Le Chant des Fenjicks - Luce Basseterre

Le Chant des Fenjicks - Luce BasseterreLe chant des Fenjicks, Luce Basseterre

 Editeur : Mnémos

Nombre de pages : 324

Résumé : La transhumance galactique des Fenjicks est menacée. Traqués depuis des millénaires par les Chalecks, ces créatures cosmiques ne servent plus que de taxis vivants à travers l’espace.

Après des années de servitude, leur nombre s’amenuise et leur espèce est menacée d’extinction. Mais leur mystérieux chant silencieux traverse toujours la galaxie. Il porte en lui les notes d’un nouvel espoir : le soulèvement des cybersquales.

Un grand merci aux éditions Mnémos pour l’envoi de ce volume et à Babelio pour avoir rendu ce partenariat possible. - Un petit extrait -

« – Si je me fais prendre …

– Contente-toi de suivre mes consignes et ça n’arrivera pas. Ce n’est pas dans mon intérêt, n’est-ce pas évident ?

– Mais pourquoi courir autant de risques, en quoi cela te concerne-t-il ? Qu’est-ce que tu espères ?

– Je suis peut-être libre, mais aussi sans but. Mon intelligence supérieure ne parvient pas à s’en satisfaire. Pas plus que de me savoir libre alors que des millions de mes congénères souffrent toujours sous la contrainte. »

- Mon avis sur le livre -

 Cela fait très exactement une heure que je fixe du regard ma page Word, désespérément vide : j’ai beau tourner et retourner la question dans tous les sens, je ne sais absolument pas comment débuter cette chronique. Pour la simple et bonne raison qu’une bonne partie de mon être est encore enfermé dans le livre posé à mes côtés : je n’arrive pas à admettre que c’est déjà fini, qu’il est temps de revenir à la réalité. Qu’il faut quitter cet univers, ces personnages. Que l’histoire est achevée. C’est finalement assez rare, que je ne parvienne pas à me dépêtrer d’un livre, que je reste captive d’un roman sans parvenir à tourner « pour de bon » la dernière page. Que j’ai envie de planquer les autres services presse en attente tout au fond d’une armoire pour pouvoir le reprendre du début sans culpabiliser à cause de la pile qui ne cesse de grandir. Que j’aurai besoin d’une seconde lecture pour réussir à trouver les mots justes pour en parler, pour vous faire vraiment comprendre à quel point ce livre m’a captivée, fascinée, passionnée. Et surtout, à quel point je vous le conseille, parce qu’il vaut vraiment le détour …

Comme quasiment tous les mâles Imbtus, Smine Furr est infertile. Mais contrairement aux dirigeantes de son peuple, qui tiennent l’envahisseur Chalecks – reptiliens androgynes – pour responsables de cet état de fait et fomentent une révolte, le félidé n’est pas mécontent de son sort : sa stérilité lui permet d’échapper aux traditions, de ne pas avoir à prendre compagne et donc de mener une petite vie plutôt tranquille. Mais ces compétences informatiques lui valent d’être embarqué bien malgré lui dans une affaire impliquant les cybersquales, ces baleines galactiques trépanées puis lobotomisées et contrôlées par une intelligence artificielle pour servir de taxis vivants. Dans le même temps, Waü Nak Du, Chaleck spécialisé dans la cyberconversion de Fenjicks en cybersquale, se retrouve en difficulté : son projet d’élevage de bébés Fenjicks semble voué à l’échec, et il doit rapidement trouver un moyen de rembourser sa dette auprès de l’Empire qui a beaucoup misé dans ses recherches. Mais rien ne se passe comme prévu, et le voici entrainé contre son gré par un cybersquale débridé dans une incroyable quête : celle de la liberté …

Par où commencer ? Sans doute par la richesse de cet univers : l’autrice nous offre ici un space-opera foisonnant et dépaysant. Non seulement elle a fait le pari, fort audacieux et quelque peu risqué, de nous faire cheminer aux côtés de héros non-humains, Smine étant un félidé et Waü un reptilien, mais elle n’hésite pas non plus à introduire au cœur-même de sa narration des termes épicènes qui peuvent déconcerter au premier abord mais qui coulent finalement de source quand on sait que les Chalecks sont hermaphrodites. De plus, elle est du genre à laisser le lecteur tirer lui-même les conclusions qui s’imposent, plutôt que de lui bourrer le crâne avec un prologue relatant en long, en large et en travers l’historique socio-politico-économique de cette portion de la galaxie. Et si, au début, on se sent un peu dépassé par toutes ces nouveautés, tout se met rapidement en place et on ne songe plus qu’à l’histoire de ce roman-choral pas tout à fait comme les autres. Car ici, vous ne trouverez ni gentils ni méchants – les Chalecks ne pouvant pas prétendre à cette qualification, car ils sont intimement convaincus d’agir pour le bien des peuples qu’ils asservissent –, juste une ode stellaire à la liberté, quête universelle qui permet au lecteur de se sentir proche de ces protagonistes si différents de lui …

Car voilà bien le génie de Luce Basseterre : nous nous attachons autant à Smine, ce bon gros matou qui n’aspire dans un premier temps qu’à se libérer définitivement de la pression sociale qui pèse sur ses épaules, qu’à Waü, ce gros lézard qu’on pourrait considérer imbuvable et insensible s’il n’était pas aussi angoissé et paumé, sans oublier Koba, Samtol et Alduin, ces cybersquales bien décidés à libérer les leurs de l’oppression et de l’esclavage. A leurs manières, tous cherchent à s’affranchir de leurs chaines, qu’elles soient visibles (les implants qui ôtent toute liberté aux Fenjicks pour qu’ils deviennent de dociles vaisseaux interstellaires), externes (les attentes sociétales qui brident les choix des individus pour les contraindre à se plier aux coutumes ancestrales) ou internes (les peurs et angoissent qui paralysent, qui empêchent d’aller de l’avant, qui enferment dans une routine parfois malsaine pour ne pas avoir à se confronter à l’inconnu) … Ils sont très différents les uns des autres, et très différents du lecteur, mais ils sont semblables grâce à cette flamme identique qui brule en eux : celle de l’individualité, du libre-arbitre, si souvent étouffé, si souvent opprimé.

Et voilà que les routes de tous ces êtres convergent progressivement, et que les différentes intrigues s’entremêlent pour n’en former plus qu’une, celle de cette révolution d’abord silencieuse, portée par le chant des Fenjicks, et puis foudroyante. Car nulle révolte ne se fait dans dommages collatéraux, et plus la rancœur couve depuis longtemps, plus le désir de vengeance est puissant. Et alors, même la plus noble des causes peut se transformer en carnage, en mépris d’autrui. Il y a dans ce roman des passages plutôt durs, des passages plutôt sanglants, car l’autrice n’a pas enjolivé les choses, elle n’a pas romancé cette terrible réalité : quand on se bat pour « un monde meilleur », on cause toujours du tort à certains. Pire encore, on en vient à réprouver formellement ceux qui ne pensent pas comme « la masse », ceux qui résistent au changement, et on les traite de tous les noms comme si c’était un crime de craindre la nouveauté. Comme si, sous prétexte que l’autre n’est pas d’accord avec nous, il devenait un danger … Beaucoup de crimes ont été commis au nom de la liberté, sont-ils plus excusables que les autres ? Tout dépend du point de vue duquel on se place, et c’est vraiment ce que je retiens de ce roman-choral.

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est à la fois un roman incroyablement palpitant, haletant, saisissant, et un récit admirablement intéressant, puissant, poignant. Ce n’est pas un simple roman de science-fiction, qui nous entraine au milieu des étoiles pour notre seul ravissement, ce n’est pas un simple roman d’aventure, qui nous parachute au cœur d’une quête effrénée pour la liberté, c’est aussi un ouvrage qui a bien des choses à dire sur notre monde et sur notre vie. Mais à mes yeux, c’est avant tout un excellent récit qui m’a fait rire, trembler, pleurer, vibrer : une fois plongée dans cette histoire, je n’avais plus qu’une seule envie, ne jamais en ressortir. Parce que l’univers créé par l’autrice est d’une richesse incroyable, parce que ses personnages sont tous si attachants chacun à leur manière, parce que la narration est vraiment vivante … On ne s’ennuie pas une seule seconde, et on en redemande. Et c’est vraiment un déchirement que de devoir les quitter lorsqu’arrive la dernière page, on a du mal à leur dire « au revoir » pour de bon alors on relit un passage, puis un autre, et encore un autre … En clair, je vous le recommande plutôt deux fois qu’une, et je compte bien me procurer aussi vite que possible La débusqueuse de mondes pour retrouver au moins quelques-uns de ces héros qui sont devenus de vrais amis !


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