Âme brisée

Âme brisée

Âme brisée – Akira Mizubayashi

Gallimard (2019)
Lu dans l’édition Folio n°6941

Tokyo, 1938. Un dimanche après-midi, Rei, un garçon de onze ans accompagne son père au Centre culturel municipal. Celui-ci, Yu, violoniste, y retrouve trois jeunes amis chinois pour répéter l’œuvre à laquelle ils travaillent, le quatuor à cordes Rosamunde de Schubert. Rei occupe le temps en lisant son livre préféré. Mais la répétition est interrompue par un groupe de soldats, Yu n’a eu que le temps de cacher son fils dans une armoire et de lui recommander de ne pas en sortir. En ces temps de guerre sino-japonaise, il ne fait pas bon pour un japonais d’entretenir des relations d’amitié avec des chinois. Le caporal qui dirige les soldats brutalise Yu et brise son violon. Un lieutenant intervient par la suite et semble plus sensible à la beauté de la musique mais il ne peut rien faire pour empêcher l’arrestation des musiciens. Il se contente de rendre le violon endommagé à Rei, dont il a découvert la présence mais qu’il cache à son supérieur.

Soixante-cinq ans plus tard, Rei est un vieil homme, il s’appelle Jacques Maillard car il a été adopté par un ami français de son père. Il vit en France, exerce le métier de luthier et a consacré une bonne partie de son existence à restaurer le violon de son père. Lorsque sa femme, Hélène, archetière réputée, lui annonce qu’une jeune violoniste japonaise, Midori Yamazaki, vient de remporter un prix important, Jacques est loin de s’imaginer que la rencontre avec la jeune virtuose va bouleverser sa vie et lui permettre de retisser un lien avec son passé.

L’âme brisée, c’est à la fois celle du violon de Yu et celle du jeune garçon qui a assisté à l’arrestation de son père sans pouvoir rien faire. Rei s’est retrouvé en un instant complètement seul au monde. Il n’a plus jamais revu son père, n’a pas su ce qu’il était devenu. Même s’il a été traité comme un fils par le couple qui l’a adopté, il a gardé au fond de son cœur une blessure qui ne s’est pas refermée, même si son amour du violon et de la musique lui a donné une raison de vivre.

C’est une histoire très émouvante, bercée par la musique de Bach, en particulier deux œuvres que Yu, le père de Rei, avait joué ce dernier dimanche à Tokyo, le quatuor Rosamunde de Schubert et la Chaconne de la Partita n°3 de Bach.

J’ai beaucoup aimé la partie du roman où Jacques évoque ses années d’études et ses efforts pour acquérir une technique suffisante pour être capable de restaurer le violon de son père. L’instrument n’est plus seulement un objet, il devient presque un personnage à part entière, associé pour Rei au père qu’il a perdu et porteur de la tradition de lutherie, héritée de Mirecourt et de Crémone.

J’ai été moins sensible aux recherches de Jacques pour retrouver les traces du lieutenant. L’histoire est belle mais un peu attendue, comme une image d’Épinal.

Néanmoins, c’est un roman très agréable à lire, délicat et poétique, à prolonger par l’écoute des deux morceaux de musique qui le bercent et le rythment, et, pourquoi pas, par la lecture d'un livre de Yoshino Gensaburô, dont le titre français est Et vous, comment vivrez-vous ?. C'est ce livre que Rei lisait lorsque son père fut arrêté, c'est ce livre qui l'a accompagné sa vie durant et qui prend une place toute particulière dans l'histoire qui nous est racontée. Ce livre, un classique au Japon, vient d'être réédité en février 2021 chez Philippe Picquier. Merci à Christine pour le prêt !

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