Contes à fleur de peau (Eléanor Laurent)

Par Gabrielleviszs @ShadowOfAngels

 

Auteur : Eléanor Laurent

Éditions : Baudelaire

Parution le : 07 Mars 2022

520 pages

Thème : Contes revisités pour adultes

disponible sur le site de l'éditeur

et sur Amazon

J'ai aimé :)

 Résumé 

  « Qu’est-ce qu’un conte de fées ? Il ne s’agit pas nécessairement d’une histoire d’amour entre une princesse froufroutante et un fringant chevalier, de jeunes gens fades et naïfs, qui se marient et fondent une famille nombreuse sans se connaître, dans un monde simple et rose comme un bonbon. Permettez à une conteuse malicieuse de vous narrer ses histoires de sirènes conquérantes, de créatures fabuleuses retorses, de loups follement épris, de nymphes féroces, de chat maudit et surtout d’hommes et de femmes qui apprennent simplement à communiquer et à tisser des liens de tendresse et de respect, authentiques, poétiques et sensuels. »    

 Ma chronique

  Il était une fois... Non, oubliez les contes de Disney qui commencent tous avec cette petite phrase et termine avec plein de mouflets et de bonheur ! D'accord, du bonheur, il risque d'y en avoir, mais des enfants, c'est encore une autre histoire. Déjà, merci à la maison d'éditions pour m'avoir fait parvenir ce recueil, car c'est de cela qu'il s'agit, un assemblage de 5 contes qui nous donnent une vision différente de ce que nous connaissons déjà. Grimm et la souris aux grandes oreilles peuvent se rhabiller. L'auteur nous apporte une vision imparfaite des personnages et cela m'arrange bien. Ils sont "normaux" avec des rêves, des espoirs, de la tristesse. Ils vivent pleinement leurs émotions, n'ont pas de cheval blanc infaillible ni d'épée, peut-être en bois, qui sait ? Bien que le fantastique se promène entre les pages de ces récits, nous nous retrouvons dans des histoires où l'amour n'est pas une fin en soi (enfin si un peu), mais le parcours du combattant de l'épine et du dragon est représenté différemment. Il ne s'agit pas de l'homme fort à chaque fois qui trouve toutes les solutions, il ne s'agit pas de la faible femme qui va camoufler ses yeux chastes. Non, nous avons le droit à de la passion, des combats internes, des femmes qui prennent leur destin en main, qui cherchent à comprendre ce qui se passe. Tout ne tombe pas tout cuit dans les bras des hommes, car même eux ne savent pas comment réagir.
    5 contes, 5 histoires assez différentes si ce n'est que les deux premières nous entrainent sur les rivages d'une petite sirène qui ne mâche pas ses mots. Il est certain que 5 récits revus ne font pas l'unanimité et je dois avouer que la première "Une petite sirène" ne m'a pas convaincu, contrairement aux suivantes. J'ai aimé le début de cette histoire, avec le fait qu'elle soit attrapé dans des filets, vendue et bien d'autres choses (j'ai bien cru que nous allions avoir une dissection, mais non, ouf, l'auteur n'est pas aussi sadique que cela, mdr). Si elle ne m'a pas "convaincu" c'est la longueur extrême de l'histoire qui m'a perdu. Le début est très intéressant, mais par la suite, la lecture a été laborieuse pour moi. Heureusement je suis tenace et passée ce premier conte, je me suis régalée ! Comme quoi, il ne faut jamais s'arrêter à la première impression. Comme il s'agit de contes (ou nouvelles) il n'y a pas de chapitres, ce qui aurait pu être pas mal vu la longueur de chacune d'entre elles, mais ce n'est que du détail. Revenons à ces histoires qui nous apprennent plus sur nous-même et les autres que n'importe quel conte et pourtant des morales nous en avons souvent. Ici nous avons le besoin d'être reconnu, l'envie d'être aimé, le fait de voir autrement, de chercher à comprendre la différence, à comprendre les liens formés par des forces supérieures. Nous suivons les traces de certains médecins qui ne peuvent s'empêcher de vouloir aider, des "sorciers" qui sont hantés par un regard, quelque chose de plus fort qu'un simple vœu. Les femmes ont de nombreux pouvoirs, celui d'être une femme bien entendu, de choisir de donner la vie ou non, de choisir leur amant, compagnon, de décider de leur sort.     Les univers ont un côté fantastique dans le sens où nous côtoyons des sirènes, des nymphes, des mages, des loups et même un adorable petit chat. Bien entendu, n'imaginez pas que tout est rose, même si cela aurait pu être un peu plus sombre. J'aime quand c'est un peu plus poussé dans la noirceur. L'auteur reste dans le côté romance des personnages sans pour autant les rendre niais (enfin il y en a bien un ou deux des personnages qui sont complètement plongés jusqu'au cou dans les bons sentiments, pour ne pas dire un peu plus). Ce que j'ai adoré, ce n'est pas la romance mise en lumière différemment, mais la façon dont chacun d'entre eux arrive à obtenir un petit quelque chose. Une envie particulière de connaître l'autre en lui parlant (OK, celui qui a regardé l'autre durant des années m'a fait flipper tout de même malgré les explications, un brin psychologique dans ce cas, pour ne froisser personne, mdr), en évitant de jeter de la poudre aux yeux. Beaucoup de faux-semblants pour rester en vie, pour obtenir un pacte, pour tenter de sauver un maximum de gens. Le concept de sacrifice est mis en avant dans certaines histoires et cela rend les personnages plus vulnérables à tout ce qui les entourent. Le fait d'avoir le pensées des uns et des autres à la suite (en italique) est un point de vue intéressant. Nous sommes spectateurs de ce qui se trame et nous comprenons que la communication est cruciale. Oui, mais voila, les personnages n'osent pas se parler, se poser les questions, ne s'écoutent pas et les drames arrivent, comme les engueulades. L'incompréhension est souvent dans les situations où aucun mot n'est sorti. C'est rageant de voir qu'un groupe d'individus n'arrivent pas à se libérer du poids des maux avec des mots qui pourraient totalement leur donner un semblant de paix.     La petite sirène, le tribut, l'homme-loup, le sang des nénuphars et le chat. 5 titres, 5 situations où nous avons des éléments perturbateurs, des idées reçues, des légendes, des personnages imbus d'eux-mêmes, protecteurs, possessifs, humains, humiliés, perdus et bien d'autres choses encore. J'ai adoré le tribut, avec cette double fin qui nous laisse le choix de comment en finir avec tout cela et avec le dévouement complet d'une femme pour son peuple et les générations futures. Personnellement, j'imaginais plus la première version que la seconde. Celle qui serait mise en première place serait celle du chat, où comment hériter d'une forme de punition excessive sans avoir eu les deux versions de l'histoire. Ensuite vint le sang des nénuphars où l'aveuglement des sentiments reste un problème monstre. L'homme-loup qui m'a un peu plus que dérouté où même le lien ne suffit pas vraiment à m'avoir fait comprendre cet état de fait pour ce Selene. et en dernier la petite sirène dont j'ai déjà parlé au début. Des personnages qui ne manquent pas de faire sourire, d'avoir envie de donner des coups de pieds dans les mesquineries d'un harem par exemple. Et puis les paysages décrits, ça j'ai adoré voyager à cheval aux côtés de braves qui  ne se rendent compte pas de la fourberie de certains, de voguer aux travers des flots proche d'une magnifique barrière de corail, voir la vie à la hauteur d'un animal de compagnie qui est bien dans son rôle de chat non pas de gouttière, mais de luxe. Les sorcières ne sont pas forcément celles qui portent ce nom, tout comme les princes qui n'existent pas, nous avons des protagonistes entrainants, faibles par moment, forts à d'autres. Forces et faiblesses, nous ne pouvons pas nier que l'auteur les a rendu humain, malgré leurs caractéristiques, leurs choix de vie, leurs idéaux.     La communication ! C'est le mot qui devrait être en gros dans ce livre pour chaque récit. Parfois il n'y en a pas, parfois il y en a trop entre les personnages. L’apprentissage d'une langue, les gestes, les contacts ne sont pas évidents, l'auteur les entraine dans des complications qui sont logiques en fonction de leur monde. L'apparence ne fait pas tout, le premier contact est important, la méfiance aussi, mais ne pas s'ouvrir aux autres, avoir des œillères, écouter uniquement les histoires sordides ne vont aider personne, au contraire. c'est en prenant le temps, la patience et l'envie d'écouter que des amitiés et plus peuvent découler et ça, les protagonistes vont devoir y faire face. Que ce soit parce qu'ils sont coincés d'une manière ou d'une autre, en fait en y réfléchissant, au moins un des personnage de chaque récit est coincé, dans une pièce, un état d'esprit, un corps, un bâtiment, peu importe, il y a toujours des barrières qui ne sont pas forcément que celles de l'esprit. Si les deux premières sont assez simples à retrouver, je dois admettre que les trois autres j'ai eu plus de mal à savoir. Un peu de bibliothèque et une bête pas si bête que cela ? Oui, vous en avez un autre, mais pour le reste, je ne sais pas, mais cela ne gâche rien. Je dirais même que si le sang des nénuphars pouvait être repris pour avoir plus de détails sur le monde de notre mage et celui de notre demoiselle, j'en serais ravie.     En conclusion ? J'ai passé un bon moment de lecture malgré la première histoire qui ne m'a pas emballé. Sur 5 récits, 3 ont été adoré et une un peu moins, c'est très bon, surtout pour quelqu'un comme moi qui s'attendait à de la noirceur (plus qu'il n'y a). Il était une fois ou plutôt 5 fois où les femmes retroussent leurs manches et s'accrochent à leurs idéaux (et pas forcément au fait que l'homme en face d'elle soit l'idéal de certaines). Les pensées de chaque personnage apportent du plus aux histoires, nous faisant rager quand ils ne disent rien et pourtant cela décoincerait beaucoup de situations. Ils vécurent heureux (ou pas) et eurent peut-être des enfants, mais le plus important n'est pas le final : seul le chemin pour y parvenir EST ce qui importe. Et puis, la communication (oui je m'acharne dessus) peut-être faite de multiples façons, à nous de nous faire comprendre d'une manière ou d'une autre.

 Extrait choisi :  

« Sa fourrure est incroyable ! Je n'ai jamais touché quelque chose d'aussi soyeux ! On dirait des cheveux ! Il a l'air d'apprécier !

Petit à petit, le chat noir ferma les yeux, en demandant toujours plus, se délectant de ce massage. Il décida qu'il ne pouvait s'en contenter. Posant une patte sur la cuisse de la belle, il leva la tête vers elle pour lui signifier son approbation. Elle émit un petit rire qui sonnait juste cette fois-ci.

— On dirait que tu m'acceptes enfin ! C'est un comble quand même ! C'est moi la plus timide d'habitude !

Ce n'est pas de la timidité ! Tu ne me traites pas comme un idiot ! Tu n'as pas pitié de moi ! Bahia ! »