Derniers jours d'un monde oublié

Derniers jours d'un monde oublié
Derniers jours d'un monde oublié
Plus de 3 siècles après la Grande Nuit, Sheltel, l'île du centre du monde, se croit seule rescapée de la catastrophe. Mais un jour, la Main, sorcière chargée de donner la vie et de la reprendre, aperçoit un navire à l'horizon. Il est commandé par une pirate impitoyable, bien surprise de trouver une île au beau milieu du Désert Mouillé. Si la Main voit en ces étrangers une menace pour ses secrets, Arthur Pozar, commerçant sans scrupules, considère les intrus comme des clients potentiels, susceptibles d'augmenter encore, si possible, son immense fortune. C'est une nouvelle ère qui s'ouvre. Qu'elle les mène à la gloire ou à la ruine, la sorcière, la pirate et le vieux marchand en seront les instigateurs, bien malgré eux.
Derniers jours d'un monde oublié
Pourquoi ce livre ? Repéré quasiment dès sa sortie, je n'avais pourtant pas capté que c'était le texte ayant remporté le concours des 20 ans de Folio ! Bref, le roman n'a pas tardé à rejoindre ma wishlist et j'ai été plus que surprise en la recevant dans ma Kube en début d'année.
Derniers jours d'un monde oublié réunit trois personnages au tempérament fort pour un récit de compte à rebours. Une sorcière au don effrayant, un marchand avide et une pirate qui ne cesse de fuir, voilà la sainte trinité qui nous est permise de découvrir ici. J'ai bien aimé le décompte en jours. Déjà il situe les jours qui passent et c'est parfait pour percevoir à quelle vitesse les évènements se dégradent, aussi parce que c'est un artifice idéal pour faire monter le suspens et faire jouer la tension et le nerfs. Ainsi je me suis régalée en me laissant prendre au jeu. D'ailleurs la fin est également une bonne surprise. Tout le monde ne gagne pas, c'est même quasiment l'inverse, mais le sentiment de liberté qui gagne la plupart des habitants de Sheltel, cette île au milieu de l'océan, est tellement bien dépeint que la liesse a fini par me prendre aux tripes.
Cela dit, avant cette étape de joie, on passe par pas mal de scènes de violence. Ce n'est pas dans tous le roman, c'est assez dilué dans l'intrigue et l'autrice nous épargne quelques détails sordides inutiles, ça reste tout de même assez cru, ce qui rend l'univers plus mature que ne le laisserait penser la quatrième de couverture. Autre particularité, chaque jour est découpé en plusieurs parties dans lesquelles s'illustrent le plus souvent les trois personnages. Pour être plus claire, au jour un, nous avons eu un passage avec la Main, un passage avec le marchand, un autre avec la pirate - et pas forcément dans cet ordre-là. Le roman a donc énormément de coupes, ce qui permet le fameux "le chapitre est court, encore un. Et encore un. Un petit dernier pour la route ?" jusqu'à finalement gober tout le bouquin sans se rendre compte du temps qui passe. Traduction : ça donne un tel rythme, couplé au décompte, que c'est difficile de lâcher le roman.
Ce récit est également l'occasion d'effleurer beaucoup de thèmes. Le besoin de liberté, la régulation de la population et les ressources toujours plus rares. Derrière ce récit se cache les maux de notre société, sans pour autant que ce soit une critique ouverte.
Si je devais extrapoler un peu les personnages, je verrai en la Main, cette sorcière, la représentation des cultes et des religions, même si la foi n'est pas vraiment à l'honneur de son office, étant donné sa fonction sur l'île. Arthur Ponzac, le marchand, serait l'incarnation de l'argent et des magouilles politiques, sans forcément pencher vers la corruption. Quant à Erika, sa soif de liberté l'assimilerait à une Marianne des naufragés, du peuple, ce besoin d'échapper aux tortionnaires, peu importe quelle figure on place derrière ce mot. J'ai trouvé cela intéressant, d'autant plus que ça m'a permis de rendre plus profond le croisement de ses trois destins. Et je confesse sans honte que c'est le passage où ils sont tous les trois réunis que j'ai préféré ! Ma seule déception va à l'encontre de Judith, la capitaine du vaisseau pirate, un peu trop discrète à mon goût. On la visualise surtout par les yeux d'Erika, mais j'aurais voulu voir le comportement de Judith sans intermédiaire, pour me rendre compte de sa cruauté par moi-même et pour ajouter plus de sel à l'intrigue.
Quand j'avais commandé mon livre mensuel à l'abonnement Kube, j'avais uniquement précisé un roman de fantasy mature avec une plume poétique. Le contrat est rempli au niveau de l'intrigue et de sa maturité, étant donné la tournure politique et la violence. C'est un peu moins ça au niveau de la forme. J'ai pourtant adoré la plume. Elle est efficace et légère, avec de jolies tournures. De plus le style s'adapte à chacun des personnages, à l'exception de la capitaine pirate dont le vocabulaire manque peut-être d'épines. Mais je reste déçue quant à la poésie, qui n'est franchement pas de mise. Ce n'est pas très grave, l'intérêt de l'intrigue n'était pas là et j'ai tout de même passé un excellent moment de lecture.
Derniers jours d'un monde oublié
Une bonne découverte. Je n'ai pas eu le sentiment d'être plongée dans un premier roman. L'intrigue est bien ficelée, s'installe progressivement avant l'implosion politique et la récolte. C'est bien ficelé, avec des personnages profonds comportant plusieurs strates de lecture. Je regrette simplement que le caractère de la capitaine pirate ne soit pas plus cruel, c'est bien là l'unique reproche à formuler. Une très bonne découverte, et je signerai direct pour d'autres productions de l'autrice.
Derniers jours d'un monde oublié
16/20
Derniers jours d'un monde oublié

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