Shadow life : ombres (et lumieres) chez ankama

SHADOW LIFE : OMBRES (ET LUMIERES) CHEZ ANKAMA
Le veuvage n'est pas forcément synonyme de résignation. Prenez l'exemple de Kamiko Saito. Placée dans une maison de retraite exigeante par ses filles, elle décide de partir sans avertir personne, et de louer un appartement dans lequel vivre selon ses désirs, son rythme, son bon plaisir. La liberté n'a pas de prix, d'autant plus quand vous savez que les jours qui vous restent à vivre ne peuvent en aucune mesure se comparer en nombre avec ceux que vous avez vécu. Le quotidien de Kamiko n'est pas des plus aisés. Elle a du faire don d'un rein à une de ses filles, sa santé (sa raison?) vacille, et elle a perdu son mari dans un tragique accident de la route. Ce dernier a fait une crise cardiaque au volant, le véhicule s'est abimé dans un lac, et si Kamiko a pu sortir de l'eau à temps, l'homme s'est noyé. Ces temps derniers, la (désormais) vieille dame est de surcroit suivie par des ombres furtives, mystérieuses. Une présence éthérée mais inquiétante, qui ne la lâche pas. Serait-ce la mort qui vient réclamer son tribut, et rode autour d'elle toute la journée? Cela pourrait expliquer ses visions, celles des êtres défunts, lorsqu'elle se rend au cimetière? Toujours est-il que Kamiko finit par aller trouver une marchande d'aspirateurs, pour acquérir un de ces engins bien pratiques, en tirant un peu sur le prix. Et elle s'en sert d'une manière bien originale, puisqu'elle parvient à y emprisonner la manifestation ectoplasmique qui était venue la "réclamer", qu'elle maîtrise ensuite en la piégeant avec du sel, selon une vieille tradition. Imaginez donc avoir votre fin dans un aspirateur, qui tente de sortir et de s'emparer de votre corps, et de lutter alors aussi bien métaphoriquement, que spirituellement, pour le droit à finir votre existence en paix, selon vos envies.
SHADOW LIFE : OMBRES (ET LUMIERES) CHEZ ANKAMA
Outre la mort, inéluctable, mais momentanément hors-jeu, il y a la descendance. Certes les filles de Kamiko sont animées de bonnes intentions, mais la mère n'a pas attendu sa progéniture pour exister. Elle a eu une vie riche et mouvementée, on découvre ainsi sa relation pré-mariage, très importante, avec une autre femme, avec qui est venue l'heure de se réconcilier. Le physique aussi est un vrai problème, entre petits accidents aux conséquences lourdes, comme la fracture d'un membre, et d'étranges tâches noires, sortes de mélanomes foudroyants, qui la poussent vers l'hôpital, dont souvent on ne sort plus, passé un certain âge. 368 pages durant Kamiko s'accroche à la vie. C'est truculent, triste, émouvant, et drôle, tout cela en même temps. D'ailleurs, lorsqu'elle se met à rire un peu trop fort, la voici frappée d'incontinence. Tout un symbole, d'un extrême à l'autre, de l'insouciance au rappel de la chair caduque, avec une mémoire qui flanche, des médicaments à prendre chaque jour, entre oublis et tours pendards joués par des forces occultes. C'est un portrait de femme forte, qui ne renonce pas, qui entend vivre comme elle le souhaite, jusqu'à son dernier souffle, sans rien renier de son identité, sexuelle, ou même simplement corporelle (on la voit nue à plusieurs reprises). Le grand âge est parfois pudiquement appelé "la fin de vie", mais pour Kamiko, la fin est une décision à prendre, c'est acter une forme de résignation, ce à quoi elle n'est absolument pas prête. Hiromi Goto, scénariste canadienne d'origine japonaise, a l'habitude d'écrire sur ce sujet, de brosser le portrait de celles qu'on invisibilise et qu'on considère au mieux comme une présence encombrante. Elle y met de la sensibilité, et beaucoup d'inventivité, dans la manière de mélanger réalisme trivial et grands élans poétiques ou symboliques. Cet album est bien plus proche du manga que du comicbook dont nous parlons si souvent. Si les cinquante premières pages ont cet aspect un peu classique, voire monotone, c'est en fait parce qu'il faut un peu de patience, et apprivoiser le quotidien de ces pages, pour entrer pleinement dans ce qui va alors devenir un récit très touchant, fort intelligent, une des grandes belles surprises de ce début 2022 éditorial. Avec en prime le dessin épuré de Ann Xu, dont la simplicité et l'immédiateté permet de saisir sur le visage des personnages ces émotions fugaces ou cette résilience naturelle, qui tout à coup illumine une scène, une tranche de vie, pour en faire quelque chose d'autre, qui tend vers l'universel, voire l'immortalité. Une œuvre inspirée publiée chez Ankama, à qui nous souhaitons vraiment de trouver son juste public. SHADOW LIFE : OMBRES (ET LUMIERES) CHEZ ANKAMA

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