Lorsque le dernier arbre de Michael Christie

Lorsque le dernier arbre de Michael ChristieLorsque le dernier arbre, Michael Christie, traduit de l’anglais (Canada) par Sarah Gurcel, Albin Michel, août 2021, 589 pages.

Quel roman ! Quel souffle !

La construction d’abord. Formidable. Nous débutons le roman en 2038 (dans un monde poussiéreux où les arbres n’existent plus guère). Et ensuite, nous remontons le temps jusqu’en 1908 (à la naissance de l’histoire de la famille Greenwood) pour revenir peu à peu en 2038. Ce roman est construit comme les cernes de l’arbre, une fois qu’on arrive au centre, on n’a plus qu’à revenir vers le cambium. Et de la même façon que l’apparence du cerne témoigne d’une sécheresse, de trop d’humidité ou d’un incendie, les personnages sont des témoins de la grande Histoire. Au fur et à mesure de la lecture, ce qui était semé dans les premiers chapitres prend toute sa valeur. J’ai même pris plaisir à y revenir pour donner un éclairage à ce que je lisais.

C’est un roman qu’on avale à grandes goulées et qu’on pose à regret. Les personnages, même les moins sympathiques, même les plus secondaires, ont une profondeur, une densité telle qu’on ne peut les juger tout mauvais ou tout bons, ils sont des êtres humains dans toute leur complexité.

Les membres de cette famille sont tous liés aux arbres d’une manière ou d’une autre, qu’ils les détruisent ou les protègent, ils entretiennent avec les rois de la nature une relation étroite, fraternelle. Et l’on sait que les frères ne sont pas toujours les meilleurs amis du monde…

La narration. Incroyable. Les événements s’enchainent de telle manière qu’ils finissent par s’imbriquer les uns dans les autres avec une aisance élégante. L’écriture est à la fois fluide et intelligente.

Je partage assez cette vision de Willow Greenwood :

« La « lignée familiale » n’est de toute façon qu’un concept de propagande capitaliste et colonialiste destiné à confisquer le pouvoir au profit d’une petit nombre. »

Et quelques lignes plus loin :

« Non, son fils n’est pas qu’à elle. Il descend de bien des lignées. Ou, plus exactement, il descend de la grande, l’unique lignée : il est né de la Terre et du cosmos et de toutes les merveilles vertes à qui nous devons la vie. »

Magnifique comparaison :

« Même lorsque vous avez coupé et posé une pièce de bois, elle continuera à vivre après votre intervention : elle absorbera l’humidité et se tordra, se courbera, se déformera indépendamment de votre volonté. Il en va de même de nos vies. »

Et cerise sur le gâteau, l’auteur s’amuse avec la notion de saga familiale, au bénéfice de la sacro-sainte poésie, celle qu’Harris, aveugle, aura plaisir à entendre tout au long de sa vie par la voix de l’être qu’il aura le plus aimé sur terre.

« Si Harris aime tant la poésie, c’est pour cette façon qu’elle a de « prendre » dans sa tête comme du ciment, contrairement aux éphémères feux d’artifice des romans qui tissent d’interminables histoires sur des familles et des gens qu’il ne connaîtra jamais. »

 Ce roman époustouflant n’est pas un feu de paille, ni un feu d’artifice, ni même un feu de bois, il est, comme les arbres qu’il décrit, un texte qui plonge dans nos racines les plus profondes et qui établit de multiples ramifications dans nos vies. Jacinda, c’est elle, c’est vous, c’est moi, c’est nous, c’est l’illustration qu’on ne se construit pas sur rien, qu’on a tous besoin de connaître nos origines.

Pour conclure, c’est un vrai beau coup de cœur mais je ne suis guère originale, c’est un avis quasi unanime. Depuis cette lecture intense, les livres me tombent littéralement des mains. C’est une catastrophe.

Merci aux éditions Albin Michel pour l’envoi de ce livre.


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