La délicieuse imposture du chant des sirènes (Charlotte Léman)

La délicieuse imposture du chant des sirènes (Charlotte Léman)

Auteur : Charlotte Léman

Éditions : l'Archipel

Paru le : 16 juin 2022

281 pages

Thème : Feel good

disponible sur le site de l'éditeur

et sur Amazon

J'ai aimé :)

 Résumé 

  « Jeune trentenaire, Claire se laisse un peu trop bercer par les illusions. Un samedi matin, dans les rayons d'une librairie, elle choisit un roman à la hâte : 422 pages qui vont chahuter son quotidien, au point de questionner son couple.
Emportée par sa lecture, Claire décide de marcher dans les pas de son héroïne et de prendre le large. Loin de ses repères, elle part à la découverte des sentiers côtiers, espérant se retrouver elle-même.
Mais que faire lorsque le destin met sur sa route un marin pêcheur qui pourrait bien la faire chavirer ? Se laisser porter par le courant ou résister ?
Et s'il était temps d'arrêter de rêver sa vie pour commencer à la vivre ? »
   

 Ma chronique

Par le biais du site Babelio (que je remercie), j'ai eu l'opportunité de découvrir cet auteur (qui soi-dit en passant, j'ai déjà un autre de ses livres dans ma future mini-pal). Je remercie également la maison d'éditions qui me l'a fait parvenir. J'étais curieuse de découvrir cette plume qui apparemment fait "vendre" et je comprends tout à fait. L'écriture est fluide et parle de vérités qui ne sont pas toujours bonnes à entendre, mais qui doivent ressortir à un moment donné, surtout dans la vie d'un couple.     Claire est une jeune femme qui travaille de chez elle, traductrice elle n'a pas besoin de sortir pour discuter avec les gens, sauf pour un nouveau contrat. Sa vie avec Julien lui semble bien fade, la routine s'est installée. Cela fait un peu plus de 3 ans qu'ils sont ensemble et la passion a laissé place à un vide qu'elle ne contrôle pas. Elle a beau lancer des signes à son compagnon, rien n'y fait. Les cousinades tous les ans, les mêmes repas de famille au même moment, les sorties qui s'étiolent dans le temps, bref je passe les détails sur leur vie qu'elle trouve dorénavant trop plan-plan. Plus de surprises, plus de regards amoureux, entre les deux c'est devenu une routine qu'elle ne supporte plus. Elle tente malgré tout de lui proposer de changer certains projets de vacances, pas tous bien entendu, mais depuis qu'elle a lu une histoire, elle s'imagine telle l'héroïne partir en Italie, en Toscane et d'y vivre des jours heureux avec Julien. Sauf que lui ne veut pas chambouler ce qu'ils ont déjà. C'est décidé, elle va partir en Bretagne, seule, afin de se reposer et d'y voir plus clair. Quelques jours sans Julien, loin de tout pour se retrouver et revenir mieux. Sauf que l'indifférence n'est pas dans les données et Claire va passer un cap qu'elle n'aurait pas cru possible. Est-ce qu'elle peut revenir en arrière, ou au contraire avancer suite à cette faute ?     Autant j'ai adoré la première moitié du livre, autant la seconde moitié a été plus rude à terminer. Je ne parlerais pas de ce qui se passe en Bretagne, c'est assez sous-entendu et je ne m'attendais pas à la suite. Je vais être honnête, je pensais vraiment à un renouveau pour Claire, passant par-dessus ce qu'elle  a fait pour se retrouver et donc avancer sur un certain chemin. L'auteur a vu autrement, pas de soucis, ce qui m'a posé problème c'est la façon dont Claire se morfond, pleure, chouine durant des pages parce qu'elle s'est plantée en beauté. Une Claire qui n'admet pas son geste et qui, au lieu de se dire, OK, j'ai fais une faute, va tout reporter sur un ensemble (Julien qui n'est plus aussi amoureux, le temps, la boisson, cela est une phase pour sauver un couple, etc) La Claire qui se posait des questions sur son couple avant de partir et je peux tout à fait le comprendre, si de petites choses dérangent il faut être capable de communiquer, la Claire de retour de son voyage ne cesse de se plaindre de ce qui lui arrive. Justifier ce qu'elle a fait en utilisant des phrases toutes faites, cela m'a hérissé les poils sur les bras (et ce n'était pas de froid). Elle était pourtant en pleine possession de ses moyens, elle savait ce qu'elle faisait donc stop, à un moment donné il faut prendre le taureau par les cornes et avancer. Je suis passée par là, dans le sens où j'ai été dans la situation de l'un des deux protagonistes et ma réaction a bien été différente. Il est vrai que nul ne peut savoir comment réagir lorsque l'on se retrouve face à ce dilemme. C'est pour cela que je peux me permettre de dire ma réaction a bien été différente : pas de seconde chance accordée.     Concernant Julien, il aime son quotidien comme il est, même si le déclic se fait tardivement il n'a pas envie de changer ce qu'il aime. Communiquer ! Bon sang, c'est un véritable problème de couple, les hashtags et cie ont aussi leurs défauts de diviser pour ne pas mieux régner. Pour autant lorsque l'un tente de remettre un peu de piment et que l'autre non parce qu'il n'en voit pas l’intérêt et met la tête dans le sable... Bref, c'est du 50/50 dans cette histoire, jusqu'à la cassure qui va leur faire prendre conscience que le couple c'est deux pas un seul. Entre un Julien qui ne parle pas beaucoup et une Claire qui  rumine, nous sommes mal barré. Il est vrai qu'il faut des secrets dans un couple, pas besoin de tout se dire, mais là, pour le coup ces deux-là sont sur une mauvaise pente. Il a fallu un clash pour chercher à aller mieux. Ce qui me désole, c'est de n'avoir que le point de vue de Claire, j'aurais aimé suivre aussi les pensées de Julien dès le départ, car le peu que nous avons nous donne juste un côté bienveillant pour Julien qui ne voit pas le mal et Claire qui se pose énormément de questions sans bousculer son quotidien.     Quand j'indiquais que j'avais adoré la première partie, oui, Claire m'a énormément plus au début. Elle se pose des questions sur sa vie, d'une manière générale, tente de retrouver l'amour qui l'unissait à Julien au début de leur relation, se demande si elle ferait une bonne mère, aura-t-elle des enfants et la famille de son chéri n'en a-t-elle pas marre de les voir tout le temps, surtout que les cousines, sœurs sont enceintes ou ont des enfants et pas elle ? J'ai beaucoup aimé sa vision, de chercher à connaître son chemin, de comprendre que tout le monde est différent. Une femme peut avoir envie de travailler et d'avoir des enfants, ou un seul ou pas du tout, c'est sa vie, son choix, enfin le choix du couple aussi. Chaque couple ne fonctionne pas de la même manière. Se prendre la tête parce que l'on ne marche pas dans les pas de ses parents ? Non, non et non, il faut se laisser vivre, apprendre à se découvrir, connaître l'autre et avancer ensemble. Tant pis si c'est un chemin qui est différent, c'est le leur. Claire est un peu trop sur les réseaux sociaux, à vivre par procuration, à oublier que elle aussi voit autre chose que le soleil couchant sur une ile paradisiaque. La famille est importante également, les liens entre les parents, les enfants, les cousins, ces liens qui unissent des hommes et des femmes de la même "famille" rapportée ou non. Le fait de lire une histoire et d'avoir envie de marcher sur les traces, je pense que tout le monde l'a fait au moins une fois : avoir envie de découvrir le pays que l'on ne connait pas d'une autre manière.     Claire a un peu de mal à différencier ce qui se passe entre les pages d'un livre et ce qu'elle désire, se perdant un peu. Ce voyage en Bretagne va lui apporter des moments de calme, de doutes, de simplicité. Parler avec les gens, les voisins, comprendre que parfois l'habit ne fait pas le moine (et oui, toutes les petites vieilles de Bretagne ne sont pas des sorcières même si les cheveux détachés gris et le fait de ne pas répondre ne signifie pas forcément que cette personne ne veut pas vous parler. Il y a peut-être quelque chose à connaître, mais ce n'est pas évident à savoir ^^) J'ai adoré la façon dont Claire se sent lorsqu'elle comprend le pourquoi : elle se sent mal et c'est amusant. Cette relation apporte à l'une comme à l'autre un petit quelque chose que j'aurais aimé voir un peu plus encore : une grand-mère qui n'est pas si folle que certains peuvent penser et apporter sa connaissance et une jeune femme qui a besoin d'être écoutée par une sage. Alors, oui, elle s'est perdue en chemin, ce qui devait arriver, arriva, mais pour autant c'était en connaissance de cause. Ce n'est pas comme si elle ne l'avait pas vu venir et son retour précipité sur Paris et la suite m'a laissé de marbre.     J'ai adoré la façon dont l'auteur nous montre les décors de la Bretagne, la façon dont vivent les gens. Dans un petit village tout le monde se connait et il n'est pas rare lorsque le coin est touristique d'avoir des échanges avec les petits commerces (je le sais car j'y ai vécu de nombreuses années avec mes parents). Beaucoup de plaisir à retrouver ces petits coins de paradis, avec les ragots qui restent bienveillants, les échanges simples et efficaces, les balades en vélo (qui aident vachement pour se remettre au sport), les coins que l'on ne voit pas sur Paris (des champs à perte de vue, la mer et ses bateaux qui ne ressemblent pas forcément à des paquebots de luxe, mais qui tiennent la route. Ce petit break est une véritable bouffée d'oxygène pour Claire et un véritable plaisir à lire pour le lecteur. La simplicité, il n'y a que cela de vrai. Tout arrive en suivant la logique, plus de prise de tête, plus de planning à respecter, une vie plus simple. Certes Claire pense à Julien, mais c'est aussi le moyen de se désintoxiquer des réseaux sociaux et par conséquent du téléphone. Ce changement de lieux lui a fait du bien, peut-être un peu trop... Mais qu'importe, elle avait besoin de cette parenthèse pour y voir plus clair. Et les lieux s'y prêtent volontiers. Son questionnement ne s'arrêtent pas là bien entendu, car elle se dis qu'elle a loupé sa vie, que Julien est peut-être le mauvais, ou le bon. Peu importe, Claire ne compte pas rester en Bretagne, ce moment de paradis devient vite un enfer.     Les réflexions, je pense que nous nous les sommes posées au moins une fois dans notre vie (et je n'ai plus 20 ans depuis 20 ans déjà xD), la manière de les amener avec cette faute m'a posé problème, mais elles sont bien réelles et existent. La société dans laquelle nous vivons ne devrait pas nous imposer sa loi. J'ai passé l'âge de me comparer aux autres, de regarder non cela je le fais encore sans plus, mais de jalouser ? Jamais ! Cela n'apporte rien de bon et imaginer vivre la vie de quelqu'un d'autre ? Pour quoi faire ? Ce n'est pas le cas de Claire, comme de beaucoup d'autres Claire dans la vie courante et cela risque de les perdre comme dans cette histoire qui finit bien (Je ne dirais pas comment, avec qui pourquoi, il faudra le lire bien entendu !) J'ai adoré la meilleure amie qui semble trouver enfin chaussure à son pied. Amandine a les mots pour bousculer Claire, lui faire comprendre qu'elle ne peut pas oublier, mais pour autant qu'elle doit arrêter de se morfondre. Tout comme Caroline, la grande sœur de notre héroïne ou leur mère qui prend conscience de son mal-être.     En conclusion, un livre en demi-teinte. La première moitié que j'ai adoré pour toutes les qualités que j'ai pu évoquer dans ma chronique et la deuxième moitié qui m'a laissé de marbre. Les choix de l'auteur ne m'ont pas convaincu certes, mais c'est vraiment la façon dont Claire ne cesse de se plaindre après sa faute qui m'a ennuyé. Je n'aurai pas mis ce livre en feel-good, car j'avais cru que cela devait être léger. Pour le coup les questions sont très intéressantes, la manière d’arriver à une conclusion est travaillé et la plume de l'auteur légère. L'acte accomplit par Claire m'avait laissé un chemin autre que celui choisit par l'auteur, mais pourquoi pas. Il s'agit plus d'un livre sur la reconstruction d'un couple suite à une épreuve qui pourrait mettre à mal bien d'autres personnes. (La routine, la recherche de qui nous sommes, les réseaux sociaux et les autres d'une manière générale) J'ai beaucoup apprécié ce qu'il y avait autour de Julien et Claire, je pense à la famille de sang ou non essentiellement, les voyages, la retraite. J'ai adoré les premières nuits de Claire dans sa location, mais ce qui arrive au couple n'a malheureusement pas vraiment fonctionné avec moi. L'introspection a été de trop. Je sais qu'il plaira à bon nombre de lecteurs qui recherche justement ce type de lecture.    

 Extrait choisi :  

« Je suis réveillée par un bruit, je tends l'oreille, concentrée. Soupir de soulagement, j'ai probablement rêvé. Non, on dirait des pas dans le grenier. Je me redresse d'un bon à l'idée que quelqu'un est dans la maison et allume la lampe de chevet. La lumière fera peut-être fuir l'intrus. D'un côté, s'il est dans le grenier, la probabilité qu'il la voie est mince. Aussi mince que mon courage cette nuit dans cette demeure que je ne connais pas. Qu'est-ce qui m'a pris de venir m'isoler ici ? Comment ai-je pu oublier que jusqu'à l'âge de douze ans - plutôt dix-huit - je regardais tous les soirs sous mon lit avant de me coucher ? En plus, vu mon état de fatigue, je n'ai même pas eu la présence d'esprit de le faire ce soir. J'ai à présent l'impression que quelqu'un gratte au-dessus de ma tête. Je retiens ma respiration de peur qu'il m'entende. Si j'avais eu mon téléphone, j'aurais pu appeler le 177 : "Envoyez vite une voiture, quelqu'un essaie d'entrer par effraction dans ma chambre en creusant un tunnel depuis le grenier ". Ce qui n'a aucun sens lorsqu'on y pense, l'intrus aurait plus vite fait de passer par la porte. »

La délicieuse imposture du chant des sirènes (Charlotte Léman)


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