Feu

Feu

Sélectionné pour les prix Goncourt, Renaudot, de Flore ainsi que le Prix littéraire Maison Rouge

En deux mots
Laure donne rendez-vous à Clément pour lui proposer de participer au colloque qu’elle organise. Entre l’universitaire et le banquier, c’est une sorte de coup de foudre. Mais la mère de famille et le célibataire endurci ne se doutent pas vers quelle voie leur adultère les mènent.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Liaisons dangereuses d’aujourd’hui

Dans Feu, son sixième roman, Maria Pourchet met aux prises une universitaire et un banquier, devenus amants presque par hasard. Sur les pas de Laure et Clément, la romancière démontre aussi la complexité des rapports amoureux.

Tout commence par une rencontre dans un restaurant parisien. Laure, maître de conférences, est chargée d’organiser un colloque à Cerisy et décide d’y faire intervenir un banquier sur le thème de la peur en Europe (tout un programme!). Entre la sole de l’homme d’affaires et le tartare de l’universitaire l’accord est conclu.
Laure peut retourner à son cours et Clément à sa tour de la Défense où l’attend une réunion de crise qu’il n’a pas vu venir.
Une surprise attend aussi Laure, convoquée chez la proviseure du lycée de sa fille Véra. Cette dernière, qui se veut émancipée, a entrainé ses collègues à quitter les cours à chaque fois qu’un prof faisait référence à un homme sans mentionner de femme. La belle pagaille qu’elle a ainsi créée n’est pourtant qu’un aperçu de ses talents de fille rebelle, comme on le verra par la suite.
Mais Véra pourra compter sur la mansuétude de sa mère, car elle est obnubilée par Clément et a hâte de le revoir: «Bonjour Clément, c’est Laure de Paris 13, je regrette d’avoir dû vous quitter si vite, auriez-vous encore un moment.»
Clément, qui a organisé sa vie autour de son chien baptisé Papa, la course à pied et la banque, hésite à s’engager: «Si je réponds, il se passera quelque chose dont quelqu’un sera la victime. Si je ne réponds pas, il se passera comme d’habitude. Papa, tourniquet, comité de crise, pas de crise, Tinder, tourniquet, gel, parking, Papa, foutre, sommeil de brute, foutre froid, croquettes, France Inter, debout Clément, Reebok, galop, parking, gel, comité, comité ras la gueule jusqu’à ce qu’août s’ensuive avec avion, Hilton, bout du monde, putes, rentrée, hiver court, lumière courte, objectifs courts, évaluation, bonus. Alors un bonjour Clément c’est Laure de Paris 13, c’est peut-être une respiration à la surface, Joie.»
Finalement Clément va céder.
Cette aventure extraconjugale est pour Laure, maintenant que son mari Anton ne la touche plus guère, l’occasion de pimenter une existence bien terne. Dans le style efficace, teinté d’ironie de Maria Pourchet, cela donne ça: «Tu visitas une maison à Ville-d’Avray qui fut bientôt la vôtre, à vingt minutes de la Défense (…) La même année, Anton acquit les murs de son cabinet de médecine généraliste, élevant au maximum votre taux d’endettement. Tu connus alors la rassurante limite de l’impossibilité de faire plus, de faire mieux. Qui dit maison, dit plein air, dit lampions d’avril à octobre et chaises longues chez Leroy-Merlin. Tu fis plus tard l’acquisition d’un hamac, sans jamais trouver deux troncs assez proches pour l’y attacher. Tu lus ton nom sur la liste électorale de ta commune, tu vis à peine passer une grossesse à Ville-d’Avray en vraie robe de maternité et pas comme la première, en jogging. Tu vis Anna, l’enfant tranquille pousser sans rien demander, tu connus les amitiés faciles, le quartier, le vin de Loire davantage que le tabac à rouler, les grasses matinées et les activités propres aux dimanches. Véra installa finalement le hamac dans sa chambre. Tu ne cultivas pas vraiment de potager, tu avais trop souvent mal au dos. Tu connus le repos qui appelle le tumulte. D’abord de manière sourde, puis à cor et à cri.»
Seulement voilà, ce «tumulte», c’est passer d’une chambre d’hôtel standard à une rencontre à la va-vite durant les vacances. Bien davantage un adultère sordide qu’une nouvelle vie, heureuse et épanouie. Des mensonges qui s’accumulent, la peur de s’engager pour ne pas souffrir, le poids de leurs mères respectives – modèle ou repoussoir – déjà lourds d’une expérience qui les empêche d’Avancer (pour reprendre le titre du premier roman de Maria), emprisonnés dans leurs contradictions qui sont fort habilement renforcées par l’utilisation du «je» pour Clément et de la seconde personne du singulier pour Laure. À tour de rôle, ils prennent la parole pour dire leurs espoirs et leurs doutes et nous livrer une brillante démonstration de la complexité des rapports amoureux. C’est aussi cinglant, corrosif et bien rythmé que Les Impatients, son précédent roman. Mais la trentenaire d’alors a vieilli de dix ans et la romancière s’est encore aguerrie. La Passion simple, comme le disait Annie Ernaux, n’existe plus. Diktats et injonctions contradictoires, moment de lucidité et de vagues à l’âme, solitude grandissante : oui, la peur en Europe est un sujet brûlant.

Feu
Maria Pourchet
Éditions Fayard
Roman
360 p., 00 €
EAN 9782213720784
Paru le 18/08/2021

Où?
Le roman est situé en France, principalement à Paris et en région parisienne, à Nanterre et Courbevoie, à Cergy ou Maisons-Alfort et Ville d’Avray. On y part en voyage en Italie, du côté de Florence et Sienne. On y évoque aussi Cerisy et Toul-Bihan en Bretagne.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle, mariée, mère, prof. Trop sérieuse? Lui, célibataire, joggeur, banquier. Mais qui parle à son chien. Entre eux, une passion sublime, mais qui ne pouvait que mal finir.
Laure, prof d’université, est mariée, mère de deux filles et propriétaire d’un pavillon. À 40 ans, il lui semble être la somme, non pas de ses désirs, mais de l’effort et du compromis.
Clément, célibataire, 50 ans, s’ennuie dans la finance, au sommet d’une tour vitrée, lassé de la vue qu’elle offre autant que de YouPorn.
Laure envie, quand elle devrait s’en inquiéter, l’incandescence et la rage militante qui habitent sa fille aînée, Véra.
Clément n’envie personne, sinon son chien.
De la vie, elle attend la surprise. Il attend qu’elle finisse.
Ils vont être l’un pour l’autre un choc nécessaire.
Saisis par la passion et ses menaces, ils tentent de se débarrasser l’un de l’autre en assouvissant le désir… Convaincus qu’il se dompte.
Dans une langue nerveuse et acérée, Maria Pourchet nous offre un roman vif, puissant et drôle sur l’amour, cette affaire effroyablement plus sérieuse et plus dangereuse qu’on ne le croit.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Goodbook.fr
Quotidien (le conseil de lecture de la brigade)
France Bleu
Bulles de culture
Blog Kimamori
Blog Trouble bibliomane (Marie Juvin)
Blog Fflo la dilettante


Intervention de Maria Pourchet pour son roman « Feu » lors de la présentation de la rentrée littéraire 2021 à la Maison de la poésie. © Production Éditions Fayard

Les premières pages du livre
« Tu t’étonnes de ces mains de fille nouées par erreur au corps d’un homme. Doigts frêles, attaches poncées, phalanges adoucies, et sous la peau trop fine pour en masquer la couleur, les veines sont enflées. La droite s’agitant au-dessus des olives et du pain, tu vois remuer un muscle vulnérable, d’enfant, qui bientôt tremble quand il soulève la carafe. Tout ceci est très fragile et pourrait se briser dans un geste un peu vif. Tu penses qu’il serait incapable de t’étrangler. Tu notes les ongles limés court, l’annulaire sans alliance ni trace de, les extrémités blanches, exsangues, et presque mauves. Chez lui le retour du sang au cœur se fait mal et par à-coups. Entre la malléole et le drap sombre du costume, tranchent deux centimètres de coton épais, immaculé. Tu supposes une chemise étroite lavée une fois, portée deux. Maximum.
Tu voudrais soudain voir le reste sous la laine froide.
Alors regarde ailleurs, s’affole ta mère dans la tombe, depuis les femmes correctes et aliénées.
Tu devines une chair présente mais terminée, attendrie par autre chose que l’amour, mais quoi. Les coups, le confort ou l’alcool, ça dépend des mœurs. Ton regard parvient à se hisser plus haut, allant de sa main à son coude, puis de son col à ses lèvres. De la tristesse tatouée à la verticale sur sa bouche, tu cherches malgré toi l’origine. Une fille, un mort ou la fatigue d’être soi, ça dépend des vies. Pour la peau brunie des tempes et des arêtes, tu l’imagines courir comme tout le monde sur les rives de Seine. Pour le crâne rasé à fleur d’os, tu cherches encore.
Demande-lui, suggère la mère de ta mère du paradis des femmes de somme, franches du collier.
Demander qui, quelle douleur, quel impact vous ont fait cette viande émue, cette gueule comme le reflet brisé d’un visage antérieur, ces mains pessimistes, c’est délicat. Tu ne le connais pas. Tu es censée rencontrer en lui un intervenant pour un colloque d’histoire contemporaine, pas un paysage, tu dois obtenir sa participation. Pas son histoire.
Sa voix qui semble apprise quelque part où l’on apprend à attaquer les consonnes, à conquérir des publics en salle, n’a rien à voir avec le reste. Il répète une phrase que tu n’écoutais pas, il va penser qu’il t’ennuie alors qu’il t’embarque. Il demande pourquoi lui. Pourquoi un banquier pour intervenir lors d’un sommet de sciences humaines, pourquoi parmi les chercheurs, les linguistes et les auteurs, inviter l’engeance qu’il sait représenter.
Tu dis pour le contraste. Il dit qu’il est ton homme. Personne mieux que lui n’excelle à n’être pas à sa place.
Puis il se tait, semble une seconde ailleurs, son visage en amande s’offrant sans vigilance à l’attention. À nouveau, tu peux voir remonter du fond quelque chose de faible et d’abîmé, comme un morceau d’épave. Tu voudrais savoir quel bateau. Tu le trouves beau alors qu’en arrivant, il était vide, les traits modestes.
Ferme la bouche et travaille, s’énerve ta mère depuis la fosse aux impayées, aux femmes utiles et rigoureuses.
Tu chausses ta paire de lunettes sans correction, pur accessoire à verres blancs utile à masquer, selon les circonstances, tes cernes ou le songe qui te traverse. Tu dis merci. Merci à la chaîne de recommandations dont la source s’est perdue mais qui t’a menée jusqu’à lui, après différentes bouteilles à la mer, messageries saturées ou refus catégoriques. Curieusement une prestation gratuite au cours d’un colloque non médiatisé dans une université sans prestige n’excite plus grand monde.
Ironise c’est mieux, valide maman sous son granit, au moins on sait pourquoi on t’a payé des études.
Et puis tu lui sais gré de cette heure à midi dès lors que vous pouviez administrer ce rendez-vous préalable par téléphone.
Le garçon de salle demande si vous avez choisi et toujours pas.
Ton commensal remercie lui le hasard et personne d’autre. Quant à téléphoner, le moins possible. Depuis que voir les gens entraîne quantité de risques sanitaires, il en abuse, multipliant ainsi ses chances que lui arrive enfin quelque chose. Il le dit comme ça. Tu penses aujourd’hui le risque c’est moi et comme ça t’irrite, que ça t’intéresse, tu t’empresses d’être chiante, de détailler l’enjeu de ces rencontres disciplinaires, deux jours à Cerisy en décembre pour qualifier l’époque, la nôtre, celle qu’on n’appelle pas encore ou qu’on appelle la crise, mais tu n’as pas le temps de finir que déjà il balance, l’époque est un scandale.
Des enfants dit-il naissent à l’instant avec 40 000 euros de dette par tête puisque leurs grands-parents ont financé leurs vies de merde à crédit. Un pavillon, une Peugeot, deux, un téléviseur par chambre, les porte-avions, l’armée française en Afghanistan et désormais le pompon, la vie éternelle. Le scandale c’est la facture, l’époque est une facture mais peu importe le nom qu’on lui donne, nos enfants ne voudront pas rembourser, ils débrancheront pour en finir les respirateurs dans les hôpitaux. Alors il n’y aura plus d’époque mais la guerre, voulez-vous que l’on commande un truc à boire, un apéritif.
Tu demandes s’il en a, des enfants.
Il répond un chien, un seul.
Arrête ça, Laure, se fatigue ta mère qui sous la terre voit tout, contempler ce con comme s’il s’agissait de le peindre et regarde les choses comme elles sont.
Dans un restaurant crâneur, conçu comme une serre, progressent des clématites vers un plafond vitré. Un homme blanc dans un costume a priori Lanvin te raconte le désastre en mangeant, s’écoutant prédire la violence des combats qui l’épargneront. Tu portes du bleu marine car il s’agit cette année du nouveau noir, il en porte lui depuis toujours. Voilà t’es contente.
Le serveur demande si vous avez choisi et cette fois il insiste.
Tu cherches le menu, il est devant toi. Un grand miroir piqué où sont tracés au feutre, les entrées, les plats et les fromages. Reflétés entre la sole à 38 euros et les champignons crus, tu surprends ton brushing d’avant-hier, ta main laissée en coquille sur ton oreille, tes pupilles légèrement dilatées, ton sourire de Joconde dont l’étude te surprend. Il commande la sole, toi le tartare.
En mastiquant du pain, tu parviens à mater ton rictus incorrect. Tu remarques à voix haute la ridicule brièveté de la carte, la nullité des portions sur les tables. Évidemment dès lors que l’abondance est un rêve de pauvres, qu’avoir le choix n’est profitable qu’à ceux qui n’ont pas de goût. En attendant, 20 grammes de poisson décongelé à 40 euros, si l’époque est un scandale, en effet c’est ici. Tu parles exprès la bouche pleine, depuis les acharnés, ceux qui comptent vraiment et pas en dollars. Qu’on en finisse.
Il recule sa chaise, machinal, densifiant l’écart que tu suggères entre vous, ça t’apprendra. Il reprend, parle comme toi tu manges, sans respirer. Ce matin dit-il les marchés ont parié à la baisse sur toutes les valeurs, un signal connu pour précéder le pire. À quelle échéance et sous quelle forme, on l’ignore évidemment, on attend, d’où cet intenable suspense qui fait de toutes les époques un délai. Il pourrait tout aussi bien déclarer le contraire, ce serait tout aussi vrai, et tout aussi vain. Car il n’y a plus d’époque, mais des versions, des récits. Et de conclure qu’il est prêt pour ton machin universitaire. Le scandale, la facture, le délai, les versions, quatre parties c’est bien, Laure qu’en pensez-vous.
Tu penses poncifs, slogans. Tu penses qu’entre un restaurant et un colloque il existe cet écart qu’on appelle la réflexion, mais tu dis formidable. Tu voudrais à ton tour faire rebondir sur la table des formules géniales et bâclées mais rien ne se forme dans ton esprit, qu’un dessin. Si tu devais peindre cet homme ce serait à l’huile sur bois, à la manière des florentins quand on voit sur les visages martyrs se livrer en dedans le combat de l’ange et de la chair. Ce serait comme ça.
N’importe quoi, s’impatiente ta mère fantôme. Comme si tu savais tenir un pinceau, faire quelque chose de tes dix doigts.
La porte du restaurant s’ouvre, vous rafraîchit et se referme, à mesure que sortent par deux ou trois les cadres du tertiaire ayant laissé des notes de frais à 60 euros par couvert. Vous avez terminé. Tu ne sais pas quel goût avait ton plat, tu n’as pas fait attention. Soudain il rapproche sa chaise, repousse son assiette, éloigne l’une de l’autre ses mains obsédantes et toi tu comprends. Dans l’inculte langage du corps, il vient vers toi.
Ça ou une crampe, soupire ta mère bien profond.
Tu commandes un café, lui aussi. Il pose ses coudes sur la table, ses mains mourantes se rejoignent pour s’attacher l’une à l’autre. Tu voudrais les prendre mais tu sais d’expérience qu’en saisissant les oiseaux souvent on les tue.
Mais fous-moi le camp, s’époumone maman de sous la dalle, depuis les femmes éteintes mais renseignées.
Tu rassembles d’un coup tes effets. Un crayon, tes lunettes de frimeuse, ton téléphone, lequel indique huit appels en absence en provenance du lycée de ta fille, rien de très étonnant. Tu te lèves, déployant vers le plafond de verre ton mètre soixante-treize qui paraît le surprendre. Arrivé en retard, il ne t’a vue qu’assise. Tu dis je dois partir, tu attends une seconde qu’il se lève, selon l’usage, à ta suite. Il ne bouge pas.
Le goujat, regrette la mère de ta mère au paradis des premières fans du prince Philip.
Il te regarde sans rien dire, comme étonné. S’ouvre alors un silence où tu pourrais entrer et rester tout l’après-midi à boire du café, poser des questions indécentes, apprendre la peinture sur bois.
Alors tu rappelles comme tes troupes autour de toi, ton diplôme et ta chaire avec un e de maîtresse de conférences. Tu dis pardon, j’ai vraiment du travail.
Pourquoi vraiment, pourquoi pardon, relève ta mère de la terre plein les dents. T’as du travail, point.
Le secrétariat du laboratoire le contactera, tu es désolée, dans une heure tu dois disparaître, il dit quoi ? Tu dis lapsus. Dispenser, pas disparaître. Dispenser un cours à l’université, un cours chaque année plus documenté. Histoire de la peur en Europe.
– Et vous ? dit-il.
– Moi quoi ?
Et toi est-ce que tu as peur, tu sais bien.
En quittant la table, tu fais tomber ta veste, on ne comprend pas ce que tu dis quand tu prononces merci, tu es d’une littérale fragilité qu’il pourra imputer à ce qu’il veut, tu t’en vas et bientôt sous la ville, le RER B t’emporte.
Époque, nom féminin, du grec epokhê, arrêt.

2 juin, 14 : 30, TC 37,5°,
FR 15/min, FC 80/min, TA 15
La Défense, dis-je en m’engouffrant dans le G7, tour Nord, côté Puteaux et vite tant que c’est encore debout, prenez par la D9, on m’attend. Puis j’interpelle maladivement mon téléphone, comment ça va Carrie ? et aussitôt s’illumine l’application Care, dans ces apaisants tons rose pâle mais pas cochon, plutôt infirmière en pédiatrie. Pour qu’elle affiche les constantes, on lui dit comment ça va aujourd’hui Carrie et hop. Oui c’est un peu dégradant, mais bon, on en fait d’autres. Température du corps 37,5, évidemment on étouffait dans cette orangerie, tension artérielle à 15, pas étonnant non plus, je suis vidé. J’ai parlé pour quinze jours. Fréquence cardiaque à 80. C’est tout ? C’est marrant. J’aurais juré qu’elle m’avait fait monter facile à 90 avec ses lèvres sans rien dessus, à dévorer du steak comme sur la bête. Ou c’est l’appli qui déconne. C’est possible, c’est chinois. 14 h 45. Elle m’a oublié depuis au moins vingt minutes. J’ai tout fait pour ne pas être marquant, c’est mon genre, plus délébile tu meurs. Au début elle s’intéressait surtout à la décoration, à la fin elle bâillait, cramée d’ennui, entre les deux elle regardait la porte avec des yeux de taularde, et ma carte de visite, elle l’a prise sans regarder pour brosser la nappe. Une carte comme ça, biseautée, de 120 grammes qui commence par Head of, recyclée en ramasse-miettes. L’époque est un crachat.
– On est arrivés, d’après le chauffeur alors qu’un SMS de CEO m’apprend en anglais qu’on n’attend plus que moi.
Esplanade, polygones, tourniquet, ascenseur gavé au démarrage, personnel cerné mais souriant, odeurs de bouffe maison réchauffée, descendant entre le deuxième et le cinquième étage (Sécurité et entretien), personnel mal habillé et désagréable, odeurs de bouffe à emporter, ventilé du dixième au vingtième (Recherche et développement). Enfin moi-même, personnel sportif à forte responsabilité non opérationnelle, m’élevant tout seul vers le trente-cinquième étage et ressentant toujours le petit quelque chose dans le bas-ventre, rien à faire. L’ivresse des cimes en verre. La délicate envie de gerber du simplet qui prend encore, après dix ans de boîte, la pulsion d’un moteur à traction installé au sous-sol pour son propre élan.
Une impression étrange, pas désagréable que je parviens en général à traîner jusque dans l’Espace accueil. Et après ça s’arrête. J’ai à nouveau envie de chialer en atterrissant sur la moquette rouge à rayures marron. Mais j’avance. Je ne touche plus terre. Entre moi et la terre s’étagent trente-quatre niveaux, douze parkings, vingt mètres de gaines de climatisation, sans compter le métro. Je m’avale au ralenti quinze mètres de couloir revêtu d’angora polyamide à 1 000 balles le mètre, sur dalle de ciment à 20 000 le mètre. Non 25, après le trentième étage, c’est plus cher. Plus c’est chiffré, plus c’est rassurant. Encore dix mètres, je ralentis, pour arriver quasi paralysé dans l’Espace comité où persiste la moquette rouge tel du chiendent, d’où surgit la voix de son maître :
– C’est enfin Clément, prononce Oliver, le CEO et je percevrais si j’étais lucide une pointe d’agacement. Il me rafraîchit jusqu’à l’os de son regard bleu glacier, délicatement chiné de vaisseaux éclatés. En voilà une teinte qui conviendrait davantage à la moquette.
Tout le monde fait normalement la gueule car c’est l’endroit pour. Une réunion Special Situation (SS) à la mi-journée au quasi dernier étage d’une banque d’affaires malmenée en Bourse depuis deux ans. Un sourire y ferait l’effet d’un bermuda. Sont ici rassemblés CEO, CFO, CRO, CDO, des fonctions importantes qui rendent très mal en français. Disons le grand patron, Oliver, Safia la directrice financière et Grette la directrice des risques. Quant à Chief Data Officer, Amin, je ne sais pas vraiment ce qu’il fait et s’il était honnête, il avouerait que lui non plus. Ils sont dans le vif du sujet depuis un moment et je devrais bien sûr savoir lequel. Il y avait sûrement un mail à ouvrir tandis que je tentais de deviner la forme des seins de la prof, sous son chemisier APC.
– T’en penses quoi Clément de ce merdier ?
Si je demande lequel je passerai pour ce que je suis, un poids mort incapable des bonds qu’exigera l’agilité-dans-la-transition-économique-post-covid. J’opte pour une moue situant mon jugement entre la lassitude de qui avait vu arriver le boulet et l’expectative de celui qui n’est pas sûr de se le prendre. Encore gagné. Safia est d’accord avec moi, estimant qu’en l’absence du patron des activités de marchés, on ne peut conclure à rien. Ce disant, elle caresse, abandonnée sur son épaule, une queue-de-cheval longue, noire, luisante et nette comme un jet de pétrole qui devrait me donner des idées. Mais je pense encore à la chercheuse. Son appétit sous la serre.
– Tu lui as parlé toi, à ce trou-du-cul ? m’adresse Oliver, sûrement à propos du responsable de la présente tragédie.
Je réponds non car j’ai une chance sur deux.
– Tant mieux. Je vais me le faire.
Bingo.
Dans la cour intérieure d’un lycée public, une cinquantaine de jeunes filles en ordre de bataille observent un calme étonnant. Sur les murs entourant ce qu’il convient d’appeler l’atrium, se répètent en peinture des slogans dont diminue le pacifisme et gonfle la police de caractères, au gré des messages. Aérez les vestiaires. Ça sent la grotte. Faites de la place ou on fait le vide.
Te voici assise devant Fabienne Mertens, ronde et brune directrice d’établissement, prête à t’expliquer ce mouvement de troupes fatalement dirigé par ton pétard de fille. Vous regardez ensemble la masse silencieuse de jean et de jersey posée à tes côtés, ta fille donc, coquille fermée, vide d’excuses et pleine de poudre. Une longue mèche noire excédant de la capuche, témoigne à l’intérieur de la présence effective de la bête. Véra, dix-sept ans. Blafarde représentante d’une génération maigre et fâchée que la classe moyenne, pas vraiment préparée à ça, peine encore à appeler ses enfants.
Tu abats sa capuche pour montrer à Mertens que tu ne lâches rien. Véra s’en recoiffe aussitôt car elle non plus. Mertens, elle, apprécierait d’en venir au fait du jour, si l’on en a terminé avec ce sweat. Merci.
C’est ce matin vers 11 heures, avec le cours de lettres de Mme Dreux comme premier théâtre des opérations, qu’avait commencé un petit jeu politique et néanmoins idiot. À chaque mention d’une référence masculine, tel nom de romancier, de dramaturge et autre poète, une fille quittait la classe sans un mot. Le cours portait sur les Parnassiens, précise Mertens, consultant quelques notes. Au même moment, le cours de sciences économiques autrement plus généraliste de M. Halimi était décimé de la même façon à chaque Keynes, chaque Marx, chaque Stieglitz prononcé par l’innocent pédagogue. En philosophie, enseignement particulièrement riche en notices biographiques, le vide fut fait à une élève près, entre Nietzsche et Schopenhauer, avant qu’on pense à évoquer Hannah Arendt, retenant ainsi sur les bancs l’ultime adolescente. L’heure de l’option histoire de l’art n’avait pas atteint le mitan, l’histoire tout court n’en parlons pas. Les premières étaient en 1914, tentant de comprendre comment Jaurès et l’archiduc d’Autriche déclenchaient la guerre mondiale en mourant coup sur coup ; les secondes étaient juste après la Révolution, en 1793, avec les Onze et la Terreur. Là encore, les femmes n’étaient pas vraiment dans le manuel, tout juste pouvait-on, en cherchant bien, mentionner la folle qui avait buté Jean-Paul Marat. On ne l’avait pas fait. En quarante-cinq minutes, le bâtiment s’était vidé aux deux tiers de son contingent féminin, toutes sections confondues. Seules avaient pu se poursuivre, pour des raisons évidentes, quelques tièdes classes de sciences et vies, de gymnastique.
Massées depuis dans l’atrium, les filles ne voulaient plus bouger. Elles attendaient des engagements de la part d’une direction pédagogique elle-même sidérée. On tenait encore les journalistes au portail, cependant Tweeter faisait son incendiaire travail d’écho. Si d’autres jeunes filles de cet âge pavlovien, dans d’autres établissements, étaient prises de mimétisme, bonjour le foutoir national et adieu les subventions. Alors, madame ?
Madame, c’est toi.
Alors rien. Tu penses à cet homme par son prénom. Tu voudrais lui dire Clément, l’époque est une surprise. Et tu t’imposes d’arrêter avec cette histoire d’époque – c’est une impasse – de trouver quelque chose à dire pour tenir ton rôle.

2 juin, 15 : 00, TC 36,6°,
FR 15/min, FC 80/min, TA 15
Dix minutes plus tard, à part avoir très légèrement glissé au fond du fauteuil Stark en Plexiglas qui paraît-il épargne leurs collants mais nous tue le coccyx, ma position demeure la même. J’observe et j’ignore. Mais tandis qu’Oliver m’interroge sur l’opportunité d’informer l’Autorité des marchés financiers, tandis que je réponds ce qu’il veut entendre, à savoir non, je me rapproche tranquillement du cœur du problème. Encore deux ou trois indices et j’aurai deviné l’exacte nature de la tuile, gagnant une fois encore à ce jeu crétin auquel les quatre autres ignorent participer.
On va penser que je ne m’affole pas beaucoup. En effet, c’est inutile. Bienvenue sur la Banquise un monde très propre où il ne se passe jamais rien de vraiment salissant. Aussi les pingouins sont-ils surentraînés à imaginer le pire, sans quoi ils se feraient vraiment chier et pourraient prendre des initiatives personnelles, telles que liquider des positions boursières au pif, tenter des trucs. La principale fiction d’épouvante en cours ici tourne autour de l’effondrement boursier. Rien d’exceptionnel, se raconter l’histoire faute d’y assister reste le mode de survie le plus répandu en milieu désertique. Je me raconte que la prof du déjeuner ne baise plus son mari, mon chien se raconte que je suis un dieu, la France qu’elle est gouvernée par un mec, la Banquise se raconte qu’elle va couler, je raconte au Financial Times qu’on tient la barre. En vérité, la chercheuse n’a pas besoin de moi, sinon pour décorer l’hiver prochain dans un amphi en banlieue et la Banquise absorbera encore pas mal de chocs avant de sentir un vague remous. La tragédie, la vraie, n’est jamais qu’un récit. Personne ne s’est suicidé en 29 et Merrill Lynch était déjà là, sauf qu’elle s’appelait autrement. Si vraiment on a vu des types passer devant les vitres pour s’éclater sur Cedar Street c’est qu’ils avaient un cancer ou un problème de gonzesse, en plus d’un paquet de titres pourris. Et encore. Le vol plané, c’est joli à imaginer mais peu crédible. Ils auraient fait ça au gaz ou au revolver, c’était plus la tendance. En 2008 idem, fiction. Lehman Bro est toujours debout et les quelques coiffeuses surendettées d’Atlanta qui se sont retrouvées à la rue, petit drame personnel qui ne fait même pas un début de statistique.
– Clément ?
Je suis là. Enfin, si on veut.
– Comment on a pu faire plus dégueulasse que la Générale ? ne s’en remet pas Oliver. Et je ne veux pas entendre parler de marché adverse et toutes ces conneries!
Voilà, il suffisait d’attendre. J’ai désormais tous les éléments pour comprendre de quoi on parle, je vais pouvoir participer. Nous avons des résultats dégueulasses sur une activité boursière censément rentable. Rien de neuf. Mais des résultats pires que la Banque Générale, un étalon en matière de dégueulasse, si. Manquerait plus que ça se sache.
– Aucun Profit Warning avant d’avoir tous les éléments, nous sommes d’accord ? entend me faire valider Safia dans un sourire angoissant.
Ses dents trop blanches contrastent avec ses cheveux trop noirs. Si j’étais Chanel, ça m’aurait sûrement donné l’idée d’un chemisier mais trop tard. Trop tard pour tout, putain.
– Évidemment, dis-je.
C’est là que se justifie ma rémunération dont le montant n’aurait aucun sens pour la plupart des gens, à part trouver un vaccin universel ou négocier la paix au Proche-Orient : je dois retenir. L’information, la rumeur, le moindre stagiaire qui voudrait essayer le 06 d’une journaliste des Échos, le moindre partenaire qui voudrait partager un ressenti personnel un tant soit peu négatif. Tant que la Terre entière ignore le problème, il n’y en a pas, quand bien même le problème aurait la taille d’une nation, telle est l’idée générale aux fondements de ma mission. Si le monde a oublié l’existence du septième continent, celui des déchets, ou sans aller chercher si loin, bêtement la Syrie, c’est grâce à tous ces gens comme moi. Je ne m’en vante pas, j’ai reçu une classique formation d’élite, sans tralala. Retenir est un don, je n’ai rien fait pour. Enfant déjà, quand personne ne soupçonnait dans le petit gros de sept ans le futur no 24 au Marathon de Paris (deux heures trente, un score de Kenyan) je m’entraînais déjà. Je me retenais de respirer, de flancher, de pisser, je ravalais ma morve, la douleur, les larmes, l’indignation, des paires de claques sur autrui qui se sont perdues à tout jamais, les mots et bien sûr de chier. Je me retenais comme un taré et aujourd’hui c’est tout naturellement une profession. Je devrais en parler aux jeunes. Certains ont peur de l’avenir parce qu’ils sont bons à rien.
– Clément ?
Oui patron.
– On ne t’entend pas beaucoup.
Encore heureux.
Toujours installée à la place du cancre devant Mertens, tu t’entends à présent reconnaître à voix haute tes torts personnels dans cette séance de chaises musicales. Véra est bien sûr indomptable mais le problème c’est toi, qui n’as rien vu venir. Et de n’être pas assez à la maison, trop peu à l’écoute, trop peu tout court, tu te blâmes à la louche. De son côté, la directrice ne tient pas à faire de barouf.
– Dommage, estime Véra, née pour aggraver son cas.
On reparlera de la liberté de manifester dans le cours prévu pour, se contient encore la directrice, si toutefois Véra demeure inscrite au lycée au-delà du prochain conseil de classe. Pour le moment, Mertens entend qu’elle disperse ses copines avant la sonnerie.
Véra observe aux fenêtres les colonnes adolescentes, patientes, fumeuses et connectées.
– C’est pas mes copines, mais la masse critique. Ça ne se disperse pas, ça s’utilise.
Fabienne Mertens, à bout, oppose que la gendarmerie dans les lieux est la dernière publicité qu’elle souhaite mais pourquoi pas. Véra rédige enfin quelques mots sur son téléphone. En bas, les filles le lisent sur le leur et s’éparpillent dans l’instant. Elle t’impressionne.

Tu aurais voulu être elle et pas toi, toujours quelque part entre la dépendance et la rage.
Mertens attend pour finir que Véra s’excuse à voix haute.
– On en est tous là, dit Véra.
Et c’est encore toi qui dis pardon.
– Personne n’est dupe, mademoiselle. Vous voulez surtout vous faire remarquer.
– Exactement. Faut faire quoi ? Se noyer ?
– Tais-toi, dis-tu alors que, dans ta gorge, enfle en vain le regret de ne jamais l’ouvrir.
– Comme tu veux.
Tu repars fatiguée, emportant ta fille par qui le scandale arrive.
– Tu m’épuises Véra.
– C’est moi qui bouge, c’est toi qui es fatiguée ?
Elle ne comprend pas ta colère pour un jeu, un jet de peinture, au maximum une exclusion temporaire d’un lycée de seconde zone. Devrait-elle comme toi simplement s’accrocher sans bien savoir à quoi ?
Bien sûr que tu le sais, et tu pourrais lui dire. Tu t’accroches à ce que tu gouvernes, qui te rassure et t’éteint. La famille. Si tu lâches, des gens meurent. Tu t’accroches aux meubles et aux répétitions des rites, tu t’accroches à des mots. Chance, maison, vacances. Et plus tu en doutes, plus tu t’accroches, épuisée, adhésive et souriante.
Elle répondrait, chez les marins, on appelle ça les moules.
Mais la sonnerie de reprise des cours retentit, stridente, et tu n’as pas à répondre. Ton époque est ce gong qui t’a toujours sauvée d’agir, la voici la formule que tu cherchais tout à l’heure pour la dire à Clément.
Devant la grille, vous attendez le bus en silence. Elle fume. Tu regardes avec piété ton enfant carencée, vouée peut-être à la fabrication d’une bombe dont tu entendras le souffle si tu survis aux virus recombinés. Tu voudrais lui avouer que la guerre des sexes n’a jamais été la tienne, tu avais d’autres choses à faire. Naître n’importe où, tenir, trouver comment t’arracher, apprendre par cœur des livres entiers jusqu’au dégoût, trouver un homme, le perdre, trouver à bouffer, accoucher, faillir être bouffée, renaître, retrouver, accoucher.
– Quoi ? Tu veux une clope ?
– Pourquoi pas.
Tu as eu cet âge. Tu as pensé comme elle la vie faite de constances et d’obstination. Tu l’as depuis apprise, faite de ce qu’elle est. Compromis, répétitions, oublis ou guérisons. Entre ces deux âges, il te semble avoir dormi.
– Tu vas lui dire ?
– À papa ?
– Oui. À ton mec.
– Non. »

Extraits
« Pas elle.
Bonjour Clément, c’est Laure de Paris 13, je regrette d’avoir dû vous quitter si vite, auriez-vous encore un moment. Sans abréviations avec des espaces entre les lignes, l’accent sur le u et les participes passés en accord avec la saison des amours. Si je réponds, il se passera quelque chose dont quelqu’un sera la victime. Si je ne réponds pas, il se passera comme d’habitude. Papa, tourniquet, comité de crise, pas de crise, Tinder, tourniquet, gel, parking, Papa, foutre, sommeil de brute, foutre froid, croquettes, France Inter, debout Clément, Reebok, galop, parking, gel, comité, comité ras la gueule jusqu’à ce qu’août s’ensuive avec avion, Hilton, bout du monde, putes, rentrée, hiver court, lumière courte, objectifs courts, évaluation, bonus. Alors un bonjour Clément c’est Laure de Paris 13, c’est peut-être une respiration à la surface, Joie. » p. 39

« Tu vis Véra heureuse, prendre, en un an, six centimètres. Tu connus les assurances habitation et les mutuelles à jour, les abonnements à la presse critique. Tu visitas une maison à Ville-d’Avray qui fut bientôt la vôtre, à vingt minutes de la Défense. Dans un quartier dit calme où chacun faisait pousser des séquoias en contrefort des grilles déjà hautes, elle offrait presque tout. Plusieurs chambres, un grand salon vitré qui donnait sur un jardin et l’idée d’un potager, le chauffage au gaz et l’isolation qui fut un argument d’achat, eu égard au bilan énergétique. Tu t’intéressas aux essences des bois dont on fait les parquets, tu appris le prix des lattes au mètre carré. La même année, Anton acquit les murs de son cabinet de médecine généraliste, élevant au maximum votre taux d’endettement. Tu connus alors la rassurante limite de l’impossibilité de faire plus, de faire mieux. Qui dit maison, dit plein air, dit lampions d’avril à octobre et chaises longues chez Leroy-Merlin. Tu fis plus tard l’acquisition d’un hamac, sans jamais trouver deux troncs assez proches pour l’y attacher. Tu lus ton nom sur la liste électorale de ta commune, tu vis à peine passer une grossesse à Ville-d’Avray en vraie robe de maternité et pas comme la première, en jogging. Tu vis Anna, l’enfant tranquille pousser sans rien demander, tu connus les amitiés faciles, le quartier, le vin de Loire davantage que le tabac à rouler, les grasses matinées et les activités propres aux dimanches. Véra installa finalement le hamac dans sa chambre. Tu ne cultivas pas vraiment de potager, tu avais trop souvent mal au dos. Tu connus le repos qui appelle le tumulte. D’abord de manière sourde, puis à cor et à cri. » p. 51-52

À propos de l’auteur
FeuMaria Pourchet © Photo DR

Née à Épinal le 05 mars 1980 Maria Pourchet est titulaire d’un doctorat en sciences sociales (section sociologie des médias). Après des études qu’elle poursuit tout en travaillant au quotidien messin Le Républicain Lorrain, elle s’installe à Paris. Elle y dispense des cours de sociologie de la culture à l’Université de Paris 10 Nanterre, puis travaille comme consultante, notamment dans le domaine culturel, à partir de 2006. Elle a enquêté, dans le cadre de ses missions, sur les pratiques de lecture, la prescription littéraire et la promotion du livre. Parallèlement, elle travaille pour la télévision. En 2009, elle écrit et co-réalise avec Bernard Faroux un premier documentaire Des écrivains sur un plateau : une histoire du livre à la télévision (1950-2008), diffusé sur France 2. Elle participe depuis au développement de différents projets de fictions ou de documentaires de télévision. Elle est l’auteure de six romans: Avancer (2012), Rome en un jour (2013) Prix Erckmann-Chatrian, Champion (2015), Toutes les femmes sauf une (2018), Les Impatients (2019) et Feu (2021). (Source: Babelio / Wikipédia / Fayard)

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