Le Louis de la maison, le Louis de la ville

Le Louis de la maison, le Louis de la ville

David Fortems. (c) Astrid di Crollalanza.


Le Louis de la maison, le Louis de la villeOn a appris cette semaine que le sixième prix Régine Deforges (lire plus bas) avait été attribué à David Fortems pour son premier roman "Louis veut partir" (Robert Laffont, 186 pages, septembre 2020). Un lauréat qui a aujourd'hui vingt-quatre ans, ce qui laisse deviner l'âge qu'il avait quand il a composé ce texte dont on perçoit qu'il est né dans une urgence, dans une rage d'écrire. Un roman rude et prenant où un père part à la recherche de son fils. A la différence que Louis, tout juste dix-huit ans, n'est plus là. Il s'est suicidé à la confluence de la Semoy et de la Meuse, un lieu aimé, un lieu signifiant. On l'y a retrouvé une plaquette de médicaments dans la main.
Tout de suite, on perçoit bien entendu la tristesse du père endeuillé, mais surtout son désarroi. Qui était Louis, ce garçon un peu rond, calme et aimable, qui brillait à l'école et adorait la lecture plus que tout? Qui était promis à un bel avenir? Science Po à Lille et puis... Pascal, ouvrier dans la quarantaine, nous emmène dans son coin, à Bogny-sur-Meuse, une petite ville des Ardennes françaises, au nord de Charleville-Mézières. Il nous fait partager sa détresse. Il pensait, lui, le taiseux, peu porté à exprimer ses sentiments, qu'il avait tout son temps pour parler d'autres choses que du quotidien avec Louis. Il l'observait du coin de l'œil. Il en était fier, de son garçon, qu'il élevait seul depuis le départ de Nathalie quand Louis était encore tout petit.
Ce n'est pas que ces deux-là ne s'entendaient pas. Au contraire. Mais ils ne communiquaient pas. Ils avaient une vie sans histoire. Avec le geste définitif de Louis, qui n'a laissé aucune explication, Pascal va tenter de comprendre pourquoi. Il va mener une véritable enquête, commençant par scruter les appels sur le portable de Louis, chaque témoin le renvoyant vers un autre. On suit, halluciné, les découvertes du père. On mesure avec lui le fossé qui existait entre lui et son fils. Chaque nouveau témoignage est une claque, pour Pascal comme pour le lecteur. David Fortems n'élude rien et son schéma narratif tient remarquablement la route jusqu'à la finale qui permet de comprendre pourquoi il nous paraissait parfois charger un peu la barque. Car le jeune écrivain, originaire des Ardennes et issu d'un quartier populaire de la banlieue parisienne sait ce qu'est le déterminisme de classe, sait ce que pèse le milieu social et sait combien les blessés pansent là seuls leurs blessures.
Le Louis de la maison, le Louis de la villeLe prix Régine Deforges Porté conjointement par la Ville de Limoges et les enfants de l'auteure aussi co-présidents du jury, le prix Régine Deforges (1935-2014) récompense un premier roman écrit par un auteur francophone qui a publié à la rentrée littéraire de septembre. Une soixantaine de romans avaient été proposés, huit ont été retenus par le comité de lecture.
Les huit romans en lice pour l'édition 2021
  • "Un jour ce sera vide" d’Hugo Lindenberg (Christian Bourgois Editeur)
  • "Louis veut partir" de David Fortems (Robert-Laffont)
  • "Le lièvre d’Amérique" de Mireille Gagné (La Peuplade)
  • "Bénie soit Sixtine" de Maylis Adhémar (Julliard)
  • "Les orageuses" de Marcia Burnier (Cambourakis)
  • "Sale bourge" de Nicolas Rodier (Flammarion)
  • "On ne touche pas" de Ketty Rouf (Albin-Michel)
  • "Que sur toi se lamente le Tigre" d’Emilienne Malfatto (Elyzad)

Jury Les trois enfants de l'auteure (co-présidents), Camille Deforges-Pauvert, Léa Wiazemsky, Franck Spengler, ainsi que de Marina Carrère d'Encausse, Julien Cendres, Noëlle Châtelet, David Foenkinos, Serge Joncour, Gilles Marchand, Daniel Picouly et Éric Portais.
Palmarès
  • 2020 Salomé Berlemont-Gilles pour "Le premier qui tombera" (Grasset, 2020)
  • 2019 Joseph Ponthus pour "À la ligne" (La Table Ronde, 2019)
  • 2018 Mahir Guven pour "Grand frère" (Philippe Rey, 2017, lire ici)
  • 2017 Élisa Shua Dusapin pour "Hiver à Sokcho" (Zoé, 2016)
  • 2016 Astrid Manfredi pour "La Petite Barbare" (Belfond, 2015)


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