Les Presque Soeurs

Les Presque Soeurs

" Les Presque Sœurs "

KORMAN Cloé

Deux familles juives polonaises. Que les pogroms des années 1930 ont conduit à s'exiler en France. Où elles ont commencé à s'enraciner. Trois filles pour chacune d'entre elles. Mireille, Jacqueline et Henriette pour les Korman. Andrée, Jeanne et Rose pour les Kaminsky. Puis la Guerre. La défaite. L'exode. L'installation à Montargis. " C'est une petite ville que Montargis, une petite ville de province où, après tout, il n'y a pas tant de juifs que ça. La rafle du 9 octobre (1942) est terminée. En début de soirée, les six filles, la femme et le bébé sont conduits cinq cents mètres plus loin, à la prison. Ce trajet les fait passer des mains des autorités militaires allemandes à celles des autorités françaises. "

C'est à Montargis que Cloé Korman tente de retrouver, 80 ans plus tard, quelques-unes des traces qu'auraient pu y laisser l'une ou l'autre des six fillettes. Celles qui " se désignent comme presque sœurs ". Montargis. Puis Beaune-la-Rolande. Le camp où les gamines sont entassées dans d'effroyables conditions. Vingt baraquements qui " en 1947 ont été vendus aux enchères et dans les années qui ont suivi transformés en granges pour stocker le foin, pour abriter les bêtes et les machines... " Effacer des mémoires les ignominies franchouillardes. Oublier les saloperies antisémites inspirées par le nazi Céline et pratiquées par tant de braves gens qui chantaient alors les louanges du vieux Maréchal et de ses féaux. Libre cours donné à l'arbitraire. De Beaune-la-Rolande jusqu'à Drancy, où l'on attend le transfert vers Auschwitz, là dont nul ne revient, et surtout pas chacun de ces gosses de la génération des enfants Korman et Kaminsky. La pleine et entière collaboration des autorités françaises avec les exterminateurs. Pire encore, leur capacité à anticiper, à aller au-delà des exigences allemandes.

Cloé Korman entretient une mémoire que tant des contemporains du vieux Lecteur préfèrent enfouir dans les oubliettes de l'histoire, laquelle ne reconnaît et ne retient que la Geste héroïque de la Résistance. Cloé Korman qui a cheminé d'un site à l'autre, qui a découvert (parfois) ou ressenti (souvent) ce que fut l'indicible, retrace le cheminement de fillettes qui avaient en elles le goût de vivre. En les resituant dans ce mouvement global qui fut celui de mise en œuvre de la " solution finale ". Avec tous les épisodes plus sinistres les uns que les autres. " Un dernier convoi quitte le Loiret le 23 septembre 1943. Après cela, la gare de Pithiviers n'est plus utilisée comme gare de déportation. Le camp de Beaune-la-Rolande avec ses dix granges de bois flottant sur la boue de l'ancien terrain de foot, et son jumeau de Pithiviers avec sa Grande Baraque, ont fini leur office. Il reste Jargeau, à quelques kilomètres de là, où l'on enfermera les Tsiganes par centaines, sédentarisés de force et assignés dans le camp de longs mois encore après que la guerre aura cessé. "

Le vieux Lecteur exprime sa gratitude envers Cloé Korman, laquelle a travers ce récit bien plus qu'émouvant, lui a rappelé qu'il n'est rien de pire que l'oubli. Il lui est gré, entre autres, d'avoir retrouvé Andrée, aujourd'hui nonagénaire, Andrée qui a survécu et qui confie à la romancière certains de ses souvenirs, ceux d'une fillette qui ne se résigna pas à subir le pire. " Il y avait constamment des rafles. Voilà, et c'étaient des Français qui venaient nous chercher en général. En fait, ils venaient compléter les wagons, avec des enfants. C'était ça, le truc. Et j'en ai vu, donc, j'ai vu des rafles d'enfants à Lamarck, j'en ai vu à Guy-Patin, à Vauquelin. " Cloé Korman précise alors : " Pendant l'été 1943, quand Andrée et ses sœurs ne vivent plus dans les mêmes foyers, partent encore trois convois, qui font à nouveau plus de trois mille morts. "