Tim Winton : La Cavale de Jaxie Clackton

Tim WintonTim Winton, né Timothy John Winton en 1960 à Perth en Australie-Occidentale, est un écrivain australien. Gamin, il annonce à ses parents son envie de devenir plus tard écrivain. Vers l'âge de 16 ans, il publie dans des magazines de petites poésies qu'il rédige lui-même. Deux ans plus tard, il fait éditer, dans différentes revues nationales, des histoires courtes. Aujourd'hui, il vit au bord de la mer à Fremantle, sur la côte ouest de l'Australie où il pratique la pêche, la plongée, le surf, entouré de sa femme et de ses trois enfants. Déjà auteur d’une belle collection de bouquins, romans, recueil de nouvelles ou littérature jeunesse, La cavale de Jaxie Clackton, son nouveau roman (noir) vient de paraître.

Je n’avais jamais entendu parler de cet écrivain, alors ce très bon roman m’a franchement séduit. Je ne sais pas s’il est très commenté sur les blogs ou ailleurs mais je vous conseille vivement d’y jeter un œil et même les deux.

Quand l’adolescent Jaxie Clackton rentre chez lui et trouve son père écrasé sous son pick-up, il n’a qu’une idée, filer en vitesse car il sait que tout le monde dans la ville connait la haine entre le père et le fils, il fait donc un coupable idéal. Un sac vite fait, trop vite car il oublie des objets primordiaux comme un couteau, et en route à pied dans le bush par le désert de pierre vers les terres vierges et abandonnées des hommes…

Immédiatement j’ai aimé l’écriture, ou plus exactement le ton, la petite musique qui se dégage du récit fait par le narrateur, Jaxie. Des propos d’adolescent, exprimant naïveté, craintes, espoirs etc. Et puis, on le découvre peu à peu, le présent du texte est en fait un présent a postériori, indiqué par des réflexions annonçant des ennuis à venir et confirmés par la suite des évènements.

Le gamin est en cavale, il croit (on ne le saura jamais) que la police est à ses trousses et il rumine : des éléments de sa vie passée, le père ignoble, boucher braconnier, alcoolique, violent, frappant femme et fils ; la mère faible et décédée d’un cancer ; la scolarité de l’ado difficile, mis à l’écart de la société ; et ce seul point positif dans sa courte existence, Lee, une cousine, sa promise, qu’il compte bien retrouver au bout de son périple, et fuir avec elle vers Darwin pour vivre réellement…

Le terrain est ingrat et difficile, à découvert, trouver à manger compliqué et quand l’eau vient à manquer, ses heures sont comptées. Il sera recueilli par un vieux bonhomme, au cœur du grand nulle part. Lui aussi est en exil, prêtre catholique irlandais, Rome la consigné dans ce désert d’où il ne peut fuir, ravitaillé une ou deux fois l’an, il se débrouille pour y vivre. Jaxie et Fintan MacGillis, se cachent leur passé, s’épient, se méfient l’un de l’autre ; ils se reniflent, méfiants. L’essentiel du roman réside dans leurs rapports distants au début (l’adolescent pense avoir à faire avec un pédophile). Le vieux, sourdingue et un peu fou, bavard comme une pie, requinque le gosse et tente de le convaincre de ne pas repartir.

Jaxie se lance néanmoins dans une sortie mais va tomber sur ce qu’il n’aurait jamais dû voir. Les périls envisagés par les deux hommes ne sont rien comparés à ce qui les attend désormais… La fin du bouquin est plus que dramatique, quasi christique et terriblement poignante.

Un très bon roman noir avec deux personnages touchants, chacun à leur manière, liés par la solitude, la crainte du monde extérieur qui ne leur veut pas de bien, d’où leurs distances vis-à-vis l’un de l’autre. Un parcours initiatique pour Jaxie dont on ne saura rien du futur mais qu’on lui espère favorable.

« Difficile de dire si on était voisins ou colocataires maintenant. Ni l’un ni l’autre sûrement. Il disait qu’on était amis, mais je l’avais prévenu : s’il essayait un truc amical avec moi, je lui faisais sauter la bite. Malgré tout, on était obligés de se faire confiance, plus ou moins, alors je lui ai dit que je croyais que c’était pas un pédo, même si, au fond de moi, j’en étais pas aussi sûr. Et lui, il a dit qu’il était sûr et certain que j’étais pas un meurtrier, mais je crois qu’il avait des doutes lui aussi. En vérité, ça m’arrangeait qu’il se pose la question. Et ça a marché notre arrangement. Avant que je voie clair. »


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