La Mer Noire dans les Grands Lacs

La Mer Noire dans les Grands Lacs

En deux mots
Née en Roumanie d’un père congolais retourné au pays et d’une mère professeur d’université, la narratrice va partir à la recherche de son histoire, essayer de retrouver son père, de comprendre le mutisme de sa mère et de s’émanciper d’un pays qui la traite en paria.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

«Mon fils, écoute bien tout ce que je vais te dire»

Dans un premier roman bouleversant, Annie Lulu retrace la quête de Nili Makasi, de la Roumanie où elle est née, en passant par Paris où elle a étudié, jusqu’au Congo où elle est partie retrouver son père.

« Je m’appelle Nili Makasi, ce n’est pas un nom commun pour une Roumaine. Je suis née à Iaşi, dans la région moldave au nord-est de la Roumanie. J’ai eu une mère, ou plutôt ma mère a longtemps eu honte de moi, et je n’ai pas connu mon père, un étudiant congolais reparti après la révolution en 1990. À l’époque de ma naissance, c’était encore la dictature, le grand Conducător faisait venir des tas d’étudiants dans le pays, des Africains, des Égyptiens, des Syriens, ils venaient apprendre le communisme pour retourner ensuite essayer d’en faire quelque chose de potable chez eux, devenir l’avant-garde éclairée du prolétariat international, les cerveaux de l’égalité mondiale.» En nous présentant la narratrice de son roman riche en émotions, Annie Lulu pose le décor d’une quête qui va la conduire à Paris puis au Congo, à la recherche de ce père qui l’a abandonnée.
Se retrouvant seule avec une fille métisse, sa mère va alors déverser toute sa frustration sur sa fille: «J’aurais dû te noyer quand t’es née, j’aurais dû t’écraser avec une brique.» À sa charge, on dira qu’elle sait la difficulté à exister dans ce contexte de dictature et de misère sociale et que sa rigidité, sa sévérité avait pour but d’offrir à Nili les moyens de s’en sortir. Ce qui, au moins jusqu’à l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne, en 2007, était loin d’être gagné.
Mais ces dix-huit années durant laquelle sa mère a eu honte d’elle ont forgé son caractère. Elle entend désormais tracer sa voie pour ne pas étouffer. Le salut viendra avec une bourse d’études d’une université parisienne, même si là encore il va lui falloir se débrouiller avec très peu de moyens. Mais petit à petit, elle se construit un réseau et découvre la solidarité des exilés. Une solidarité dont elle va avoir besoin le jour où elle entend quelqu’un parler de Makasi, le nom de son père. Peut-être y-a-t-il moyen de le retrouver ? Peut-être qu’un Congolais peut chercher dans un annuaire? Peut-être que quelqu’un a entendu parler de lui? Après une longue attente, le miracle se produit. Nili va économiser pour s’acheter un billet d’avion pour Kinshasa.
Sans dévoiler la suite du livre, j’ajoute que le livre est construit comme une longue lettre écrite aujourd’hui au fils que Nili va mettre au monde. Qu’au moment de vivre la même expérience que sa grand-mère et sa mère, elle entend lui faire le plus beau des cadeaux, la vérité. «Tu sauras tout de ce que je suis dans les moindres détails de mes renfoncements sombres et de mes secrets. On ne peut pas faire autrement quand on aime un enfant qui va grandir dans l’immensité vertigineuse de l’absence, et toi, mon fils, tu es là, tu sens déjà ce carambolage continu qu’est ma vie. Alors je ne te cacherai pas derrière des vêtements trop grands et je ne t’empêcherai pas d’entendre la vomissure humaine, je te préparerai. À être fort.»
Cette confession qui est tout à la fois un cri de rage et une déclaration d’amour, une plongée dans un passé douloureux et un chant d’espoir, est portée par une plume nourrie de plusieurs cultures qui s’entrechoquent et s’enrichissent. Une plume étincelante qui marque une remarquable entrée en littérature.

Signalons qu’en fin de volume, on trouvera une traduction succincte des termes et expressions non traduits ainsi que quelques précisions au sujet de figures historiques et culturelles dont il est fait mention.

La Mer Noire dans les Grands Lacs
Annie Lulu
Éditions Julliard
Roman
224 p., 19 €
EAN 9782260054627
Paru le 21/01/2021

Où?
Le roman se déroule autour de trois pôles, d’abord en Roumanie, principalement à Iasi et Bucarest puis à Paris et en région parisienne et enfin au Congo, à Kinshasa et Bukavu.

Quand?
L’action se déroule des années 1990 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Née en Roumanie, dans une société raciste et meurtrie par la dictature, Nili n’a jamais connu son père, un étudiant congolais disparu après sa naissance. Surmontant au fil des ans sa honte d’être une enfant métisse, Nili décide de fuir à Paris où elle entend, un jour, dans la rue, le nom de son père: Makasi. Ce sera le point de départ d’un long voyage vers Kinshasa, à la recherche de ses racines africaines. Elle y rencontrera l’amour, le combat politique, la guerre civile et la mort. Et en gardera un fils, auquel s’adresse cette vibrante histoire d’exil intérieur, de déracinement et de résurrection.
Écrit d’une plume flamboyante, à la fois poétique, intense, épique et musicale, au carrefour des traditions balkaniques et africaines, ce premier roman sur la quête des origines bouleverse par sa profondeur et sa beauté.

Les autres critiques
Babelio
Lecteurs.com
Libération (Claire Devarrieux)
We Culte (Serge Bressan)
France Culture (L’invitée culture)
Lettres capitales (entretien réalisé par Dan Burcea)
Chroniques littéraires africaines (Sonia Le Moigne-Euzenot)
Podcast Fréquence protestante (Francoscopie – Boniface Mongo Mboussa)
RFI (Rendez-vous culture – Sarah Tisseyre)
RFI (Vous m’en direz des Nouvelles – Jean-François Cadet)
Radio RCF (Christophe Henning)
Esto magazine (Dominique de Poucques)
Le bien Public (Stéphane Bugat)
Le blog de Gilles Pudlowski
Le Dauphiné (Stéphane Bugat)
Métro.be (Oriane Renette – entretien avec Annie Lulu)
Deci Delà Le blog de Frédéric L’Helgoualch
Blog Baz’Art
Blog motspourmots (Nicole Grundlinger)
Blog Le domaine de Squirelito


Vanessa Springora et Annie Lulu présentent La Mer Noire dans les Grands Lacs © Production Julliard

Les premières pages du livre
« J’aurais dû te noyer quand t’es née, j’aurais dû t’écraser avec une brique. Cette phrase entendue enfant me revient sans cesse en tête. C’est ainsi qu’a commencé cette histoire de parias, parce que, d’une façon ou d’une autre, elles nous ont détruites, nos mères. Elles nous ont donné tout ce qui les consume, la haine qu’elles nourrissent pour leur propre désir, elles nous ont refourgué le paquet en nous disant : Démerde-toi. Mais moi, avec toi, mon fils, je ne pourrai pas, je ne pourrai pas faire autre chose que te faire grandir, sans te mentir, sans t’effacer.
Par où ta nuit commence, c’est comme te tremper dans un bain de senteurs, avec la mer en dedans, retenant le varech et le mouton des vagues, et tout ce que tu pourras imaginer de beau après le cri époumoné pour te sortir du monde. C’est comme sortir du monde en cavalcade, en chaleur, te rejoindre toi-même dans les yeux plissés d’un visage qui domine l’aube et ton corps chaque fois que tu fermes les yeux, chaque fois que t’emporte la houle de tamarins et de jaques qui te fait respirer, poser tes cuisses sur l’aine et ton front sur des lèvres qui ne te quitteront plus, les poumons humides et la voix moite, aussi longtemps que le remous qui t’a appelé dure, soupire et recommence. Avant que je te raconte, c’est ce que tu dois savoir, qu’on t’a appelé deux fois, qu’on t’a étreint en suffoquant la sueur, avec ton père, dans des noyades désarmantes, dans la splendeur de ce pays, on t’a appelé deux fois pour que tu viennes mûrir le mangoustan charnu découvert sous nos ventres, le roulis liquide d’un arbre à fruits d’espérance. Tu t’es retrouvé là, à émerger au tempo de l’ardeur où vibrait le cahotement de cette histoire de peaux, qui nous a ballottés, et qu’on appelle l’amour. Ce n’étaient que deux nuits dans le chant des insectes et d’un ventilateur, dans une maison de bois entre de vieux bâtiments, à l’est du cœur du monde, à l’est de tout espace, à l’abri dans l’étendue de cet amour immense depuis lequel ton père t’a décillé de toutes ses fibres et de tout son rythme joyeux, pour que tu voies, toi aussi tôt ou tard, combien c’est bon d’aimer. Alors moi, je te parle entre les côtes, depuis ce bord de lac calme, depuis l’odeur qui s’y est accrochée et toi, mon fils, écoute bien tout ce que je vais te dire, je ne pourrai pas répéter, ce sera dur de dire deux fois cette histoire jusqu’au glissement lent de ton père dans le plein de ma nuit.
D’abord, je t’aime. Tu es un peu la barque amarrée à un bout de terre ferme qu’on s’est fabriquée par besoin ton père et moi, par convocation du désir en nous, pour vivre et conjurer des tas de défaites, dont une vraiment sanglante qu’on n’avait pas prévue et qui m’a fait atterrir ici, à Bukavu. Je t’aime et tu viens au monde par la beauté. C’est quoi au juste, je vais te dire, la beauté, c’est une lignée bizarre de l’univers qui grandit dans quelque chose d’impair. Et ça a tellement maturé en moi, cette idée du chiffre impair, que je ne peux m’empêcher aujourd’hui de penser ma place d’avant, quand tu n’existais pas encore, il y a quelques mois à peine, avant que je débarque ici, au Congo. Ma place d’avant, comme celle d’un élément hydrophobe flottant à la surface d’une eau remplie d’air. Un tas de gras glissant, non préhensible, et qui pue. Voilà ce que j’étais. Une fille qui n’arrivait pas à devenir une femme, élevée en Europe et venue ici chercher son père pour lui faire payer la lâcheté indiscutable de m’avoir abandonnée à l’autre bout du monde en se fichant pas mal de ce que j’allais devenir. Il fallait que je le retrouve. Et je l’ai retrouvé. Au terminus de cette poursuite, tu t’es jeté dans l’imprévu de ma vie et aujourd’hui, mon fils, c’est ici que tout commence. Ce lac Kivu au bord duquel nous sommes assis ensemble, sur le ponton de l’étroite maison d’où je te parle, il en arrache pas mal à tous ceux que je connais, des étincelles iridescentes et douces, des écailles de poisson grises qui colonisent les joues et qu’on appelle des larmes. La lumière de cette fin d’après-midi d’automne fait reluire leur sédiment de bénédictions. De mes mains à mon ventre, de mon ventre à ce lit pluvial, il y a des cordes de limon, des générations de coquillages placentaires. Et toi, mon fils, je te demande de vivre. De ne pas avoir peur. Je te demande de tenir bon dans notre ventre. Alors maintenant, écoute bien, avant que tu naisses, que tu débarques dans le sillage de soufre que tous nos disparus ont laissé derrière eux, laisse-moi te raconter, comment j’ai cherché mon père, et comment on s’est retrouvés ici, toi et moi.
La fille roumaine de mon père congolais
Je m’appelle Nili Makasi, ce n’est pas un nom commun pour une Roumaine. Je suis née à Iaşi, dans la région moldave au nord-est de la Roumanie. J’ai eu une mère, ou plutôt ma mère a longtemps eu honte de moi, et je n’ai pas connu mon père, un étudiant congolais reparti après la révolution en 1990. À l’époque de ma naissance, c’était encore la dictature, le grand Conducător faisait venir des tas d’étudiants dans le pays, des Africains, des Égyptiens, des Syriens, ils venaient apprendre le communisme pour retourner ensuite essayer d’en faire quelque chose de potable chez eux, devenir l’avant-garde éclairée du prolétariat international, les cerveaux de l’égalité mondiale. Enfin l’idée pour le Conducător c’était surtout de copiner avec tous les autres grands chefs paranos qui pouvaient l’aider à renflouer ses caisses vides, et il en a trouvé un qu’il aimait particulièrement, un maréchal assassin à la tête du Congo, ce pays qu’on appelait Zaïre dans le temps, ils étaient copains, comme cul et chemise, voilà pourquoi il y avait plein de jeunes Congolais en tribulation périlleuse en Roumanie dans ces années-là, et il y en avait plein au campus des étudiants étrangers de la faculté des sciences de Iaşi, la ville où j’ai vu le jour. C’est là-bas, pendant une petite fête un soir de mars 1989, que ma mère, inscrite en première année à la faculté des lettres, a rencontré mon père, Exaucé Makasi Motembe. Je n’ai pas su grand-chose de lui jusqu’à ce que l’Afrique naisse en moi et que je vienne ici, au Congo. À l’est du cœur du monde. Ma mère m’a dit une fois que mon père était le garçon le plus beau et le plus intelligent de tous les étudiants en mathématiques d’alors, un idéaliste promis à une grande carrière dans son pays, un panafricain qui voulait fonder les États-Unis d’Afrique, et puis elle m’a dit que bon, en fait, il n’était pas si beau, juste un rêveur en calamiteuse désespérance, mais qu’il était brillant, que c’était le plus important, et quand elle m’a jeté ça à la figure, je n’ai rien compris du tout, je n’avais aucune idée de ce qu’était l’Afrique, sinon que ce maudit continent était la cause inévitable du ressentiment que m’insufflait chaque matin le miroir fendu de la salle de bains.
Avant que tu existes en moi, comment pouvais-je m’aimer ? Il faut comprendre. Quand tu as grandi dans un pays qui a aboli l’esclavage des Roms – c’est-à-dire des Tsiganes – sur son propre sol il y a à peine cent soixante ans, où la majorité des gens, élevés sous la dictature, n’a jamais vu un étranger de sa vie, et que ton père était un étudiant privilégié, doté d’une bourse du gouvernement, venu de très loin, qu’il mangeait au restaurant tous les jours au moment où les autochtones vivaient aux tickets de rationnement et n’avaient jamais connu la saveur d’une orange, on te fait souvent savoir qu’on t’en veut. D’être différente, pour parler sans colère. Tu peux te détester assez vite. C’est difficile à t’expliquer ici et maintenant, mais aux yeux des petits-enfants de la Garde de fer, les petits-enfants des membres de ce parti fasciste bien de chez moi, les héritiers des déporteurs, des pourvoyeurs de mort lente à tous ceux qui en 1941 n’étaient pas décrétés aryens, dans la ville où je suis née, je n’étais qu’une moitié de primate, ou bien un être surnaturel pour les plus niais d’entre eux, pas une personne normale en tout cas. C’est ça mon pays.
Pour justifier au monde et surtout à elle-même pourquoi je n’ai pas échoué à l’orphelinat, comme c’était l’usage d’y envoyer les enfants mulâtres, ma mère n’a cessé de répéter que depuis le jour de ma naissance, elle savait que je serais une enfant exceptionnelle, avec une destinée exceptionnelle, ce genre de conneries. Il faut l’entendre avec un bon accent moldave. Bref. Tout ça pour te dire, je n’avais pas trente-six manières d’y réagir, à la haine, et malgré mes efforts pour endiguer ma supériorité, j’ai dû finir par l’attraper. La diarrhée métisse. Le complexe de supériorité de l’alien. Cet être à l’intelligence transcendante venu d’un autre monde, destiné à sauver l’humanité, mais qui se retrouve affreusement limité dans un corps semi-leucoderme, transpirant et velu. Cette maladie infantile m’a frappée assez jeune pour que je m’y habitue facilement. En revanche m’en débarrasser c’était une autre histoire, pourquoi l’aurais-je fait tant que j’étais piégée à l’intérieur des frontières de ma région natale ? Comme je devenais un objet de curiosité locale, en grandissant j’ai pris tout le monde de haut, j’ai préféré faire la fière en public, poser une paire de lunettes de soleil sur mes narines et enfiler mes boules Quies pour avoir la paix. Mais là-bas, ça n’a rien à voir, tu sais. Ici, le seul endroit qui compte désormais, tu devras chasser cette tare de l’arrogance, te débarrasser vite fait du syndrome des maîtres de demi-teinte. Je te préviens, qu’on peut devenir monstrueux, par paresse, par amour-propre, avec cette histoire de peau plus ou moins claire qu’une autre.
Exaucé Makasi Motembe, mon père, pendant longtemps j’ai cru à tort qu’il avait simplement trouvé ma mère belle – comment résister à cet élancement de muscles fins de bonne famille sous la tête bien garnie d’une blondeur garçonne à couper le souffle – et que ce soir-là, à la fête étudiante de Mărtişor, la fête du printemps, sur le campus universitaire de Iaşi, ma mère devait être bourrée à la ţuică, et qu’ils s’étaient trompés, qu’ils s’étaient déshabillés par erreur, quelques minutes, et que mon père avait aussitôt filé rejoindre la lutte finale pour l’indépendance du continent africain sans même se douter que j’existerais un jour. Et toi, tu dois penser que j’étais trop dure avec lui, puisque cette histoire s’est passée tout autrement, mais tu verras aussi, ce que c’est que grandir sans son père. Alors imagine, personne ne te dit pourquoi il n’est pas là ni pourquoi tu lui ressembles tant, sans même que tu saches à quoi il ressemble au juste, personne ne te raconte qui il était vraiment ni comment l’amour a traversé sa moelle de part en part jusqu’à mourir étranglé par le remords de ne t’avoir pas connu. Je pensais, simplement, que mon père était un salaud, un abandonneur pathologique que le climat des Carpates n’avait pas réussi à séduire assez pour lui donner des couilles et de la persévérance. Je me suis trompée, mon fils, nous le savons tous les deux, je me suis trompée. Maintenant que j’ai les lettres que mon père m’a écrites des années durant. J’ai ces lettres, dans l’écrin de ma conscience et si souvent ouvertes, entre les mains, ici à la maison, nous le savons toi et moi, que ton grand-père, eh bien, il était différent.
Si j’avais su lire entre les lignes de ce que disait ma mère, elle qui n’avait pas la moindre idée de l’éclat de comète fulgurante qu’il lui avait été permis de rencontrer sous la forme du corps d’Exaucé Makasi Motembe, je n’aurais pas eu besoin d’attendre l’âge de vingt-cinq ans et d’atterrir ici au Congo pour connaître mon géniteur. Mon père était son nom, makasi, la force. La vertu faite chair à l’échelle d’une vie courte commencée dans la fuite, quand son propre père avait dû s’échapper de Bukavu en décembre 1960, après avoir survécu à l’exécution sommaire de tous les partisans de l’indépendance dans cette ville du nord-est du Congo où nous nous trouvons maintenant. Exaucé Makasi Motembe était encore un fœtus dans le ventre de sa mère, comme toi tu l’es aujourd’hui dans le mien. Mon père était le corps vivant du futur possible de ce pays d’argile rouge aux galeries infinies dans lequel je me suis mise à creuser pour le retrouver et lui casser la gueule. J’étais ignorante de son sort funeste, scellé il y a vingt ans déjà, un soir de pénurie d’avant-guerre dans une rue de Kinshasa.
Il n’y a pas un jour où je ne lui en aie voulu à m’en briser les os, à mon père, pas un jour de mon enfance dans ce vieux coin pourri de l’Europe où je ne lui en aie voulu d’être absent, de ne m’avoir jamais téléphoné, de se contenter d’être une espèce de plaie poisseuse enduite sur ma peau à la naissance et qui me valait de supporter les railleries interminables de tous les abrutis que j’avais pour camarades d’école et, plus tard, d’encaisser les regards lubriques d’ados acnéiques et vulgaires persuadés qu’ils deviendraient de petites stars locales s’ils arrivaient à m’attraper dans un coin en faisant en sorte que tout le voisinage le sache. Tu sais, je l’ai tellement haï, mon père. Je lui parlais dans mon sommeil, je lui parlais dans la salle de bains en prenant ma douche, je l’insultais assise sur les toilettes, en marchant dans la rue, en zappant interminablement les programmes télé. Je lui parlais toute ma douleur de n’être nulle part à ma place à cause de sa lubie d’avoir tiré un coup un soir avant de se faire la malle.
Les absents, tu vois, mon chéri, on n’y peut pas grand-chose. Tu l’apprendras plus tard, ce n’est pas souvent qu’ils choisissent de partir. Il ne faut pas en avoir après eux. Quand j’ai fini par réaliser combien disparaître n’est pas toujours un choix, en venant ici au Congo, c’était trop tard : la haine avait déjà fait son œuvre dans mes entrailles. Même si je ne me détestais plus comme avant, je n’ai pas pu m’empêcher, jusqu’aujourd’hui, alors que je te caresse de mes mains pour construire un mur de tendresse entre la haine et toi, pour interdire à la haine de traverser le cordon nourricier par lequel je te transmets désormais la force d’Exaucé Makasi Motembe, je n’ai pas pu m’empêcher de me sentir coupable et de me haïr moi-même de l’avoir haï lui. La haine, mon fils, c’est une malédiction. En elle, des millions de continuateurs silencieux se mutinent un jour contre celui ou celle qui l’a laissée entrer une seule fois dans son cœur, puis le tuent.
Exaucé Makasi Motembe, ton grand-père, c’était un révolutionnaire. Il n’aurait jamais abandonné sa famille dans l’impétuosité d’un lendemain en chute libre. Quand il a rencontré ma mère à cette fête du 1er mars, il a vu en elle ce que moi je n’ai jamais pu voir, il a vu la vie vivante emprisonnée dans une fille radieuse. Moi, tu sais, si j’avais été là avant ma conception pour assister à la rencontre entre mes parents, je l’aurais trouvée beaucoup trop belle pour qu’on ne s’en méfie pas, ma future mère, j’aurais glissé à l’oreille de mon père : Choisis-en une autre. Mais voilà, mon père voyait toujours le meilleur chez tout le monde, je l’ai senti en le lisant. Il essayait sans cesse de faire surgir l’intelligence humaine là où manifestement personne n’aurait songé qu’elle puisse se planquer, histoire de laisser une chance aux autres d’être plus qu’eux-mêmes. Il a laissé une chance à ma mère d’être plus qu’une jolie blonde intello, ouverte au monde, mais au fond bien plus raciste que les pauvres hères ignares des montagnes de son pays de timbrés. Mon père lui a écrit, dans une lettre de janvier 1992 :
… Elena mea, quand je t’ai vue la première fois j’ai cru que tu serais assez forte pour m’accepter dans ta vie et faire face aux préjugés d’arrière-garde et aux injures des réactionnaires… aujourd’hui je te demande d’avoir la même force et de ne pas céder à la pression de ton entourage ni à la facilité. Ne me coupe pas de ma petite Makasi, laisse-moi lui téléphoner. Une fille doit savoir que son père est là pour elle…

Elena Abramovici
Tu vois, mon fils, ça peut arriver à tout le monde de se tromper. Même si mon père n’était pas tout le monde, il s’est bien trompé à propos de ma mère. Alors qu’il écrivait, depuis sa maison de Kinshasa, des lettres qui ne me sont jamais parvenues bien que la plupart d’entre elles m’aient été destinées, des lettres que ma mère m’a cachées toute ma vie et a même renvoyées au Congo pour que je ne les lise pas, alors que mon père écrivait depuis sa maison, il n’avait pas la moindre idée de qui était ma mère, celle qu’il appelait Elena mea, mon Elena, et encore moins de ce qu’était ma vie avec elle à ce moment-là. J’ai souvent pensé, après avoir lu les lettres de mon père, que ma mère avait dû l’embobiner en lui parlant de la révolution marxiste-léniniste, ou l’amadouer en lui faisant miroiter un retour avec lui au Congo pour mettre en œuvre le programme du socialisme mondial, tout ça par curiosité exotique, pour passer une nuit avec un homme pas comme chez elle. Lui mentir, quoi. Comment expliquer autrement qu’il se soit laissé aussi facilement piéger entre les gracieux abducteurs de cette femme si différente de celle qu’il croyait connaître ? Peut-être la rencontreras-tu un jour, ma mère, je ne crois pas que tu la connaîtras, mais c’est tout de même possible au fond, et tu penseras que je suis sévère avec elle, que j’exagère tout et que la femme que je te raconte, ce n’est pas vraiment comme ça qu’elle est. Tu me traiteras de menteuse, me diras que je suis mal placée pour la juger et tu prendras sa défense. Eh bien, tu sais, je me hais toujours d’avoir injustement haï mon père, mais bizarrement je n’ai plus aucune colère contre celle qu’il a choisie pour me porter dans ce monde. Je ne peux pas lui en vouloir, à ma mère, ce n’est pas de sa faute si mon père s’est trompé. À une femme qui a si peu la mémoire de ce que c’est que souffrir, on ne peut pas demander d’être vraiment intelligente, encore moins d’être courageuse, et puis d’où lui viendrait-elle au juste, l’intelligence, et puis pour quoi faire ?

Ma mère, Elena Abramovici, elle a eu honte de moi toute ma vie, ou plutôt elle a eu honte de moi jusqu’à ce qu’avoir une fille comme moi devienne à la mode dans la capitale, après l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne, en 2007, j’avais bientôt dix-huit ans, si on fait le compte, elle a eu honte de moi toute mon enfance. Petite, lorsque je sortais au magasin avec ma mère, elle m’habillait avec deux couches de vêtements, me glissait du coton dans chaque oreille, Il ne faut pas parler aux gens, Il y a beaucoup de bruit dehors, ça va te faire peur mamicoutsa, elle enfonçait ses deux doigts dans mes pavillons et on sortait faire les courses comme pour aller à la guerre. Je n’ai pas eu besoin d’imaginer ce qu’elle ne voulait pas que j’entende, combien de fois l’ai-je entendu en grandissant. Les Roumaines ont la langue bien pendue : Oh, tu as vu, regarde, une mulâtresse. Le mot métis, même s’il n’est pas plus délicat, ils connaissent pas là-bas, en roumain on dit mulatra, encore aujourd’hui. Ou alors : Maman, regarde le singe ! Lui, je n’arrive toujours pas à l’oublier, ce petit connard au supermarché, j’avais cinq ans, il me montrait du doigt et me mimait en macaque se grattant les aisselles, avec sa gueule de futur soldat teuton bien fasciste. Je me rappelle encore le visage de cet enfant démoniaque, son spectre venait toujours martyriser mes cauchemars, à l’âge de huit ou neuf ans. Le visage d’un blondinet cruel aux dents pleines de tartre, répugnant, noble descendant d’une lignée de Daces alcooliques. Et puis, plus tard, vers dix ans, ma mère ne me ouatait plus les oreilles, elle me donnait une paire de boules Quies que je gardais soigneusement dans ma poche, mais il m’arrivait de l’oublier. Une fois, à douze ans, au coin de la rue, un homme à moustache dans la quarantaine m’a demandé : Tu baises ? et puis plusieurs fois après cela, parce que mes seins se formaient et que ça devait se voir un peu en été, j’ai entendu : T’es une mulâtresse, tu prends moins cher ? C’est combien ? Après l’âge de dix ans, alors que je pouvais désormais rester seule à la maison pendant que ma mère faisait les courses, nous sommes allées exceptionnellement toutes les deux dans un magasin de chaussures pour mon anniversaire. Le rictus indélébile d’une femme à une autre dans le rayon voisin s’est gravé dans ma cervelle : T’as vu la fille ? Regarde sa mère, mais je l’ai vue à la télé elle, en fait c’est une pute qui va avec des Noirs !
C’est une pute qui va avec des Noirs. Je ne veux pas t’expliquer davantage pourquoi j’ai grandi avec des bouchons de mousse dans les oreilles, c’est bien trop violent pour un enfant, ni te décrire la manière dont ma mère ne réagissait jamais et s’évertuait à la hardiesse d’ignorer les pires obscénités qu’elle, qui n’avait pas les oreilles bouchées, entendait très distinctement. Elle levait la pointe du nez en détournant les yeux de ses agresseurs, surtout des agresseuses, des femmes aigries et mal baisées, jalouses, parce que ma mère était superbe, une nymphe extraordinairement belle, d’une beauté si rare qu’une fois un type d’une agence de mannequinat l’a même accostée au marché, un Américain chasseur de trésors esthétiques à travers l’étendue intarissable de jambes fuselées des Balkans, il l’a harcelée en lui tendant sa carte jusqu’à ce qu’il me voie et fasse la moue, plutôt à cause du fait que ma mère avait une gosse et non tellement à cause de ma tête dont il se contrefichait sûrement. Mais qu’est-ce qu’elle avait à les ignorer comme ça, toutes ces insultes, ma mère ? Elle ne pouvait pas se défendre une bonne fois pour toutes ? Les envoyer promener, leur dire : Hé, connard, c’est ma fille, tu fermes ta gueule de raciste ou je t’en colle une ! Non, ma mère n’aurait jamais fait ça. Laisser flâner son irritation en dehors des murs de son appartement. On pouvait lire sur son visage qu’elle essayait d’assumer son erreur le plus dignement possible. C’est d’ailleurs probablement pour cela qu’on se faisait autant insulter, ce n’était pas normal, ça devait être écrit sur son visage à ma mère : Injuriez-moi, je suis une pute allée avec un Noir et qui traîne son boulet la tête haute, c’est vraiment l’impression que ça donnait aux gens je crois, quand nous marchions dans la rue côte à côte, l’impression d’une bagnarde affublée d’un poids.
Je ne me rappelle pas un jour où, enfant, ma mère m’ait emmenée faire une balade dehors, juste pour nous promener, pour être toutes les deux, alors j’ai vite appris à digérer cette haine viscérale macérée dans la saleté des autres. Cette haine, je l’ai vue, enfant, dans les yeux d’Elena – très vite je ne l’ai plus appelée maman mais par son prénom –, derrière sa comédie placide, chaque fois qu’elle me planquait sous des couches de vêtements, l’hiver, ou qu’elle marchait légèrement décalée de moi, sa béance amère, la preuve.
J’ai grandi, je suis devenue belle et j’ai eu mes règles. Le jour de mes douze ans. Nous étions toutes les deux dans l’étroite salle de bains en train de nous brosser les dents avec du bicarbonate alimentaire et de l’huile. Je n’avais pas encore mis mon pyjama. Une large trace, que je ne voyais pas, perçait à travers ma culotte usée. Elena m’a giflée, m’a prise dans ses bras, elle a passé un pacte avec moi, et depuis, toutes les deux, on développe notre cerveau pour qu’il remplace notre sexe.
À la faculté des lettres de l’université de Bucarest, Elena Abramovici, c’est une célébrité, avant même d’être professeure. Sa beauté physique hors du commun, avec sa longue silhouette blonde à cheveux très courts, ce mètre quatre-vingts de relief harmonieux et ses cours atypiques mêlant toujours le cinéma et la littérature lui valent d’intervenir régulièrement dans les émissions culturelles à la télévision nationale, où elle s’amuse à jouer au sosie de Jean Seberg dans À bout de souffle quand on la filme de profil. Elle babille avec brio et délicatesse au sujet de grands poètes nationaux comme Mihai Eminescu, ou surtout des fiertés littéraires de la Roumanie du XXe siècle, Emil Cioran, Mircea Eliade, tous ces bêtas pro-nazis fascinés dans leur jeunesse par le Troisième Reich. Tu sais, mon chéri, ces types, ils n’avaient rien contre la déportation des grands-parents d’Elena et de leur famille, au contraire, mais enfin, ces antisémites-là sont devenus des monuments nationaux, et Elena en est devenue une spécialiste. Son amphithéâtre est toujours bondé et ses collègues femmes la détestent. Des tas d’étudiants m’approchent dans l’espoir d’obtenir d’elle une faveur, ou de figurer dans le public des émissions télé auxquelles elle est conviée, je ne leur réponds jamais. Elena m’a obligée à suivre son séminaire de littérature chaque année depuis mon admission à la faculté des lettres. J’aurais voulu lui faire comprendre, comment t’expliquer, que j’aurais préféré être couturière, dentelière ou brodeuse, mais je n’ai rien pu lui dire, à cause du pacte tacite entre elle et moi, de l’importance du cerveau quand on est une femme gâtée par le malheur d’être bien faite, l’affliction d’être un peu trop souvent désirée. Ma mère m’a contrainte à faire des études, pour me racheter d’avoir fait irruption dans sa vie, aussi par peur que je finisse sur le trottoir. Elle a dû fermement réfléchir à ce qu’elle allait faire de moi et penser que la moins mauvaise solution était encore que je lui ressemble le plus possible.
Je voudrais te dire qui est Elena Abramovici, ma mère, mais je ne peux pas vraiment. Je ne suis capable de la décrire que comme je la vois. Elena ne m’a presque jamais parlé de son enfance, de sa famille, de ses rêves, ni des beaux souvenirs que, j’imagine, les autres mères partagent avec leurs filles. Moi, tu sais, je ne ferai rien comme elle. Déjà, pour commencer: je vais avoir un fils. Et je t’aimerai davantage qu’un jour sur deux. Je baignerai dans toi. Tu sauras tout de ce que je suis dans les moindres détails de mes renfoncements sombres et de mes secrets. On ne peut pas faire autrement quand on aime un enfant qui va grandir dans l’immensité vertigineuse de l’absence, et toi, mon fils, tu es là, tu sens déjà ce carambolage continu qu’est ma vie. Alors je ne te cacherai pas derrière des vêtements trop grands et je ne t’empêcherai pas d’entendre la vomissure humaine, je te préparerai. À être fort. Lorsque des idiots me demanderont où est ton père, je leur dirai d’aller se faire foutre et que ça ne les regarde pas. Ton père, je vais te parler de lui, mais plus tard, après t’avoir tout raconté. Je te dirai ce qu’il s’est réellement passé. Mais tu sais, mon fils, même dans l’échancrure de monde crasseux où plonge ta petite vie, tu ne manqueras de rien dont un enfant privé d’une moitié de lui-même pourrait manquer, tu auras l’autre moitié pleine, débordante, je déborderai pour toi.
La vie si secrète d’Elena avant qu’elle accouche de moi, elle l’a enveloppée dans un linceul de deuil interdit à la voix, mais aussi interdit aux pleurs, ma mère ne s’est jamais plainte en ma présence d’avoir quitté ses parents à Iaşi pour s’installer à Bucarest quand je suis née et de ne plus jamais leur avoir adressé la parole. C’est tout ce que je sais. J’ignore si elle a des frères et sœurs, ou bien de vrais amis. On a vécu seules dans son tempérament de huis clos et elle ne faisait confiance à personne pour me garder, sauf peut-être à une vieille voisine maigrichonne aux os de sucre qu’elle appelait sa tante, mais qui ne l’était pas le moins du monde et dont j’ai très peu de souvenirs, si ce n’est l’odeur de ciorbă délicieuse qu’elle me préparait le midi quand Elena suivait ses cours à l’université et que je devais attendre qu’elle rentre me récupérer.
Elena n’a jamais eu personne dans sa vie, en tout cas à ce que je sache, je ne l’ai jamais vue avec un homme, sourire ou bien se donner la main, ni même parler à une distance physique inférieure à un mètre, et jamais un homme n’est venu chez nous, ne serait-ce que pour un repas. Sauf l’ancien directeur de l’université. Il appréciait beaucoup ma mère, ce qui devait faire jaser la plupart des femmes qui la connaissaient, bien que le directeur de l’université soit venu, il me semble, uniquement quand j’étais présente, après l’école, et toujours pour un café, sans aucun écart de gestes, Altă cafea, domnule Florescu ? »

Extraits
« Alors, déjà bien avancée que j’étais dans ma croissance de fables truquées et de fictions d’équateur, à ma mère une deuxième fois dans ma vie j’ai demandé où était mon père. Elena, tu sais où il est, mon père ? Est-ce qu’il est toujours au Congo? Elle travaillait à son bureau, entre ses piles cache-vie de livres et de copies. Elle l’a renversé d’un grand coup de muscles secs avec tous ses tiroirs. Elle a jeté sur moi les livres tombés au sol, a saisi les volumes les plus gros de la bibliothèque attenante, un à un, a visé juste, deux fois au milieu du visage, puis m’a coincée dans le fond de la pièce et m’a frappée avec, j’avais déjà dix-neuf ans. Tiens! Tu veux ton père? Il est là ton père, c’est ça ton père! Puis ma mère s’est fatiguée et s’est assise par terre et elle est restée là prostrée dans sa chanson à cycles denses pendant plusieurs minutes. Une espèce de chanson à sanglots bizarres où son regard absent ne me disait jamais rien. Pour subitement venir attraper chaque angle rigide de ma figure où elle a enfoncé très fort ses mains, et formuler en longueur une seule chose tranchante contre mon nez saignant : J’aurais jamais dû laisser cette pourriture te reconnaître, j’aurais dû te dire qu’il était mort et tu ne m’aurais pas foutu ma vie en l’air avec tes questions de merde. Me reconnaître. Ce jour-là, mon fils, j’ai compris ce que signifie avoir un nom, une constellation de roches mal trouées, semées dans la tête d’un enfant toujours prêt à en faire un corail de visages et d’idées d’ailleurs possibles. » p. 45

« Mon fils, il y a l’amour que j’ai pour toi, les coques nacrées déployées dans mes yeux quand je t’imagine grandir dans ce pays sous mon sein, et l’amour que je n’ai plus du tout et que toi tu vas connaître, à l’extérieur de mon ventre, comme celui que Michelle vendait aux hommes de Bucarest pour payer sa petite location. Ce genre d’amour-là. Une blessure qu’on ne peut pas dire et qu’on ne peut pas taire non plus, parce qu’elle vient de la trahison, de l’humiliation, de la sensation de ne pas être une personne, ou de l’impossibilité au fond de son cœur de savoir vraiment la valeur incommensurable de ce qu’est être une personne. Des femmes vont t’aimer, vont te vouloir, te désirer dans leur nuit, puis te mentir, t’humilier, t’injurier en public, être elles-mêmes, ou tout simplement te faire vraiment confiance et te chérir, et peut-être que tu ne le supporteras pas. S’il te plaît, fais attention. N’impose jamais à personne ce que j’ai connu avec cet homme. Perdre son sourire, c’est perdre le seul trésor qu’il nous reste quand on n’a rien à offrir à tous ses enfants futurs. » p. 96

À propos de l’auteur

La Mer Noire dans les Grands LacsAnnie Lulu © Francesco Gattoni DR

Annie Lulu est née à Iasi, en Roumanie, d’un père congolais et d’une mère roumaine. Arrivée très jeune en France, elle étudie la philosophie, puis se consacre pleinement à l’écriture. La Mer Noire dans les Grands Lacs est son premier roman. (Source: Éditions Julliard)

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