L’été où maman a eu les yeux verts de Tatiana Tibuleac

L’été où maman a eu les yeux verts de Tatiana Tibuleac

L’été où maman a eu les yeux verts, Tatiana Tibuleac, traduit du roumain par Philippe Loubière, Editions des Syrtes, 2018, 168 pages.

Les premières lignes m’ont accrochée immédiatement :

« Ce matin-là, alors que je la haïssais plus que jamais, maman venait d’avoir trente-neuf ans. Elle était petite et grosse, bête et laide. C’était la maman la plus inutile de toutes celles qui ont jamais existé. Je la regardais par la fenêtre, plantée comme une mendiante à la porte de l’école. Je l’aurais tuée rien que d’y penser. »

Saisissant, non ? Ça peut choquer, ça peut faire refermer le livre ou au contraire l’ouvrir davantage, mais ça ne peut laisser indifférent ! L’auteure cueille son lecteur d’une manière peu orthodoxe, elle le malmène d’emblée. C’est comme si elle disait : « Ne restent que ceux qui n’ont pas peur d’entrer dans un texte dérangeant. » Et ceux qui restent ont bien raison parce que ce texte est aussi poétique qu’il est percutant.

Il est émaillé de courtes phrases sur les fameux yeux, la première étant :

« Les yeux de ma mère étaient une erreur »

Et la dernière :

« Les yeux de maman étaient des promesses de bourgeons. »

J’ai acheté ce roman parce que j’en avais lu le plus grand bien sur des blogs amis, comme celui d’Ingannmic ou de Luocine, mais j’avais bien sûr oublié tout ce qui avait été dit de l’histoire. Et tant mieux ! Comme c’était agréable (une fois de plus) de découvrir peu à peu de quoi il s’agissait. Je vais donc en dire deux mots, mais de grâce, si vous ne l’avez pas encore lu, oubliez très vite ce que j’ai écrit…

Vous l’aurez aisément compris avec cet incipit pour le moins abrupt, c’est l’histoire d’un adolescent que tout oppose à sa mère. Mère, qui de surcroit, va emmener son fils dans le nord de la France (ils vivent en Grande-Bretagne) pour passer un été qui deviendra inoubliable puisque le narrateur nous le raconte bien des années plus tard.

C’est un livre sur la maladie qui ronge et pourrit l’intérieur, sur la résilience qui ouvre les yeux malgré une forte résistance, sur la manière de passer à côté des êtres qu’on aime, sur la mort qui détruit les vivants.

Ce texte m’a remué de telle manière que j’ai dû faire de nombreuses pauses dans ma lecture et ce, malgré la brièveté de ce roman. Raconté par un esprit torturé, psychologiquement atteint, il est autant de fragments de vies détruites par la mort et la violence, éparpillés au gré des tribulations du narrateur et qu’on ne cherche même pas à rassembler tellement ces morceaux d’obus nous brisent et nous broient.

« La littérature est l’art du comment » nous dit Cristina Hermeziu dans l’avant-propos, ce que Tatiana Tibuleac illustre parfaitement. Elle nous prend par la main et nous emmène sur des sentiers escarpés, là où nous ne sommes jamais allés, loin, très loin, en nous.


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