment. Comme le souligne si bien Asha dans les premières pages, le scepticisme fatigué de Bankole est très lisible dans ses phrases. Olamina a une plus pleine d’espoir qu’on pourrait qualifier de naïve lorsqu’elle explique sa philosophie. Ses poèmes sont beaux. Simples, beaux et musicaux. La plume d’Octavia B. Butler est vraiment réussie et la réception du Prix Nebula (1999) fait encore plus honneur à cette autrice de talent. Plus je lis ses œuvres et plus je l’admire.

Comme je l’évoquais en préambule, La Parabole des talents est une histoire dure à lire à cause des sujets qu’elle aborde. L’humanité est en roue libre et en plus, c’est aux États-Unis donc le racisme est ancré dans les veines de ses habitants, l’esclavage est une grosse partie de son Histoire et, évidemment, l’accès aux armes de tout calibre peut se faire en achetant ses tomates. La plume d’Octavia E. Butler est forte pour cela, pour nous mettre devant le fait accompli : oui, 2032, dans son livre, c’est la merde, mais il faut aussi regarder les fondations de pourquoi cette société est devenue un chaos vaguement tenu par une république fédérale corrompue, renouant avec la dictature religieuse. Elle nous met le nez dedans, sans nous ménager. Le monde est dégueulasse et l’humanité ne d’embellie pas lorsqu’on la pousse dans ses retranchements.
Dire que cela fait réfléchir serait facile. La philosophie humaniste d’Olamina est belle mais la frontière est fine entre une collectivité qui rassemble les mêmes idées, surtout religieuses, et une secte. C’est ce qui est merveilleux avec les personnages d’Octavia E. Butler : ses personnages sont moralement gris. Olamina pense faire le bien, tout comme Oncle Marc, tout comme les personnes faisant parties de la religion d’Etat. Évidemment, il y a des sombres connards, ceux qui profitent de la faiblesse des autres, ceux qui écrasent et qui dévorent. Mais c’est comme de partout, il y a les méchants et les gentils. Et surtout : il y a ceux au milieu, ni méchants ni gentils, oscillant entre les deux. C’est rare de voir des personnages aussi bien construits, et évidemment très profitables !

La Semence des talents est un second tome qui est tout aussi brillant que La Semence du semeur. Si le premier se suffit à lui-même, le second est une suite qui lui convient très bien. Octavia E. Butler nous a concocté une duologie anthologique que je recommande vivement à toutes celles et ceux qui sont prêtes à vivre tant d’émotions dans une lecture difficile mais inspirante.